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Méthanisation à Azy-le-Vif

Un projet de biogaz avec 7 éleveurs

La Nièvre n’est pas inscrite dans la tendance régionale au développement de la méthanisation. Sauf que, sur le canton de Saint-Pierre-le-Moûtier, un entrepreneur individuel d’entretien des routes porte un projet innovant, avec la participation de sept éleveurs bovins et porcin des communes environnantes.
Par Emmanuel Coulombeix
Un projet de biogaz avec 7 éleveurs
Fernando Da Costa est enseignant au CFA de Challuy et le reste du temps chef d’une entreprise d’entretien des accotements et des espaces verts à Azy-le-Vif. La fibre technologique et environnementale vissée aux corps, il porte le projet d’unité de méthani
Fernando Da Costa n’est pas un inconnu du milieu agricole nivernais. Enseignant au CFA de Challuy, à temps partiel, cet homme de 48 ans, est le patron d’une entreprise individuelle d’entretien des accotements et des espaces verts, à Azy-le-Vif. Longtemps élu d’une commune du Nord du département, il a décidé de passer à l’action, en se fondant sur ses différentes expériences professionnelles, plutôt que de ne rester qu’un simple décideur. Pointu sur la technique et sur l’écologie -  «mais pas celle de comptoir»- Fernando Da Costa s’est interrogé, il y a deux ans, sur la valorisation de l’herbe qu’il coupe en bords de routes, jusqu’alors inexploitée. Et très vite, il a eu l’idée d’entrer en contact avec ses voisins agriculteurs, «dans un rayon de 12 km», pour évaluer la quantité d’effluents qu’il pourrait en attendre s’il réalisait «un projet énergétique à partir de ressources durables et de proximité». Une visite chez un de ses amis alsacien qui s’est associé avec d’autres agriculteurs pour monter une unité de valorisation des déchets agro-alimentaires a fini de le convaincre.
La biomasse disponible sur les accotements de sa commune peut être ajoutée à celle issue des effluents d’élevage de ses voisins producteurs bovins et porcin. Sept au total ont été contactés et ont dit OK. Deux ans après ses premières réflexions, Fernando Da Costa est en train de boucler l’étude de faisabilité, avec l’aide d’Etienne Bourgy, le conseiller énergie de la Chambre d’agriculture. Elle devrait être prête fin mai. Pourront alors démarrer les travaux.

Investissement d’1,7 million d’euros
Le site est déjà trouvé. Ce sera à proximité de chez lui, à Azy-le-Vif. Une fois construits, les méthaniseurs devraient démarrer leur production de biogaz au début 2017. L’électricité produite couvrira les besoins équivalents à la consommation de 200 à 300 foyers de quatre personnes par an, «soit deux villages comme Azy-le-Vif». Deux emplois salariés devraient être créés. L’investissement d’un montant de 1,7 millions d’euros, entièrement porté par l’entrepreneur (qui espère 30% de subventions diverses), implique la création d’une unité de méthanisation, ainsi que de valorisation de la chaleur produite. Il s’agira d’une sorte de garages dans lesquels seront enfournés l’herbe et le fumier arrosés par une douche de lisiers. Le processus, géré informatiquement, durera un cycle de 60 jours environ. Le biogaz, dont 50% de méthane, sera aspiré, après le processus de fermentation. Et sera envoyé dans un moteur de cogénération qui produira l’électricité réinjectée dans le réseau. En parallèle, la chaleur produite, toute l’année, sera récupérée par des échangeurs thermiques et servira à sécher du bois, des bûches achetées aux forestiers du département qui seront ensuite vendues, en 33 cm ou en 50 cm, en vrac ou en palettes. Très demandées sur un marché national, qui va de Nice à la Région parisienne, ces bûches ont un pouvoir calorifique supérieur d’un tiers, même si un peu plus chères, mais avec un tirage plus propre et plus écologique. Par ailleurs, Fernando Da Costa envisage une fumière sur laquelle pourraient être installés des panneaux photovoltaïques   : «un site intégré de production d’énergies renouvelables».

Avantages agronomiques du digestat
Pour ce qui est du digesteur, Fernando Da Costa se veut très optimiste  : «le processus est tout bête. C’est comme un estomac de vache, une usine à gaz sans aucun risque puisqu’à 1,3 bars de pression, soit 0,3 bars au-dessous de la pression atmosphérique». Surtout, en faisant appel aux effluents des agriculteurs du secteur, «on ne bouscule pas les écosystèmes, comme la logique industrielle allemande qui fait cultiver du maïs pour bourrer ses digesteurs» se démarque l’entrepreneur. Cela ne peut fonctionner que si les producteurs impliqués dans le projet (ndlr  : ils pourront rentrer au capital de la future société d’exploitation et seront dédommagés du transport des effluents) y trouvent leur propre intérêt. Chacun apportera son fumier, tous les 60 jours environ. «Ils arrivent avec 1000 unités de fertilisation, ils récupèrent 1000 unités de fertilisation au bout du cycle» explique Fernando Da Costa. Un digestat à la texture de compost remplace les effluents en fin de processus. Il est facile à épandre et présente deux avantages majeurs  : «le produit est stérilisé puisque 98% des graines de mauvaises herbes ont disparu et désodorisé. L’intérêt agronomique est évident puisque la matière est plus concentrée en éléments fertilisants, donc on divise les coûts d’épandage. Sa texture est plus homogène. La matière se transforme plus facilement en humus stable, ce qui est bien pour la vie des sols. Une partie de l’azote organique est mieux transformée en azote minéral. Au-delà de l’aspect agronomique, la fumière permettra de mettre en place un calendrier de curage, ce qui résoudra les problèmes de portance dans les prés» détaille-t-il. L’entreprise lissera les apports. Adepte d’une «écologie scientifique», l’enseignant-patron ne tarit pas d’un argument. Avant que le business-plan ne soit bouclé, et comme il a besoin d’une régularité des apports toute l’année, il cherche encore «500 tonnes d’effluents pour la période qui va de août à septembre, 500 tonnes de biomasse qui feront notre productivité, par exemple de la menue paille...» A l’en croire, ce ne serait qu’un détail  : «compte tenu de notre esprit de symbiose et des bénéfices réciproques, on me harcèle pour me demander quand le projet démarre» confie-t-il. Ce sera sans doute pour début 2017.