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Syndicalisme

Prendre la mesure de la catastrophe agricole !

Dans un communiqué, la FRSEA Bourgogne Franche-Comté rappelle ce qui se joue actuellement en raison des vagues de chaleur successives que nous subissons. Elles imposent une réponse forte des pouvoirs publics.

Par FRSEA BFC
Prendre la mesure de la catastrophe agricole !
Les prairies ne nourrissent plus les vaches.

Depuis le début du mois de juillet, nous alertons les pouvoirs publics et les décideurs régionaux face aux canicules d'une intensité inédite auxquelles nous sommes confrontés. Aujourd'hui, les faits sont incontestables.

– juin 2026 a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France.

– la température moyenne a dépassé les normales de + 3,8 °C.

– les températures ont localement franchi les 40 °C.

– le déficit de précipitations atteint près de 50 % dans certains secteurs.

– les épisodes de canicule se succèdent depuis plusieurs semaines. On annonce pour cette semaine du 10 août une cinquième vague de chaleur depuis le mois de mai.

Des stocks d'hiver déjà entamés

Dans les exploitations, les éleveurs nourrissent leurs animaux avec leurs stocks d'hiver depuis bientôt deux mois. Chaque semaine qui passe réduit un peu plus les réserves et hypothèque les prochains mois. Les conséquences sont désormais visibles partout en Bourgogne-Franche-Comté (BFC). Les prairies sont brûlées, les rendements fourragers s'effondrent, la production laitière recule, les récoltes des cultures de printemps sont très faibles, les productions légumières et fruitières sèchent sur place, les vendanges s'annoncent fortement dégradées dans plusieurs secteurs et la mortalité animale progresse sous l'effet du stress thermique et des risques sanitaires. À cette crise climatique s'ajoute une crise économique. Alors que la baisse des volumes devrait soutenir les marchés, les prix de la viande, du lait et des céréales restent insuffisants pour couvrir les coûts de production. Les agriculteurs produisent moins, mais continuent de vendre à des prix qui ne leur permettent plus de vivre de leur travail. L'heure n'est plus aux constats mais aux décisions. Les agriculteurs n'attendent plus des déclarations de principes. Ils attendent des décisions. Nous demandons la mise en œuvre rapide d'un plan d'urgence comprenant notamment :

– une année blanche pour les exploitations les plus fragilisées ;

– un accompagnement exceptionnel pour sécuriser l'alimentation des troupeaux ;

– une mobilisation de tous les dispositifs d'aide disponibles ;

– l'accélération des investissements permettant le stockage de l'eau et des fourrages afin d'adapter durablement notre agriculture aux nouvelles réalités climatiques.

Chaque semaine perdue aggravera les difficultés économiques des exploitations. Il y va de l'avenir de milliers d'agriculteurs, mais aussi de notre capacité collective à produire une alimentation française de qualité. Notre souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit. Et elle se défend aujourd'hui.

La filière Comté inquiète

La FRSEA BFC a réuni une cellule de crise avec les représentants de la filière Comté le 24 juillet. « L'inquiétude des éleveurs grandit au fur et à mesure que les jours se succèdent ... sans pluie » selon Stéphane Sauce, président de la FRSEA BFC. « Pas une goutte de pluie et à nouveau des températures caniculaires, détaille Jean-Baptiste Viret, du Jura. L'hiver a commencé le 20 juin, les stocks fondent à vue d'œil ». Opération paille, demande d'exonération de la Taxe sur le foncier non bâti (TFNB), procédures d'indemnisations fondées sur la solidarité nationale, tournée terrain avec administration et techniciens pour ne rien rater de la nouvelle procédure assurantielle basée sur les images satellites… les différents leviers d'aides sont actionnés. « Nous avons aussi la problématique de l'achat de fourrage à l'extérieur de la zone qui pose surtout souci en Morbier » ajoute Jean Baptiste Viret. En production de Morbier, l'achat de foin destiné aux vaches laitières est interdit hors zone alors qu'il est permis très partiellement en Comté (95 % du foin distribué aux vaches laitières doit être issu de la zone AOP). La prudence est de mise du côté de la FRCL, Jean Baptiste Cattin note « Une nette baisse des rendements fromagers sur juillet mais aussi des inquiétudes sur l'eau pour les ateliers de transformation ». Le vice-président de la FRCL rappelle qu'avec le décalage des paies de lait dans la filière et la régularisation des prix de fin de campagne et pour certains ateliers des prix de valorisation faibles, les mois d'octobre et novembre pourraient mettre à mal la trésorerie des fermes. Des questions et des doléances qui seront portées à la connaissance des 3 collèges du Comité interprofessionnel de gestion du Comté (CIGC) le 28 août. Enfin, comme le rappelle le Nivernais Romaric Gobillot, président de la FRB « Les vaches laitières maigres arrivent en nombre dans les abattoirs. Il n'y a pas de marché pour ce type d'animaux et les congélateurs sont saturés ». Séverine Vivot