Accès au contenu
Point de vue

Quel projet pour la ferme du Marault ?

Depuis quelques semaines, la réflexion s’organise autour du Conseil départemental sur l’avenir de la ferme du Marault à Magny Cours. La FDSEA n’est pas directement partie prenante. Elle ne l’était pas dans l’ancien GIE (Groupement d’Intérêt Economique). Il n’est pas prévu qu’elle le soit dans la Société d’économie mixte à venir.
Par Stéphane Aurousseau
Pour autant il ne nous paraît pas illégitime de verser au débat la vision qui est la nôtre.
Le Conseil départemental soumet ses partenaires à la signature d’une charte. Nous ne trouvons pas dans cette charte ce qui nous semble essentiel à la mobilisation des acteurs, une âme. Donner une âme au site, c’est préciser sa vocation première, lui donner du sens, faire des choix et prioriser.
Ce qui se dessine nous paraît relever de l’auberge espagnole. Il nous semble que l’on cherche plus à occuper le site, qu’à lui trouver une utilité, une identité. Nous entendons que l’on parle tout à la fois d’y faire la promotion du Charolais, des Equins, des Ovins, des caprins, des cultures,  des circuits courts, de la diversification, des énergies renouvelables, du développement durable, etc. Qui trop embrasse mal étreint. Vouloir dédier l’agropole à l’ensemble de l’agriculture nivernaise relève du manque de pragmatisme.
L’Agropole du Marault pourrait s’attacher à répondre aux besoins de la grande masse des éleveurs allaitants, et pas seulement nivernais. Pour ce faire, elle pourrait prendre appui sur ce qui caractérise les fermes nivernaises, l’élevage extensif de grands troupeaux. Elle pourrait chercher à apporter des solutions aux problèmes que rencontre ce type d’élevages dans la maîtrise de leur génétique.
Les grands troupeaux extensifs ont une spécificité : ils auront durablement recours à la monte naturelle pour assurer la saillie. L’insémination artificielle se heurtera encore longtemps aux contraintes de main d’œuvre dès lors que les vaches sont mises à l’herbe fin mars.
Or la monte naturelle est une technique pour laquelle le succès est infiniment moins assuré qu’avec l’insémination artificielle. Les anciens disaient souvent que lorsqu’un éleveur avait passé un taureau améliorateur dans sa carrière, c’était déjà pas mal. Aujourd’hui nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un taux de réussite aussi faible. Il faut lever ce caractère trop aléatoire du choix d’un taureau de monte naturelle. L’Agropole pourrait être prioritairement dédié à cette mission. Elle pourrait être un outil pédagogique de vulgarisation au service des acheteurs de reproducteurs qui leur permette d’objectiver leur choix. La génétique est une science, peut-être pas exacte, mais une science quand même. Cette science mérite d’être mieux maîtrisée, ce pourrait être la mission et l’âme du Marault.
Bien entendu, il s’agit d’inverser la logique qui a prévalu jusqu’à présent. Cette logique a mené le site dans l’impasse financière que l’on sait. Il est temps de renoncer à un projet se voulant la vitrine des éleveurs sélectionneurs, dont le travail remarquable n’est pas en cause, mais qui ne sont pas assez nombreux pour faire vivre la ferme. Passons à un projet tourné vers les besoins des éleveurs acheteurs, lesquels constituent la grande masse de l’élevage départemental et régional. Cela changerait tout dans l’approche, attirerait sur place des éleveurs qui n’ont jamais témoigné d’enthousiasme pour cet outil. Et ne nous y trompons pas, c’est l’intérêt bien compris des sélectionneurs, avoir un public d’acheteurs plus exigeant, qui ont plus de succès dans le choix de leurs taureaux, attachés à la pureté de la race, aux performances techniques et économiques améliorées. C’est à terme des capacités financières augmentées pour acheter demain des taureaux Charolais dans les élevages sélectionneurs. Certains appellent cela une démarche gagnant gagnant.

On peut envisager également un domaine complémentaire de recherche autour de la mise au point de techniques d’insémination artificielle au pré peu exigeantes en main d’œuvre.
Tout cela n’exclut pas de surcroît la valorisation des infrastructures du site dans diverses activités ou locations à destination du grand public chaque fois que cela est possible.
Un projet Nivernais apporteur de solutions génétiques en race pure aux grands élevages extensifs de France et du Monde, voilà notre vision. Mais Il y a un préalable, faire preuve de réalisme. Accepter l’agriculture régionale telle qu’elle est et non pas telle qu’on la rêve. Ce qui n’exclut pas de la faire évoluer. Mais on ne la révolutionnera pas, en tout  cas pas assez vite au vue de l’urgence des décisions à prendre au Marault. Pour nous, l’Agropole vivra si elle rend service à la grande masse des éleveurs. Elle aura sans doute plus de mal si l’on en fait une vitrine au service d’une vision romantique de l’agriculture.