Réunion de crise avec le Préfet de Côte-d'Or
Les acteurs du monde agricole et les services de l'État ont fait le point auprès du Préfet de Côte-d'Or sur la situation des productions céréalières, confrontées à des difficultés depuis plusieurs années. Chacun a pu exposer des constats qui attendent des réponses.
Trois heures au cours desquelles chacun a pu s'exprimer : la réunion organisée le 5 janvier à la Préfecture de Côte-d'Or, à Dijon, a permis à tous les participants de faire valoir leurs points de vue et inquiétudes sur la situation des productions céréalières. Elles sont confrontées, depuis plusieurs années, à un ensemble d'éléments (baisse de rendements, aléas climatiques, pertes de marchés à l'export, baisse des cours…) qui rendent la position des exploitations agricoles concernées périlleuse. Initiée par le président de la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, Jacques de Loisy, cette réunion de crise rassemblait, autour du préfet Paul Mourier, des financeurs (Banque de France, Crédit Agricole, Crédit Mutuel), tous les syndicats agricoles, les organismes stockeurs et de négoce (Dijon Céréales, 110 Bourgogne, Soufflet, Bresson, Bourgogne du Sud), CerFrance, la DDT et la Draaf.
Maîtrise des charges, préservation des aides
Antoine Carré, président de la FDSEA 21, revient sur ce qui s'y est dit : « Les présentations de CerFrance ont été claires : depuis la mise au Marché à terme international de France (Matif) des céréales, au début des années 2000, on constate beaucoup plus d'instabilité et de variabilité des cours, dans un contexte de hausse de charges et donc de résultats économiques altérés. Les cours des céréales sont indexés sur le marché mondial, ce contre quoi on ne peut pas faire grande chose, donc, pour améliorer le revenu des exploitations aujourd'hui, soit on maîtrise les charges, soit on évite de perdre des aides. » Face à ce contexte, les différents acteurs locaux ont le sentiment que les positions de l'État, notamment sur les usages de l'eau, évoluent de manière positive. D'autant plus qu'en Côte-d'Or, un travail est mené sur cette question par le monde agricole. Néanmoins, les producteurs céréaliers attendent des actes, par rapport à leur situation, et devant le constat d'une forte détérioration des situations économiques. « Il y a un peu plus de 5 ans, poursuit Antoine Carré, on comptait entre 1 et 2 % d'exploitations en grandes difficultés, on est aujourd'hui à 15 %. » Pour apporter une explication, le président de la FDSEA 21 s'est appuyé sur sa propre expérience : « entre mon installation, en 2014, et 2024, les prix du blé n'ont quasiment pas bougé, à 170 euros/t. J'ai comparé avec certaines charges : en 2014, un tracteur qui coûtait 110 000 euros, en coûte aujourd'hui 200 000, pour un modèle équivalent. Si l'on prend l'exemple de la solution N39 en engrais, on est passé de 170 euros/t à 380, voire 420 avec le MACF (Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières entré en vigueur le 1er janvier) ! Les taux bancaires étaient à 0,7 % en 2014 on est presque à 3,5 % aujourd'hui. 2014 avait été une mauvaise année et cela avait entraîné des résultats nuls pour les exploitations. En 2024, avec le même prix de blé, cela s'est traduit par un énorme trou de rentabilité… À 170 euros/t, c'est impossible de gagner de l'argent. »
Des exigences qui ont un prix
Antoine Carré souligne aussi que l'augmentation des matériels ne vient pas de nulle part : elle est en partie due à la hausse des exigences en matière de normes environnementales. Les tracteurs sont équipés de vanne EGR (qui permet de réduire les émissions de gaz toxique), de catalyseur… « Nos tracteurs polluent moins et c'est très bien mais ces charges environnementales sont uniquement supportées par les agriculteurs. Si on voulait les répercuter, il faudrait le faire sur le prix du blé qui devrait être à 250 euros/t. À titre personnel, je n'ai pas le pouvoir d'agir sur le prix du blé, en revanche, les agriculteurs peuvent se battre pour éviter de perdre des aides PAC. »