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Chambre régionale

Séquence réflexion sur la réforme territoriale

Pour sa partie informative, la Chambre régionale a convié François Berthelon, président du Conseil économique, social et environnemental de Bourgogne, à intervenir sur la réforme territoriale et, notamment le rapprochement programmé entre la Bourgogne et la Franche-Comté.

Par Anne-Marie Klein

Au plan national remarque François Berthelon, il est «difficile de donner une lecture claire et précise de la réforme territoriale à venir». Une réforme d’autant plus nécessaire que la France avec ses 50 000 collectivités (de la plus petite commune à la région la plus vaste) représente plus de 48% de la totalité des collectivités recensées dans les 28 pays de l’Union européenne. Cela fait un peu désordre et on comprend qu’il va falloir y mettre de l’ordre, de la méthode et un peu de bonne volonté, ce qui semble aujourd’hui manquer le plus.

Forces et faiblesses d’un projet qu’il ne faut pas rater

Pour François Berthelon, pas de doute «ce projet de réforme a été pris à l’envers». On découpe à la hache et sans concertation ou presque et après on voit si ça peut coller... Avant de découper (ce qui est vécu comme un arbitraire de plus) il aurait fallu «réfléchir aux compétences demandées pour les futures régions, évaluer les ressources et les moyens». Le système actuel génère plus de zizanie et de fronde que de réelle adhésion. Et la perspective des prochaines élections n’arrange pas les choses. Face «à une réforme inaboutie, mal préparée» mais «qu’il ne faut surtout pas rater» comment faire ? Pour certaines régions tout reste à faire, mais pour la Bourgogne et la Franche-comté, certaines lignes de force plaident en faveur de la fusion et les deux régions travaillent déjà à leur rapprochement. 

Il existe ainsi entre Dijon et Besançon une zone d’échanges préférentiels. Mais toute la Bourgogne et la Franche-Comté ne se reconnaissent pas dans Dijon et Besançon. Il faut donc aussi faire avec une Bourgogne attirée hors de ses frontières au Nord, à l’Est et au Sud, tiraillée par des intérêts divergents. L’attractivité de l’Ile de France ou de la région lyonnaise est forte pour certaines franges-frontières des départements de Bourgogne. Il faut en tenir compte sans crispation. Et il faut aussi s’appuyer sur ce qui fait déjà la force de l’union en construction: un pôle de compétitivité comme Vitagora, des pôles d’excellence à Magny-cours, Sochaux... Et là encore sans s’interdire de réfléchir plus grand, plus large... «a-t-on suffisamment étudiée la faisabilité d’un projet Grand Est qui rassemblerait cinq régions aux problématiques assez proches ?» s’interroge François Berthelon.

 

Ensemble, c’est tout... et c’est le plus difficile

Le bât risque quand même de blesser quant au choix d’une ville-capitale régionale. Sur ce chapitre la Bourgogne comme la Franche-Comté voit Dijon et Besançon au coude à coude sans qu’aucune ne bénéficie de l’aura réelle d’une vraie capitale régionale. Pour justifier la réforme territoriale, on met en avant les économies d’échelle, mais pour l’instant, précise le président du Ceser, on sait surtout ce que cela risque de coûter, économiquement et humainement. Économiquement l’ardoise pourrait tourner autour de 400 à 500 millions, humainement il va falloir gérer les contrats des agents des collectivités, la peur de la perte d’identité des populations, de l’exclusion, de l’éloignement réel ou supposé.

Il «ne faut pas craindre la perte d’identité» et « il faut insister sur les intérêts communs, clarifier les compétences, redessiner les périmètres d’action des organisations», de toutes les organisations, y compris les organisations professionnelles agricoles. Il faut «évaluer les conditions de la réussite, les attentes, les mutualisations possibles, construire sur des bases partagées et un socle solide. Nous aurons des régions plus fortes, à condition qu’elles y trouvent des intérêts communs, un enrichissement mutuel, une complémentarité» insiste François Berthelon. 

C’est une réforme primordiale qui va obliger à changer de paradigme. Il faudra bien entendu  laisser le temps au temps pour en traiter tous les aspects techniques, mais la vraie réussite dépendra d’un préalable incontournable: la bonne volonté partagée. Volonté de travailler ensemble, de mieux se connaître et finalement d’avancer ensemble au service des populations concernées, en mettant de côté les intérêts particuliers et partisans.