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Export

Une carte chinoise difficile à jouer

Le Sial Changhai qui s’est tenu du 6 au 8 mai a permis d’observer comment les filières agro-alimentaires françaises se positionnent sur le marché chinois. Un marché qui fait rêver mais qui n’est pas si facile à pénétrer, en dépit des effets d’annonce.
Par D’après AGRA
Une carte chinoise difficile à jouer
( Photo: INRA / Bertrand Nicolas ) Obtenir l’agrément pour l’export ne suffit pas. Il aura fallu attendre un an pour que le premier jambon cuit français touche le sol chinois.
En mai 2014, la filière charcuterie et Stéphane Le Foll, en visite sur ce même Sial Changhai, se félicitaient de l’arrivée de la charcuterie française en Chine. Il aura fallu plus d’un an pour que les premiers jambons cuits débarquent en Chine. Broceliande, une filiale de la Cooperl vient de signer un accord avec le distributeur chinois Sinodis, pour la distribution de jambons cuits issus de porcs nés, élevés et transformés en France, qui seront commercialisés en juillet prochain. La maîtrise de la traçabilité le long du processus de fabrication a constitué un atout majeur auprès des autorités chinoises qui ont d’ailleurs effectué plusieurs visites en France, préalablement à l’obtention de l’agrément pour l’exportation. L’entreprise vise l’exportation de 200 tonnes en 2016, sur le créneau du haut de gamme local.
Plus couramment, les lourdeurs administratives sont montrées du doigt, car l’obtention d’un agrément n’ouvre pas systématiquement les portes administratives de la Chine aux importations françaises. Spécialiste du Brillat-Savarin, la fromagerie Delin témoigne ainsi : «nous sommes agréés, mais nous avons aussi une liste d’une centaine de critères à respecter pour exporter nos produits en Chine. On nous demande de nombreuses analyses...» (dont certaines sans rapport avec l’activité), «si on ajoute à cela les coûts de transport, économiquement ça devient vite le casse-tête».

Une communication nationale déficiente
Les obstacles douaniers, administratifs, commerciaux et culturels ne suffisent pourtant pas à effrayer les candidats à l’eldorado chinois, conscients du potentiel commercial représenté par 300 millions de nouveaux consommateurs appartenant à la classe moyenne. La filière bovine représentée par Interbev sur le Sial Shanghai 2015, est ainsi dans les starting blocks après la levée de l’embargo liée à l’ESB. Et dans le jeu des aller-retour diplomatiques, le bœuf français est plutôt bien placé, en troisième position derrière les Pays-Bas et l’Irlande, qui sont plus avancés. Mais la durée du processus d’obtention d’un agrément peut se compter en années...
Pour l’heure, la France occupe le cinquième rang des pays présents au Sial Shanghai. Toutefois, selon les observateurs, elle pourrait faire mieux si elle se décidait enfin à vraiment «chasser en meute» comme le font ses challengers bien plus efficaces et donc mieux placés, comme les États-Unis, la Pologne, la Turquie ou encore la Corée. Ainsi la visibilité du pavillon français a suscité quelques interrogations : messages et logos différents en fonction des pavillons, slogan «Made in France, made in Love» peu visible par rapport aux bannières des autres pays.

Contrefaçon et copie en contrepartie...
Quant aux industriels laitiers, s’ils étaient peu présents, cela peut s’expliquer par le fait que les grandes entreprises laitières françaises comme Bongrain, Danone, Lactalis et Bel ont déjà soit des usines, soit des filiales commerciales en Chine.
Quand on vend en Chine il faut savoir que l’on s’expose à la copie ; la contrefaçon semble le corollaire incontournable de la vente en Chine. Et avec la copie, c’est la question de la qualité et donc de l’image et de la valeur de la marque qui se pose. Certains en ont fait l’expérience tout en reconnaissant que sans ce marché difficile, mais prometteur, leur développement n’aurait pas été aussi important.