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Médecine manuelle sur animaux

"€œRetrouver les gestes ancestraux disparus de nos campagnes"€

La Chambre d'agriculture de la Nièvre organisait, vendredi dernier, une nouvelle session d'initiation à la pratique de la médecine manuelle sur animaux. Avec un franc succès: 12 stagiaires ont participé et découvert l'art de la manipulation.
Par E.C.
"€œRetrouver les gestes ancestraux disparus de nos campagnes"€
Médecine manuelle sur animaux
Pour un profane, la manipulation des animaux s'apparente vite à ce que des professionnels de la médecine humaine, formés dans des écoles spécialisées, appellent l'ostéopathie. Le mot est lâché. Et il fâche: le conseil de l'Ordre des vétérinaires préfère le bannir du jargon professionnel pour lui préférer le terme générique de [I]«médecine manuelle»[i]. Le Bourguignon Jean-Pierre Siméon, vétérinaire membre du Groupement Zone verte, ne dit pas autre chose quand il évoque [I]«un retour à des pratiques ancestrales qui ont aujourd'hui disparu de nos campagnes, juste avec nos mains mais sans aiguille»[i].
Il s'agit plutôt, donc, d'évoquer l'art du rebouteux, appliqué au bien-être animal. Il y a des mots comme çà qu'il faut éviter d'employer. [I]«Bobologie»[i] en fait aussi partie. Le vétérinaire insiste d'ailleurs sur le fait qu'il s'agit tout de même de [I]«vraie médecine manuelle»[i] destinée à [I]«faire retrouver le mouvement aux animaux, à soigner des anorexies, à soulager des menues boiteries»[i]. Tout pour rétablir un confort de vie aux brebis et leurs agneaux ou aux vaches et à leurs veaux...

[INTER]Manipulation et cordages[inter]
C'est ce que Jean-Pierre Siméon a enseigné, vendredi dernier, chez Laurence et Gilbert Laborde, éleveurs à Montigny-sur-Canne. Le groupe de douze novices, conseillés depuis le matin par le praticien, s'est essayé, à tour de rôle, à soigner quelques animaux qui leur étaient présentés. Comme le vétérinaire le leur a appris, après avoir étudié le squelette d'un bovin, ils touchent l'animal, de l'arrière vers l'avant, le long de la colonne vertébrale, et localisent les vertèbres déplacées. Les [I]«cordages»[i] sont la manifestation des contractures liées à un traumatisme des articulations. Et puis, à deux, immobilisant le sujet, ils tirent un coup sec, aussi brusque que libérateur, après avoir déterminé dans quel sens, afin de soulager la bête. Plusieurs fois, durant la journée, les stagiaires s'y sont essayés. D'abord sur l'agneau d'un voisin, qui avait le dos bombé et marchait en arrière, ensuite sur des veaux puis des vaches qui souffraient de maux divers (déboitement de l'épaule, déséquilibre du bassin, refus de têter...). «Remettre le décordage à l'honneur, c'est revenir à des traditions qui autrefois étaient le lot quotidien des fermiers» souligne Jean-Pierre Siméon. Pas un hasard si les éleveurs modernes s'intéressent de nouveau à ces pratiques qui, outre le bien-être de l'animal, permettent aussi de revaloriser le capital de l'exploitation. De maintenir en forme des animaux qui, sans intervention, généreraient un manque-à-gagner certain: croissance ralentie, difficulté à la mise-bas, boiterie... Le vétérinaire de Zone Verte cite l'exemple d'un fermier qui, sur un an, a calculé, à moindres frais sanitaires, ce que lui avait rapporté l'usage de la médecine manuelle: près de
7 500 euros préservés! Par ces temps incertains où toutes les charges sont à réduire et les revenus à optimiser, c'est, pour les professionnels, un sérieux -et précieux- [I]«coup de main»[i].