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4/4 De nouveaux rythmes scolaires pour 2014-2015

Une claque budgétaire pour les communes

La mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires est un vrai casse-tête pour les élus. Certains ont fait le choix d’une organisation intercommunale. Mais dans tous les cas, le coût reste très élevé pour les communes. 

Par Sophie Sabot
Une claque budgétaire pour les communes
Dominique Laville, maire de Saint-Pons, explique: «Réfléchir à l’échelle intercommunale, c’était une façon de mutualiser les coûts et d’avoir une offre d’activités périscolaires équivalente sur l’ensemble du territoire».

En Ardèche, la réforme des rythmes scolaires va concerner un peu plus de 300 écoles publiques. Seules 23 communes avaient fait le choix de franchir le pas à la rentrée 2013. Pour les autres, les réunions se sont multipliées tout au long de l'année. Objectif : réfléchir aux solutions possibles pour gérer le temps périscolaire induit par ces nouveaux rythmes. Le tout sur fond d'élections municipales et de changement de ministre de l'Éducation nationale. Autant dire que pour les acteurs en charge du dossier dans les communes, l'exercice a été difficile.

À Saint-Pons, commune de moins de 300 habitants, l'école réunit en une classe unique une vingtaine d'élèves, de la maternelle au CM2. Pour faire face à cette réforme, les élus ont fait le choix de travailler à l'échelle intercommunale. «Du côté des maires, nous avons avancé tout doucement, pour voir ce qu'il était possible de faire ensemble» explique Dominique Laville, maire de Saint-Pons et agriculteur. Sur les 14 communes qui constituent la communauté de communes Berg-Coiron, on compte onze écoles. «Réfléchir à l'échelle intercommunale, c'était une façon de mutualiser les coûts et surtout d'avoir une offre d'activités périscolaires équivalente sur l'ensemble du territoire» indique le maire.

Du côté de la mise en œuvre, les élus ont choisi de faire gérer les activités par le centre socio-culturel et l'accueil de loisirs intercommunal, deux structures déjà en place sur le territoire, ce qui permettra de bénéficier des aides de la CAF(3).Les animateurs embauchés par ces structures tourneront donc sur les différentes écoles. Cinq grands thèmes d'activités ont été définis: citoyenneté et environnement ; culture et patrimoine communal ; sciences et multimédia ; plein air et sport ; créer un livre. «Du côté de l'accueil, sur notre commune, nous allons réquisitionner tous les bâtiments communaux pour ces activités : salle polyvalente, salle de vote, salle de classe», précise Dominique Laville.

Manque d'infrastructures

Car la difficulté pour certaines communes est bien là : où réaliser ces activités périscolaires, quand on sait que la salle polyvalente ou le terrain de sport peuvent se situer à 10 mn de marche de l'école, soit déjà 20 mn à amputer sur un temps quotidien d'environ 45 mn destiné aux activités périscolaires ! À Empurany dans le nord Ardèche, Florian Minodier, jeune agriculteur, futur parent d'élève (son fils entre en maternelle à la rentrée) et élu au Conseil municipal l'affirme : «Nous n'avons pas d'infrastructures qui permettent d'organiser des activités sur un temps si court. Une commune comme la nôtre n'a clairement pas les moyens de proposer autre chose que du temps de garderie». L'école d'Empurany compte une quarantaine d'élèves. «La mairie a toujours tout fait pour conserver l'école parce que c'est la vie de la commune» souligne Florian Minodier. Mais, avec la réforme des rythmes scolaires, «c'est une claque supplémentaire, un surcoût de 6 à 7 000 euros sur le budget de la commune pour organiser trois heures supplémentaires par semaine de temps de garderie» poursuit l'élu.

La question au cœur de cette réforme reste bien celle du financement. Dominique Laville indique qu'à l'échelle de sa communauté de communes, la réforme va coûter pour les deux années à venir 6 euros par habitant et par an. Un coût qui s'élèvera à 14 euros après la période des aides. «Concrètement, ces activités représenteront 120 000 à 130 000 euros de budget pour la communauté de communes, sans compter l'extension nécessaire du temps de garderie le matin, le soir et le mercredi. On approche les 200000 euros, soit le budget de fonctionnement d'une commune comme Saint-Pons. Je ne comprends vraiment pas que ce ne soit pas l'Éducation nationale qui finance cette réforme» souligne le maire. Du côté d'Empurany, Florian Minodier s'interroge: «Le système fonctionnait bien. Les parents s'étaient organisés sur ce rythme de quatre jours. Est-ce qu'on va vraiment apporter quelque chose de plus aux enfants ?». Sans oublier une question sous-jacente : n'est-on pas en train de tout bouleverser pour faire marche-arrière d'ici quelques temps ?

 

(3) La caisse d'allocations familiales apporte une aide financière dans le cadre de l'accueil périscolaire assuré par des structures agréées.

partie 3/4 Très peu d'écoles privées appliqueront les nouveaux rythmes scolaires