Un avenir qui dépend surtout de choix politiques
À l’occasion de son assemblée générale, Bio Bourgogne Franche-Comté a réuni une centaine de participants. Au cœur des échanges : l’avenir de l’agriculture biologique et les choix politiques qui le conditionnent.
Pour la troisième année consécutive, les surfaces en agriculture biologique en région Bourgogne-Franche-Comté (BFC) baissent. Les nouvelles conversions en agriculture biologique ne compensent pas les arrêts de certification : 262 fermes décertifiées en 4 ans pour environ 18 000 ha retournés en conventionnel. Tel est le constat dressé lors de l’assemblée générale de Bio BFC qui s’est tenue le 28 avril à Champvans, dans le Jura. « L’État, par son désengagement (arrêt des aides au maintien, plan d’urgence insuffisant, baisse des crédits pour la communication et la structuration des filières…), n’a pas su pallier la crise des filières bio liée à la baisse de la consommation », soulignent les administrateurs de Bio BFC. À une échelle régionale et locale, l’association Bio BFC peut compter sur le soutien de ses partenaires financiers et déployer un grand nombre d’actions au service des producteurs jusqu’aux consommateurs. Ses missions s’inscrivent en complémentarité de celles des Chambres d’agriculture : Laurence Henriot, présidente de Bio BFC, et Gérald Pichot, élu de la Chambre régionale, ont profité de cette assemblée générale pour signer un accord de partenariat en présence de Christian Morel, vice-président à la Région.
Volonté politique indispensable
La table ronde de l’après-midi a réuni des représentants des consommateurs (Que choisir ensemble), des magasins bio spécialisés (Biocoop), des organisations économiques de producteurs 100 % bio (Forebio), des collectivités (Communauté d’agglomération Beaune Côte et Sud, en Côte-d'Or) et du réseau bio (Bio BFC) pour échanger sur l’avenir de l’agriculture biologique. La nécessité d’un engagement politique fort a été un point central. Comme l’a rappelé Christian Baqué (Bio BFC), « sans volonté politique, il n’y aura pas d’évolution ». Gérard Roy (Communauté d’agglomération Beaune Côte et Sud) a même évoqué le risque d’un retour de bâton des citoyens envers les élus : « Un jour, les gens pourraient se retourner vers eux en les accusant de n’avoir rien fait ». Julien Bourgeois (de la coopérative bio de l'Yonne Cocebi) a complété ce constat en regrettant « un déficit d’action publique depuis 2 à 3 ans ».
Conserver une exigence
Pourtant, il reste optimiste : « Le devenir de la bio, j’y crois, notre modèle fonctionne ». Pour lui, la bio n’est pas une option, mais une obligation environnementale : « Nous n’aurons pas d’alternative pour l’environnement ». Il défend aussi une vision exigeante : « Ce n’est pas en abaissant les valeurs de la bio qu’on va la démocratiser, la bio doit tirer son épingle du jeu par son exigence ». Côté santé et transmission, Laurence Henriot a souligné deux priorités : d’abord, « bien se nourrir fait aussi partie de la guérison », rappelant le lien indissociable entre alimentation bio et bien-être. Ensuite, elle a alerté sur « le non-renouvellement des agriculteurs, plus de 50 % vont partir à la retraite », un défi majeur pour la pérennité de la filière. Sans oublier l’enjeu de ne pas perdre les terres qui ont été converties en bio. Enfin, Clément Gernot (Biocoop) a recentré le débat sur la distribution. « Les grandes et moyennes surfaces (GMS) et les magasins spécialisés ne font pas le même métier, a-t-il précisé, la GMS vend le bio en France », la grande distribution captant plus de la moitié des ventes. Elle a donc « un rôle prépondérant à jouer pour que la consommation bio se développe ».
Souveraineté alimentaire
Dans un futur proche qui devra s’adapter à un manque de disponibilité des engrais et des matières premières d’origine agricoles, les participants souhaitent que l’agriculture biologique devienne un modèle de souveraineté alimentaire et se généralise, en restant accessible à tous. Des faits sont encourageants : un objectif de 21 % de SAU bio est inscrit dans la Loi d’orientation agricole, la consommation de produits bio repart à la hausse, de nombreuses collectivités territoriales s’appuient sur la Loi Égalim pour augmenter la part de produits bio en restauration collective. « Si le rôle de la grande distribution semble déterminant, placer l’alimentation au cœur des enjeux de santé et de préservation de l’environnement ne se fera pas sans une réorientation massive de l’action publique vers le mode de production biologique », concluent les participants, en appelant à la responsabilité des élus.
Un avenir qui dépend surtout de choix politiques
Nouveau président et nouveau site internet
L'assemblée générale de Bio BFC a été marquée par un changement de présidence : l'éleveuse de bovins Côte-d'Orienne Laurence Henriot a passé le relais, après cinq ans de présidence à un autre Côte-d'Orien, Geoffroy Gavignier, maraîcher. Autre nouveauté annoncée à cette occasion la création d'un nouveau site internet. Vous pourrez désormais retrouver Bio BFC sur biobfc.org.
En chiffres
Le département de BFC qui compte le plus de fermes bio est la Côte-d'Or (938). Celui qui en compte le moins est le Doubs (271). Le Territoire de Belfort n'en compte que 21 mais le caractère atypique de ce département de superficie très réduite ne rend pas les chiffres qui le concernent significatifs. En nombre d'hectares en bio c'est encore la Côte-d'Or qui est en tête (58 648 ha). Le Doubs n'en compte que 13 685. En proportion de la SAU totale, c'est le Jura qui pointe en tête, avec 14,3 % alors que la Saône-et-Loire est dernière, avec 4,6 %. L'Yonne est à 13,3 %, la Côte-d'Or à 12,8 % et la Nièvre à 7,5 %.