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Une trentaine d'éleveurs a répondu mardi à l'appel de la Fédération nationale bovine pour rendre visite à l'abattoir Bigard de Venarey-Les Laumes. Aucun responsable du site n'est venu discuter avec eux !
Une action syndicale en élevage : cela faisait longtemps. Pour autant, ce type de rendez-vous ne manquait absolument pas aux éleveurs, surtout dans cette période de canicule dans laquelle tout le monde a la tête dans le guidon. « Il était malgré tout nécessaire de tenter quelque chose, l'idée était d'exprimer notre mécontentement et surtout d'obtenir des réponses face à la baisse totalement injustifiée des cours », souligne Jean-Luc Gerbron, délégué FDSEA du canton de Montbard.
« Inacceptable »
Une trentaine d'éleveurs de la Côte-d'Or, de l'Yonne et de la Nièvre avaient fait le déplacement. « Trop c'est trop, cette baisse doit cesser, nous avons assez attendu », insiste l'administrateur côte-d'orien de la FNB, avant de retracer l'historique des derniers mois : « au dernier salon de l'agriculture, nos instances syndicales nationales avaient rencontré la ministre de l’Agriculture et tous les acteurs de la viande. Tout le monde s'était mis d'accord sur le fait qu'il fallait stopper la décapitalisation du cheptel français en envoyant un signal fort dans les exploitations. Cinq mois plus tard, tout est oublié ! Une pression inacceptable est mise sur les prix, ce n'est pas comme cela que l'on va enrailler la tendance ». Les premières baisses sont intervenues dès le mois d'avril : « elles étaient de l'ordre de 5 centimes au début. Il n'y avait rien d'inquiétant, nous pensions que le marché devait peut-être se réguler, avant de mieux repartir de l'avant. Mais ces baisses ont continué le mois d'après. Rebelotte en juin et là, ça continue encore ! Les jeunes bovins ont perdu plus d'un euro, les broutards ont chuté d'1,50 euros voire plus et nous sommes à moins 90 centimes sur les vaches. Nous ne voyons pas le bout du tunnel. Si cela continue, nous allons revenir à des niveaux plus bas que nos coûts de production, c'est inacceptable », déplore le responsable syndical. Celui-ci rappelle que « sur les six derniers mois de l'année en cours, la baisse de la consommation n'est que de 0,6 % par rapport à la même période en 2025 » : « c'est dérisoire, d'autant que les importations ont chuté d'1 % dans le même temps. Non, non, non, rien n'explique la baisse actuelle des cours, si ce n'est une pression volontaire de certains opérateurs comme Bigard. Nous visons aujourd'hui ce groupe car il représente 25 % des abattoirs en France et environ 40 % des bovins de l'Hexagone sont tués chez lui ».
Long, très long
Incroyable mais vrai : malgré une très longue attente et des sollicitations, les agriculteurs n'ont pas pu s'entretenir avec le moindre responsable de l'établissement. « Ils avaient anticipé notre venue en remplissant leur outil de travail la veille au soir voire au cours de la nuit », commente Jean-Luc Gerbron, « tous les frigos étaient partis. À la limite, ça, nous nous y attendions presque. Mais de là à n'avoir aucun échange sur place avec quelqu'un, c'est extrêmement regrettable. Si personne ne fait d'efforts, le ton va logiquement se durcir ». Sylvain Fleury, président de la commission bovins viande de la FDSEA, ne cachait pas non plus sa déception : « Nous nous attendions tout de même à être reçus mais visiblement, tous les abattoirs ciblés par cette action nationale ont reçu la consigne de ne pas communiquer avec les éleveurs. C'est la méthode Bigard ! Ces gens sont dans un autre monde, celui de la finance. Ils ne respectent pas la base. Le jour n'y aura plus d'éleveurs, il n'y aura plus de viande pour fournir leurs outils d'abattage et ils n'auront plus de boulot ». Antoine Carré, président de la FDSEA de Côte-d'Or, parlait quant à lui de « mépris » : « Cette mobilisation était plus symbolique qu'autre chose et nous n'étions qu'une trentaine, nous aurions pu espérer une rencontre mais non… Quand on a des choses à se reprocher, on ne vient pas s'expliquer, c'est logique. Cela illustre le mépris que le groupe Bigard peut avoir pour les éleveurs qui le font vivre… Nous n'excluons pas de repartir sur des actions plus inopinées, moins prévues et moins déclarées ».
« Un manque de respect »
Jean-Luc Gerbron réagissait, à la fin de l'action syndicale : « Franchement, c'est un manque de respect envers le monde agricole… Certains d'entre nous sont venus de loin, mais les gens qui travaillent ici ne font même pas l'effort de marcher 20 mètres pour venir nous donner une explication. En réalité, ils n'ont sans doute pas d'argument. Cela fait des mois que nous dénonçons cette pression sur les prix. Par leur absence, ils prouvent que nous avons raison. On se fait entuber ».