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Assises régionales de la biodiversité

Un défi collectif à relever

Alors que s'ouvrait la conférence environnementale à Paris, la Bourgogne tenait ses Assises de la biodiversité le 14 septembre à Dijon, sous la double présidence de François Patriat, président du Conseil régional et de Pascal Mailhos, Préfet de Région. A mi-parcours de la définition d'une stratégie régionale de la biodiversité, répondant à des enjeux autant nationaux qu'européens, ces Assises on dressé le bilan de la biodiversité «ordinaire» et «remarquable» en Bourgogne. Un sujet qui intéresse au premier chef l'agriculture, puisqu'elle occupe avec la forêt plus de 80% du territoire régional.
Par ANNE-MARIE KLEIN
Un défi collectif à relever
Parmi les «grands témoins», Lionel Borey (céréalier, élu de la Chambre d'agriculture de Saône-et-Loire) et Hugues Joliet (polyculteur éleveur de côte d'Or, réseau Ecole en herbe) ont fait part de leurs réflexions sur le diagnostic et sur les orientations
Chiffon rouge pour les uns, enjeu vital pour les autres, la biodiversité ne peut pas se satisfaire d'un consensus mou, d'autant comme le remarque François Patriat que le sujet [I]«passionne les Bourguignons»[i] et que ses Assises ont fait le plein d'acteurs motivés et enclins au débat. Même si elle est loin d'être la seule concernée, l'agriculture se retrouve souvent en première ligne, lorsque le mot est lâché et pas toujours à son avantage. Pourtant, elle contribue directement au maintien de cette biodiversité. La synthèse des études, entretiens et réflexions, présentée par Alterre Bourgogne sous le titre [I]«Diagnostic : des enjeux à partager»[i], sans être totalement exhaustive, plante le décor et balaie très largement l'ensemble des interactions entre les diverses activités économiques et la biodiversité.
[INTER]Une reconquête dynamique et constructive[inter]
La biodiversité se trouve au cœur des activités agricoles, sylvicoles et d'aménagement du territoire. Elle est aussi une ressource pour l'industrie agroalimentaire et pour l'industrie du bois et de l'énergie. Enfin, elle est le socle sur lequel s'épanouissent les activités touristiques et de loisirs, le support de la beauté et de la diversité des paysages bourguignons, façonnés par une grande variabilité biogéologique. Cependant, la dégradation des écosystèmes naturels s'accélère à un rythme encore jamais atteint dans l'histoire de l'humanité, [I]«c'est un défi collectif à relever... partout, tout le temps et pour tout le monde»[i] insiste François Patriat.
Le décor planté, les acteurs de cette reconquête qui se veut dynamique et constructive, [I]«sans exclusion, ni anathème»[i], étaient tous là eux aussi. Car toutes les activités économiques sont impliquées : l'agriculture, la forêt, l'urbanisme et les transports, l'industrie, les activités de pleine nature et le tourisme.
Souvent montrée du doigt, l'agriculture a présenté à cette occasion sa propre contribution sous la forme d'un document réalisé par la Chambre d'agriculture de Bourgogne. Une façon d'expliciter « le positionnement stratégique des Chambres d'agriculture et de valoriser le rôle des agriculteurs, acteurs de la biodiversité sur les territoires de Bourgogne ». Le modèle de développement retenu par la profession agricole est résolument orienté sur la recherche d'une agriculture compétitive, diversifiée, économe en intrants, intégrant les enjeux environnementaux et énergétiques. La profession agricole revendique ainsi [I]«une gestion adaptative et pragmatique des espaces, prenant en considération les contraintes économiques, logistiques et organisationnelles des exploitations»[i].
[INTER]Tous responsables, tous concernés...[inter]
C'est Lionel Borey, élu de la Chambre d'agriculture de Saône et Loire qui a été chargé de témoigner au nom des agriculteurs. Les pratiques agricoles ont un impact sur la biodiversité, mais des démarches et des mesures sont prises pour y remédier, les résultats des moyens mobilisés et des actions entreprises sont visibles sur les territoires. [I]«C'est par l'association de tous les acteurs locaux que l'on pourra avoir une vision globale et cohérente de l'approche biodiversité sur un territoire»[i]. Car l'érosion de la biodiversité est le fait d'une responsabilité collective, liées à toutes les activités humaines : l'urbanisation, les transports, l'industrie, l'artificialisation croissante des terres. Sans oublier les citoyens qui, par leurs exigences souvent contradictoires et leurs choix de consommation ou leur mode de vie, peuvent orienter vers des pratiques aux conséquences dommageables pour l'environnement.
A l'heure des échanges avec la salle, Francis Letellier (président de la FRSEA) [I]«producteur de lait en voie de disparition»[i] a appelé [I]«à bien identifier les priorités à l'heure des choix»[i]. Au plan national les priorités doivent aller à l'emploi et à la croissance, comme dans le secteur agricole, où pour certaines productions comme le lait ou l'aviculture, l'emploi et la pérennité des exploitations sont directement menacés. Les agriculteurs se sont toujours adaptés aux nouvelles exigences qui leur étaient posées mais, [I]«s'adapter souvent pour le paysan, cela signifie disparaître»[i] avertit Françis Letellier, [I]«On continuera à travailler à la préservation de l'environnement, comme on le fait déjà, mais attention à l'empilage des contraintes et des normes, souvent difficiles à comprendre et à suivre»[i]. La transmission du savoir et des connaissances est une étape essentielle, rappelée également par Fabrice Genin, président JA de Bourgogne, pour lequel l'important c'est de [I]«convaincre plutôt que contraindre, informer plutôt que désinformer»[i].
Les mesures de préservation ou de restauration, qui concernaient surtout la biodiversité remarquable, s'orientent maintenant vers une biodiversité plus ordinaire ou fonctionnelle. L'amélioration des connaissances, la transmission des savoirs, la mise en cohérence des politiques... doivent y contribuer. Pour répondre à l'objectif de définition d'un stratégie régionale de la biodiversité qui devra s'actualiser dans les prochains mois, la prochaine étape prévoit une large consultation, des séminaires et des ateliers thématiques. Tous responsables, donc tous concernés... Ceux qui se sentent un peu plus concernés et qui veulent participer activement aux débats en cours peuvent se connecter sur www.region-bourgogne.fr et www.alterre-bourgogne.org.

Qu'est-ce que la biodiversité ?

La biodiversité c'est la diversité du vivant, ce qui englobe : les milieux et les habitats (prairies, bois, espaces cultivés, mares et cours d'eau...), les espèces (leur nombre évalué à 46 000 en France pour les espèces animales et végétales représente le principal indicateur de biodiversité), les gènes (considérés pour des individus d'une même espèce, la variété génétique concerne autant le végétal que l'animal). La biodiversité peut-être de deux sortes : ordinaire ou remarquable. La biodiversité ordinaire concernent tous les milieux et toutes les espèces, sans référence à une protection spécifique, de l'infiniment petit à l'infiniment grand c'est le monde dans lequel nous évoluons et avec lequel nous interagissons au quotidien (espèces communes, fleurs des champs, animaux, etc.). La biodiversité remarquable se réfère à des milieux et à des espèces naturellement rares ou qui ont régressé, ou qui sont emblématiques d'un territoire donné. Le rythme de disparition des espèces s'est considérablement accéléré (100 à 1000 fois plus vite que le rythme « naturel »). C'est une alerte et une menace pour l'espèce humaine, car la diversité des espèces et des interactions entre ces espèces végétales et animales constitue une garantie du bon fonctionnement des écosystèmes. Ces écosystèmes nous fournissent gratuitement de nombreux biens et services indispensables à notre bien-être (matières premières, alimentation, régulation écologique des systèmes, assainissement des cours d'eau, loisirs, éléments des paysages, identité des territoires...).