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Pac 2014 - 2020

Une gestion «à la carte» en élevage de ruminants

Elle a été adoptée en juin 2013, au terme d’une négociation particulièrement longue. Les Etats membres de l’Union européenne sont en train de préciser ses différentes modalités d’application.
Par Ma signature
La nouvelle politique agricole commune apparaît «à la carte, complexe et transitoire». Telle est la principale conclusion de la journée organisée, le 20 novembre, par la Confédération nationale de l’élevage et l’Institut de l’élevage sur la mise en œuvre de la Pac chez les ruminants.
Le 20 novembre dernier, la Confédération nationale de l’élevage (CNE) et l’Institut de l’Élevage avaient convié plusieurs représentants des différents pays européens à débattre de la mise en place de la nouvelle politique agricole commune dans le secteur de l’élevage. En ouvrant ce qu’il a lui-même qualifié de «journée inédite», Jean-Pierre Fleury président de la CNE, a souligné: «on est dans une Pac de plus en plus à la carte mais, dans le secteur de l’élevage, il demeure des similitudes entre Etats et il faudra réfléchir à une nouvelle Pac à partir de 2018». Martial Marguet, président de l’Institut de l’Élevage a pour sa part souhaité que «cette nouvelle Pac donne du poids à l’Europe dans le cadre de l’OMC». Les différents intervenants ont témoigné de leur contexte national.
Ainsi, dans les pays qui ont parié sur le découplage des aides, tels que l’Allemagne ou les Pays-Bas, pour placer leur pays dans la compétition internationale, c’est l’acceptation sociale et l’innovation qui apparaissent comme les facteurs déterminants de l’avenir de l’élevage. Des pays comme l’Italie ou l’Espagne qui ont fait le choix d’une convergence partielle des aides craignent les risques de délocalisation. L’Irlande, pour sa part, parie sur le développement de ses exportations après la disparition des quotas laitiers mais demande aussi des outils de gestion du risque pour faire face à la volatilité des prix.

La Pac dans le concert international
«Ce qui m’interpelle c’est la multiplication des accords bilatéraux et la constitution de grandes zones de libre-échange marquant une certaine régionalisation de l’économie mondiale» .Thierry Pouch, responsable du service études et références à l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture(APCA) regrette que l’Union européenne prenne du retard dans la réorganisation des échanges internationaux.
Abordant les mesures de soutien au marché, Julien Turenne, directeur adjoint à la direction générale des politiques agricoles agroalimentaires et des territoires du ministère de l’Agriculture, a souligné le maintien d’un filet de sécurité «en cas de crise» et le renforcement de l’organisation des filières. «Il y a des outils mais pas les moyens financiers en face, on ne peut demander aux interprofessions de gérer des crises qui relève du politique. L’embargo russe en est un bon exemple» s’est écrié Jean-Pierre Fleury, pour qui l’embargo russe est «une occasion unique pour l’Europe de montrer qu’elle existe». Un avis partagé par Eric Andrieu député européen pour qui «il faut repositionner l’agriculture et l’agroalimentaire au sein de la société, cela permettra d’interpeller les politiques».

Une Pac complexe et transitoire
C’est sous ce titre que l’Institut de l’Élevage a publié en juillet-août 2014 son dossier de l’économie de l’élevage consacré à l’application de la nouvelle Pac dans les filières des ruminants. Un document qui met en avant une application «à la carte» aboutissant à une situation complexe, quand la simplification était l’un des objectifs affichés de la réforme.
Deuxième constat fort : le démantèlement des outils de régulation se poursuit de même que les accords de libéralisation commerciale avec le Canada, les Etats-Unis, le Mercosur. La baisse du budget français des aides directes pourrait atteindre 600 millions d’euros en 2019 par rapport à 2011 (hors nouvelles MAE).Pour l’élevage, cette baisse devrait être limitée à quelques dizaines de millions d’euros. La convergence des aides, même si elle reste limitée à 70% en 2019, pénalise les élevages les plus intensifs. Le choix français de renforcer le soutien aux territoires défavorisés ou fragiles mobilise 1.1 milliard d’euros par an. D’un côté, le financement de la modernisation des exploitations est renforcé dans le cadre du deuxième pilier avec des priorités définies région par région et de nombreux outils sont mis en place pour une meilleure prise en compte de l’agro-écologie. D’un autre côté, les instruments de gestion des aléas ne sont qu’à peine ébauchés.