Un système bien huilé…
Dans le cadre du programme régional les « mardis de la Div ' », la Chambre d'agriculture de la Nièvre proposait une réunion d'information sur la valeur ajoutée apportée par les cultures de colza et d'autres oléoprotéagineux.
Afin de démontrer la valeur ajoutée apportée par les cultures de colza et autres oléoprotéagineux pour une exploitation, la Chambre d'agriculture de la Nièvre proposait une réunion sur le sujet à Insèches, début décembre, dans le cadre des « Mardis de la Div' ». Cette rencontre était dédiée aux agriculteurs actifs ou en cours d'installation, souhaitant mettre en place un projet de diversification en huiles ou en tourteaux. Ainsi, c'est la SCEA d'Insèches qui fut prise pour support afin de dépeindre plus concrètement le tout. Pour expliquer les choix de la SCEA, Jean-Marc Rochas stipule : « Nous étions éleveurs de porc pendant 20 ans, et nous avons stoppé cette activité suite à la mise en place des nouvelles normes de bien-être animal en 2012. Une fois ceci acté, il fallait donc trouver une utilité à ce bâtiment presque neuf et énorme… ». Pour comprendre l'envie de se renouveler, il est nécessaire de rappeler que tous les investissements ont été autofinancés par la SCEA et que les travaux ont été réalisés en grande partie par les associés eux-mêmes.
Retrouver le contrôle
Jean-Marc Rochas poursuit : « Après s'être remis en question, nous l'avons donc dédié au stockage des endives puis aujourd'hui en atelier pour l'huile, avec une partie moulin pour la farine. Aujourd'hui, nous ne regrettons pas d'avoir arrêté la production de porc car cela devenait trop complexe à gérer, notamment à cause de la main-d’œuvre difficile à trouver. En plus, avec la transformation d'une partie de nos cultures en huile ou farine, nous retrouvons le contrôle sur nos prix, d'éviter ainsi les fluctuations des cours des marchés et nous savons exactement à quoi servent nos récoltes ; ce qui est assez gratifiant. Actuellement, la partie alimentaire (maraîchage, huile et farine) complète bien les autres activités de notre exploitation. Enfin, l'accueil des clients à la ferme pour la vente est appréciable car nous avons des retours sur notre production ».
À prendre en compte
Après ces explications, Clémence Guillaumet, conseillère diversification à la Chambre d'agriculture de la Nièvre, présentait tout le volet réglementaire. Elle introduit : « durant la crise sanitaire il y a eu un gros engouement pour la vente directe. Mais, cela implique de nombreuses contraintes notamment en matière de réglementation sanitaire, que l'on oublie rapidement au quotidien. Certains porteurs de projet sont d'ailleurs découragés face à la masse de lois et arrêtés à suivre. Le cadre réglementaire est complexe mais il est indispensable afin de garantir la pérennité de votre activité, ainsi que pour éviter les complications juridiques et donc économiques pour votre exploitation. En somme, les normes sont là pour protéger les consommateurs mais également les producteurs ». Afin de prodiguer quelques conseils, elle explique : « il est préférable de bien réaliser son Plan de maîtrise sanitaire afin d'être irréprochable. D'ailleurs, une formation est proposée par la Chambre d'agriculture de la Nièvre, le 2 février sur le sujet (infos auprès centre de formation au 03 86 93 40 37). En plus, il est nécessaire d'établir une traçabilité des lots car cela vous permet de vous protéger en cas de contrôle mais également de mettre en valeur votre production locale. Et, il faut remettre tout cela en exergue sur votre étiquette ». Pour cette dernière, elle rappelle : « Beaucoup d'informations sur les étiquettes sont obligatoires, donc il faut faire avec, même si cela prend de la place ». Clémence Guillaumet poursuit spécifiquement sur les éléments à avoir à l'œil avec un laboratoire de transformation pour les productions végétales : « faites attention aux nuisibles, à l'humidité ou encore à la température des pièces ». Enfin, elle insiste : « La réglementation en termes d'hygiène pour la transformation de matières végétales (issues de graines) est pour le moment moins lourde que pour les produits carnés. Mais, elle va être amenée à changer, donc je vous conseille de prendre les devants ».
Quel avenir ?
Si la rencontre était axée sur la diversification, d'autres échanges gravitèrent autour des difficultés d'installation. Parmi les causes évoquées, il fut mis en lumière celles de l'accès aux terres ou encore la mise en place d'éléments photovoltaïques. Sur ce point, Bastien Rochas, 30 ans, souhaitant reprendre la SCEA d'Insèches à l'arrivée en retraite de ses parents, explique : « Nous voudrions mettre en place une serre, avec panneaux, afin d'avoir une surface protégée des aléas et du gibier (donc une sécurisation de la production), en réduisant le coût final d'investissement, et en dégageant une part de revenus à terme. Malheureusement, l'appel d'offres n'ayant pas trouvé réponse. Nous allons retenter. Techniquement cela devait sécuriser mon installation mais cela fait déjà un an qu'elle est repoussée à cause de cela. Je n'ai plus envie d'attendre donc au pire, nous ferons sans ». Un autre jeune présent, attend lui depuis 10 ans pour s'installer, mais ne peut le faire par manque de terres : « si je souhaite viabiliser l'exploitation de mon père et me dégager un revenu, je n'ai pas d'autres choix que d'augmenter la surface déjà existante. Mais ne pouvant le faire, j'attends… et je désespère ». Une expérience qui raviva des souvenirs à Jean-Marc Rochas : « Expropriés de la Région grenobloise, nous sommes arrivés ici, et nous avons eu de grandes difficultés à l'époque pour récupérer des terrains. Je vois qu'encore aujourd'hui les choses n'ont malheureusement pas trop changé ». Il conclut : « Dans chaque projet, il est important de se souvenir que derrière il y a des jeunes. Et s'ils ne peuvent pas s'installer, qui reprendra les terres et les productions ? ».