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Cultures

Du chènevis à la fleur, le pari du chanvre

À Monsols dans le Rhône, Laure Deschamps cultive des graines et des fleurs de chanvre. Son parcours raconte aussi une filière française en développement, mais confrontée localement au manque de débouchés et à un cadre réglementaire souvent complexe.

Par Charlotte Bayon
Du chènevis à la fleur, le pari du chanvre
Laure Deschamps
Les Chevrières de Monsols cultivent 3 hectares de chanvre pour graines, et une plus petite parcelle dédiée aux fleurs.

L’idée lui est venue à l’autre bout du monde. Traductrice de formation, Laure Deschamps découvre le chanvre alimentaire lors d’un séjour en Australie. « Il y avait une pizzeria qui faisait des pizzas à base de farine de chanvre. J’ai trouvé ça original et intéressant, puisque c’est très protéiné. J’ai directement pensé que cette plante aurait du potentiel chez nous », explique-t-elle. De retour dans le Haut-Beaujolais, elle profite de l’expérience agricole de son père. Ensemble ils cultivent graines et fleurs, elle transforme ensuite les récoltes, tous deux finissent ainsi par s’associer.

Des productions complémentaires

Aujourd’hui, les deux cultures n’ont ni la même échelle, ni les mêmes exigences agricoles ou réglementaires. Pour le chènevis, la graine de chanvre, Laure Deschamps consacre généralement 1 à 2 ha, avec une culture mécanisée. Les fleurs occupent seulement 200 à 300 m² et se rapprochent davantage de la culture de plantes aromatiques : semis, plantation et récolte sont réalisés à la main. La graine est vendue entière ou toastée, pressée pour obtenir de l’huile et le tourteau valorisé en farine. Les fleurs servent à la vente brute, aux infusions ou aux macérations. Ce modèle diversifié répond aussi à une contrainte locale : « Toute l’industrie autour du chanvre est plutôt située au nord de la France », explique-t-elle. Ce qui l’empêche de pouvoir transformer toutes les parties du chanvre. Cette dernière utilise donc la fibre de ses tiges en paillage.

La filière cherche à gagner en popularité. Laure Deschamps n’évolue pas seule : elle adhère à l’Association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC) qui revendique aujourd’hui plus de 250 producteurs. Reste aujourd’hui à faire connaître davantage la plante et ses usages possibles : « La plupart des gens connaissent sans connaître. Tout le monde connaît le chanvre, mais on ne connaît pas forcément ses propriétés, il y a aussi beaucoup d’idées reçues et d’amalgames quant au THC ».

La fleur, point sensible

C’est justement sur la fleur que les difficultés se concentrent. En France, peuvent être cultivées les variétés de Cannabis sativa L. autorisées dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,3 %. Pour la production de fleurs et de feuilles, les plantes doivent être issues de semences certifiées, le bouturage est interdit et seuls les agriculteurs actifs peuvent les cultiver. La vente de fleurs brutes à faible teneur en THC est possible, depuis que le Conseil d’État a annulé, en décembre 2022, l’interdiction générale qui avait été instaurée un an plus tôt. Mais dès que la fleur entre dans l’alimentation, la réglementation se durcit : depuis mai 2026, le ministère de l’Agriculture rappelle que les denrées contenant du CBD ne sont pas autorisées à la vente au titre de la réglementation européenne sur les « nouveaux aliments ». Celle-ci prend pour référence une consommation significative avant le 15 mai 1997. Les graines et leurs dérivés, comme l’huile de chènevis, ainsi que les feuilles exclusivement destinées à une infusion aqueuse bénéficient d’un historique de consommation ; ce n’est pas le cas des aliments contenant du CBD. Concrètement, des macérats destinés à être avalés ou certains produits alimentaires issus des fleurs se retrouvent donc directement concernés par ces restrictions. « Tous les ans, il y a de nouvelles réglementations. On n’est jamais vraiment sûr de ce qu’on peut vendre, comment le vendre, comment l’appeler… », résume Laure Deschamps. Malgré une bonne valorisation, notamment de la fleur, elle met en garde : « Ce n’est pas un Eldorado ». Entre rendements variables, débouchés à construire et heures de travail, le modèle repose encore beaucoup sur l’engagement des producteurs et leur passion pour une plante polyvalente, aux multiples bienfaits pour l’Homme et l’environnement.