Alors, cette rentrée ?
Nous avons échangé avec Nadine Jeannin, directrice de la MFR Auxois-Sud Morvan.
Exactement 108 apprenants reprennent actuellement le chemin des cours à la maison familiale rurale de Pouilly-en-Auxois. « La rentrée a débuté le 31 août, elle sera bientôt terminée pour tout le monde puisque les dernières classes arrivent progressivement », nous informe la directrice de l'établissement, dont les trois quarts des formations sont orientées vers l'agriculture. Cent-huit, c'est moins que l'an passé : « effectivement nous en avions 115. Un an plus tôt, nous étions même à 135... Oui, nous sommes impactés comme tout le monde par la baisse démographique qui se ressent surtout dans les territoires ruraux ». Les écoles de Bourgogne-Franche-Comté perdraient ainsi 2 000 jeunes de 16 ans chaque année. « C'est la tendance depuis deux ou trois ans, tout laisse à penser que ce n'est pas terminé... Cela représente l'équivalent d'un lycée qui ferme à chaque rentrée, c'est énorme », commente Nadine Jeannin. En ce qui concerne le budget de la MFR, plus aucun soutien n'arrive de la Région : « l'État a mis un sérieux frein sur l'apprentissage, c'est fortement regrettable. Nous n'avons plus aucune aide du Conseil régional, alors que nous percevions environ 100 000 euros annuels si l'on compte le soutien à l'apprentissage et aux contrats, les dotations forfaitaires par apprenti, les investissements ou encore les enveloppes dédiées aux activités partenaires et culturelles. Oui, c'est énorme aussi ! Je viens de lire une interview du président de la région Centre-Val de Loire : il alerte le gouvernement sur la fermeture quasi-assurée de nombreux CFA si rien ne change ».
Adaptations
Dans un tel contexte, il faut s'adapter. « Nous sommes dans l'obligation de réfléchir à de nouvelles stratégies et être inventifs », souligne Nadine Jeannin. La MFR ASM, en ce qui concerne l'emploi, ne compte plus que 14 équivalents temps plein : « c'est trois de moins qu'il y a un an. Dans ces 14 ETP, il y a les formateurs mais aussi tous les métiers en lien avec le secrétariat, la restauration et l'internat ». Un regroupement des BTS Acs'Agri avec leurs homologues de Quetigny est déjà effectif : « la qualité de la formation en ressortira grandie avec un groupe d'apprentis plus important et une intéressante mutualisation de nos formateurs. Les jeunes seront tantôt à Pouilly, tantôt à Quetigny, selon leur programme semestriel. Quand ils étudieront l'élevage, ils seront chez nous. Pour d'autres productions comme les grandes cultures, ils seront à Quetigny ». La MFR de Pouilly-en-Auxois met également l'accent sur la formation Certiphyto : « jusqu'à présent, nous ne proposions qu'une ou deux sessions à l'année. Il y en aura désormais une tous les deux mois afin de valoriser au mieux les compétences de notre équipe et développer la formation continue. Cette nouveauté est aussi un service dédié aux nombreux agriculteurs avec qui nous travaillons : ils sont plus de 150 chaque année. Notre carnet d'adresses en dénombre même 1500 ». La maison familiale étudie également l'hypothèse de créer un CAP « travaux forestiers » dès septembre 2027 : « nous soutenons un dossier le 23 septembre, nous en saurons davantage à cette date. L'idée serait de travailler avec le lycée forestier d'Étang-sur-Arroux ». Une dernière nouveauté de cette rentrée pollienne et non la moindre : la MFR vient d’accueillir plusieurs jeunes de l'institut médico-éducatif Villeneuve-Essey : « ils sont 10, tous âgés entre 14 et 16 ans. Leurs cours sont dispensés ici et ils sont internes, dans notre établissement. Nous sommes fiers de leur permettre de continuer de vivre et d'apprendre sur leur territoire rural. Dans le cas inverse, ils auraient sans doute dû partir à Dijon ».
Une reprise en douceur
Maxence Mazilly, fils d'agriculteur au lieu-dit de Flagny sur la commune de La Rochepot, a repris le chemin des cours le 31 août. Ce jeune homme de 17 ans était heureux de retrouver ses bonnes vieilles habitudes : « Nous avons eu une coupure de deux mois, ça fait du bien de retrouver les collègues ! L'accueil est top et il y a une bonne ambiance. J'entre en Terminale bac pro CGEA, je suis à la MFR depuis la Troisième. Nous sommes exactement la même classe que l'an passé, avec les mêmes moniteurs, il n'y pas de changements, c'est cool ». L'enthousiasme de Maxence Mazilly a quelque peu été tempéré par le tout premier cours de l'année : « c'était des maths, avec des fonctions dérivées... C'est très facile ! Non c'est ironique, ce n'est pas ce que je préfère, loin de là. Mon cours numéro un ? Je dirais la compta-gestion, enseignée par Rachel Sommant. C'est une ancienne agricultrice, elle sait de quoi elle parle ». L'apprentissage se déroulera chez Nicolas Bouillot : « je connais la maison car j'y suis depuis l'été 2025... C'est une ferme en polyculture-élevage, avec des charolaises et des limousines ». Après le bac, Maxence Mazilly envisage de poursuivre ses études avec un BTS Acse. Le monde du travail se présentera à lui deux ans plus tard : « je m'imagine monter une entreprise de travaux agricoles. J'attendrai que mon père parte en retraite, au moins dix ans plus tard. L'exploitation n'a pas la taille nécessaire pour que je m'installe dès la fin du cursus scolaire. Une fois agriculteur, je souhaiterais bien développer un cheptel d'Aubrac, en plus des charolais déjà en place. Et j'aimerais bien participer à des concours de reproducteurs ».