Un éclaircissement nécessaire pour la filière
Après la mise en contexte des besoins de l'identification variétale des châtaigniers du Morvan (Lien), les résultats des travaux furent exposés.
En avril, un atelier participatif s’est tenu à Saint-Léger-sous-Beuvray, puis, de mai à juillet, des prospections sur le terrain ont eu lieu afin de mieux comprendre les variétés de châtaignes présentes sur le territoire, d’identifier la véritable définition de l’appellation « Marrons du Morvan » et de localiser les arbres répondant à ces critères. Ces étapes ont mis en évidence les connaissances fines des habitants et des professionnels concernés, ainsi que leur attachement à cet arbre. Ils ont permis d’identifier 39 châtaigniers, dont les fruits sont caractérisés comme châtaignes sauvages, « Marrons du Morvan » ou cafards, et qui ont fait l’objet de l’identification variétale. Ces arbres sont répartis essentiellement sur les communes de Saint-Léger-sous-Beuvray, Saint-Prix, La Grande-Verrière, Larochemillay et Mesvres, mais également sur les communes d’Ouroux-en-Morvan, de Quarré-les-Tombes et de Montigny-en-Morvan. Chacun a été caractérisé morphologiquement. Les fiches variétales devront être complétées par l’identification des fruits cet automne.
Des analyses génétiques prometteuses
Pour aller plus loin dans l’analyse, le Parc du Morvan travaille avec deux laboratoires : le Crea, organisme de recherche italien spécialisé dans les domaines de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la sylviculture, et le laboratoire français Biogeco de l’Inrae de Bordeaux. Les prélèvements effectués sur les 39 châtaigniers ont été envoyés à ces deux laboratoires afin d’obtenir des informations sur les variétés de châtaigniers et leur porte-greffe. Les premiers résultats ont montré que les 17 châtaigniers prélevés et identifiés comme « Marrons du Morvan » partagent le même patrimoine génétique. Aucune correspondance n’a été faite avec les variétés référencées dans la base de données italienne. Même si ces résultats renforcent l’hypothèse d’une variété propre au Morvan, des analyses complémentaires sont nécessaires. Une majorité des prélèvements effectués sur des châtaigniers dits « sauvages » nécessitent également une analyse génétique plus poussée pour confirmer ou non une correspondance avec des variétés italiennes.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Des fiches variétales complètes seront établies grâce à l’analyse morphologique et biochimique des fruits. L’arrivée des résultats du laboratoire Biogeco de l’Inrae de Bordeaux permettra ensuite de confirmer ou non les premières hypothèses. Dans tous les cas, ces résultats nourrissent les connaissances sur le patrimoine castanéicole morvandiau et permettront de lancer les réflexions sur les prochaines étapes du développement de la filière : restauration de châtaigneraies, conservation et multiplication des variétés locales, labellisation, mais aussi intégration à des programmes de recherche sur l’avenir du châtaignier face au changement climatique.
La pollinisation, un enjeu pour la diversité
La pollinisation a également été abordée lors de la restitution, puisqu’elle est essentielle pour comprendre la composition des châtaigneraies et l’importance de la diversité variétale.
Le châtaignier est un arbre monoïque : les fleurs mâles et les fleurs femelles sont séparées sur un même individu. Les fleurs mâles, ou « chatons », présentent des floraisons décalées dans le temps. Ce décalage favorise la fécondation croisée avec d’autres châtaigniers et limite ainsi l’autofécondation, ce qui contribue à une bonne fructification.
Les variétés se distinguent également par leur type de floraison mâle. Certaines, dites longistaminées, produisent beaucoup de pollen et de nectar pour attirer les pollinisateurs, tandis que les variétés astaminées en produisent peu. Les principaux pollinisateurs du châtaignier sont des insectes peu mobiles, notamment les mouches à calyptre et les coléoptères.