Qui es-tu, Thomas Lemée ?
Nous le croisons un peu partout depuis plusieurs semaines, d'où l'idée de lui consacrer une place dans nos colonnes. Rencontre avec un agriculteur très impliqué dans la défense de son métier.
Des agriculteurs qui s'engagent et qui se battent pour leur profession, il en faut. Thomas Lemée l'a vite compris et a adhéré à JA avant même son installation. « Mon père m'avait encouragé à prendre des responsabilités mais je crois que, même sans son soutien, je l'aurais fait. La population se déconnecte de plus en plus du monde agricole : il faut lutter sans cesse contre toutes les dérives qui sont liées à cette déconnexion ! », nous confie l'exploitant de La Roche-en-Brenil. Thomas Lemée, aujourd'hui 33 ans, préside les JA de Bourgogne Franche-Comté et est vice-président de la Chambre régionale d'agriculture. Plus localement, il fait partie des JA58 et du canton de Montsauche-les-Settons, est élu à la Chambre de la Nièvre et vient de prendre le poste de secrétaire général de la FDSEA. Ah oui, quand même ! « Tous ces engagements ont un prix : je suis absent quatre jours de la semaine de mon exploitation… Je fais régulièrement des déplacements à Nevers, Bretenière, Besançon, Paris… Oui, c'est un choix, mais pour défendre le métier, on peut difficilement faire autrement ». Les lecteurs « bons » en géographie auront sans doute relevé une petite anomalie dans les lignes précédentes : pourquoi un exploitant du 21 s'implique-t-il dans le 58 et non dans son département ? Réponse de l'intéressé : « ce n'est pas une anomalie ! En fait, je fais partie des JA de Montsauche depuis mes débuts. J'ai repris une ferme à La-Roche-en-Brenil en 2016, en Côte-d'Or, pour m'installer, mais je suis originaire de Saint-Agnan dans le 58, à seulement 8 km de ma ferme. Mon père est agriculteur là-bas ».
Des remplacements
Thomas Lemée élève 90 mères charolaises et 24 000 poules pondeuses, ces dernières étant réparties en deux bâtiments. Chez lui, tout est en bio. Durant ses absences répétées, ce père de trois filles de 6,8 et 10 ans compte sur trois personnes pour le remplacer. L'une d'elles n'est autre que sa compagne, Aurélie Guyolot. « Aurélie était infirmière et est revenue sur la ferme depuis la construction des poulaillers, elle s'installera au printemps. Mon deuxième salarié est mon beau-frère, Pierre Guyollot, il s'occupe des bovins. Florian Quarrey, un jeune du service de remplacement vient également trois jours par semaine. Nous pouvons également compter sur Marie-Claire Tripier, l'ancienne exploitante, qui vient encore nous aider ! Sans eux, cela va sans dire, je ne pourrai pas assurer mes responsabilités professionnelles, alors un grand merci… ».
Thomas Lemée revient avec nous sur deux rendez-vous et dossiers récents : le Mercosur et la visite de la ministre de l'Agriculture dans la Nièvre. « Notre déplacement à Strasbourg succédait à une multitude de manifestations plus locales, dont Dijon le 15 janvier. Nos mobilisations ont porté leurs fruits : le Parlement européen a saisi la Cour de Justice. C'est un premier point, une première victoire. Une chose est sûre : nous n'aurions rien obtenu si les agriculteurs ne s'étaient pas mobilisés. C'est bien cette force du collectif qui a fait la différence ! Cela doit nous inspirer pour l'avenir : nous ne serons jamais écoutés ni considérés si nous ne nous bougeons pas. Bravo à tous les exploitants, parfois très jeunes, pour leurs très belles déterminations ».
Concernant la visite d'Annie Genevard, le président de JA BFC se montre beaucoup moins positif. « Nous avons abordé plusieurs dossiers avec elle, mais la ministre a systématiquement botté en touche. Nous lui avons parlé du loup, en lui rappelant que celui-ci n'a pas sa place dans nos territoires, mais d'après elle, c'est avec le ministère de l'Environnement qu'il faut voir ! Nous avons abordé la pression normative, les fonds pour la crise céréalière : c'est l'Europe qui décide. Tout est comme ça ! On ne peut pas se moquer de nous éternellement. Le prix des céréales est catastrophique, les zones intermédiaires en souffrent. La moitié de la production reste en France : ce ne serait pas un luxe d'être au moins payés aux coûts de production. Il n'y a pas que les cours mondiaux, la loi Égalim pourrait faire quelque chose ! ».