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Moissons

Réunion de crise en Tonnerrois

Le phénomène de germination qui se généralise sur l’ensemble de la région a conduit la FRSEA et JA Bourgogne à organiser une réunion sur le terrain, avec les différents acteurs de la filière, en présence de représentants nationaux des deux syndicats agricoles.
Par Dominique Bernerd
Réunion de crise en Tonnerrois
Un tas de blé touché par la germination, chez Nicolas Poinsot, exploitant céréalier à Thorey
NIcolas Poinsot a fait ses comptes : ce jeune exploitant qui cultive 480 ha sur les plateaux de Bourgogne, aux confins du département, a déjà perdu en quatre ans, 120 K€ de franchise en ayant déclenché en autant d’occasions, son assurance aléas climatiques. Après le gel et la grêle, ce sont cette fois les pois qui ont germé. Symbole de cette moisson 2014 qui voit un peu partout la germination mettre à mal les espoirs des agriculteurs céréaliers. [I]«Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés»[i], comme l’écrivait La Fontaine évoquant la peste. Une [I]«peste»[i] qui aujourd’hui compromet en premier lieu les débouchés meuniers des blés fraîchement récoltés et s’étend du Rhône-Alpes au Nord de la France. La réunion organisée par la FRSEA et JA de Bourgogne ce jeudi, sur l’exploitation de Nicolas Poinsot, à Thorey, a réuni nombre d’acteurs de la filière : agriculteurs, organismes stockeurs, assureurs. Une rencontre à laquelle participaient également Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, en charge notamment du dossier aléas climatiques et Antoine Daurelle, trésorier adjoint au bureau national des JA.

[INTER]Du jamais vu ![inter]
Pour certains agriculteurs de Bourgogne, 2014 est la troisième année consécutive au cours de laquelle ils doivent faire face à des aléas climatiques. Le phénomène de grains germés qui s’est généralisé sur la région est de l’avis de tous, [I]«du jamais vu»[i]. S’il vient amputer le potentiel des récoltes de blé, de colza, d’orges et de pois et fragiliser un peu plus l’économie des exploitations, il ébranle également toutes les filières de production. Conséquence du cumul des fortes précipitations et de la fraîcheur enregistrées au début du mois de juillet : [I]«des conditions clima-tiques alternant le chaud et le froid, qui ont levé la dormance et débloqué la germination»[i], comme l’a rappelé le président de la FRSEA Bourgogne et de la FDSEA 89, Francis Letellier. Dans l’Yonne, ce sont entre 60 et 80% des blés meuniers, qui sont aujourd’hui déclassés en blés fourragers. Egalement touchés: les orges de printemps, ainsi qu’une partie du colza récolté, même si, pour ce qui est des protéagineux, la dégradation du taux d’huile ne devrait pas être trop importante. Quant aux orges d’hiver, tout dépend de la date à laquelle elles ont été récoltées : avant les pluies, les escourgeons, tout en présentant des moyennes de rendement hétérogènes allant de 40 à 90 q/ha, sont de belle qualité brassicole. Ce qui n’est pas le cas de celles collectées après, qui présentent tous des traces de germination

[INTER]Un impact fort sur les revenus[inter]
Se pose aujourd’hui un autre problème : le respect des contrats engagés, comme l’a évoqué Gérard Delagneau, président de la coopérative 110 Bourgogne: [I]«la récolte était déjà bien engagée et bien sûr, avec des blés panifiables. Aujourd’hui, nous sommes en négociation avec nos meuniers et tentons de trouver des débouchés, mais les prix sont revus à la baisse et il va falloir trier, alloter, créant des frais supplémentaires…»[i] Même discours pour son collègue de Capserval, Etienne Henriot : [I]«cela aura un impact fort, il ne faut pas se leurrer, sur les revenus des agriculteurs et posera des problèmes pour les organismes économiques, qui auront très certainement un exercice difficile. Nous sommes face à un phénomène jamais connu, surtout à cette ampleur, à l’échelle de tout un territoire… Nous faisons tout notre possible pour trier, conserver, mais quand vous avez 85% d’un tas de blé qui est mort et passe en fourrager, vous ne pouvez pas transformer le métal en or  !»[i] Les semences, en fonction des variétés utilisées ont également été touchées et certains agriculteurs tirent la sonnette d’alarme: [I]«aujourd’hui, le constat est simple, nous n’avons plus aucune semence de ferme à ressemer !»[i]

[INTER]Un socle assurantiel mutualisé[inter]
Présent à la réunion, le directeur de l’antenne auxerroise de Groupama Paris Val de Loire, Jacques Blanchot, a rappelé que la germination faisait bien partie des aléas excès d’hygrométrie, mais à une condition : [I]«que les rendements soient amputés d’au moins 25%...»[i] La baisse de qualité ne rentrant pas en ligne de compte pour ce qui est du calcul des indemnisations. Néanmoins, il est demandé à tous les agriculteurs touchés par le phénomène, de faire des déclarations à leur assureur, de sorte de pouvoir établir un recensement de la situation. Tous les participants à la réunion s’accordent à dire que le système assurantiel existant aujourd’hui, ne correspond plus aux besoins, face à la récurrence d’aléas climatiques de plus en plus violents et rapprochés et au fait qu’au plan national, près des deux tiers des céréaliers ne sont pas assurés. A l’image de cet exploitant du Tonnerrois, dont [I]«les rendements à force de baisser d’année en année, sont rendus tellement bas, qu’il faudrait quasiment ne plus rien récolter pour espérer déclencher le système aléas…»[i] Joël Limouzin a rappelé pour sa part la déclaration du 10 juillet dernier du ministre Le Foll, sur la mise en place d’un socle assurantiel, via un fonds d’indemnisations auquel l’état contribuerait à hauteur de 100 M€. Un dispositif qui concernerait les cultures implantées en 2015 pour récolte en 2016. Demeurent plusieurs interrogations, comme le niveau de production pris en compte : [I]«il va falloir trouver des solutions adaptées à chaque système et nous avons décidé à la FNSEA, d’une réunion à la rentrée, regroupant tous les secteurs d’activité afin de se mettre en ordre de marche et respecter le cadencement prévu...»[i] Reste à savoir si le dispositif sera obligatoire ou non : [I]«est-on prêt à réorienter une partie des aides de la PAC vers un dispositif assurantiel ? C’est un sujet professionnel et politique sensible, je vous l’accorde…»[i] Pas question pour autant de tout miser sur l’assurantiel, sans passer par la case prévention : [I]«nous ne voulons pas d’un système d’incitation à la médiocrité, avec le risque de se retrouver sans rien au bout de quelques années de dégradation des revenus !»[i]