Que penser des contraintes environnementales ?
Une réunion informative à destination d’élus, d’officiels et de représentants du milieu agricole s’est déroulée vendredi dernier au Domaine du Lac Kir à Dijon.
A la question servant de titre, Gil Rivière-Wekstein, spécialiste de l’activisme environnemental, a convié les invités du Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne à distinguer l’écologie politique de l’écologie scientifique : «Les contraintes sont différentes selon celle que l’on considère. Les contraintes qui proviennent de l’écologie scientifique sont à priori légitimes et mieux vaut les prendre en considération. Ce n’est pas le cas des contraintes environnementales imposées au nom de l’écologie politique, et qui constitue un véritable frein à la relance de l’économie du pays». Gil Rivière-Wekstein utilise le domaine des produits phytosanitaires pour illustrer ses propos : «en France, on veut toujours laver plus blanc que blanc... Mais à force de le faire, on finit par ne plus savoir laver...».
Dans ce contexte, l’intervenant ne s’étonne pas de la «dégringolade» française dans les classements des grands pays agricoles. Des parts de marché sont progressivement cédées «dans tous les domaines» : «si l’on ne fait pas très attention, cela continuera indéniablement» prévient l’auteur de l’ouvrage Bio, fausses promesses vrai marketing, «alors qu’il faudrait bâtir une agriculture qui répond aux réelles attentes de demain, on s’interdit d’innover. Chimie et biotechnologies sont deux mots que plus personne n’ose prononcer. Ainsi, le terme chimie est devenu politiquement incorrect, alors que son sujet est pourtant le vivant... Pour les biotechnologies végétales, c’est encore pire, c’est pourquoi la France risque de rater la prochaine grande révolution technologique». Gil Rivière-Wekstein rappelle le fossé qui est en train de se créer avec l’Allemagne : «de l’autre coté du Rhin, l’agriculture est plus que jamais considérée comme stratégique. Les Allemands y ont massivement investi alors que nous nous fantasmons sur l’agriculture de nos grand-parents». L’intervenant, rédacteur en chef de la Lettre «Agriculture et environnement», estime que le terme d’«agro-écologie» a été inventé par le ministre Stéphane Le Foll «pour dire tout et son contraire» : «Dès la moindre critique, Le Foll sort ce concept fourre-tout, car en réalité, il n’a pas de vision stratégique pour l’agriculture. Or, sans vision stratégique, la France ne sera pas en mesure de faire face à ses concurrents».
Les présidents des caisses locales du Crédit Agricole de Champagne Bourgogne et autres invités de cette réunion de rentrée ont débattu à l’issue de l’intervention. «Ce sujet nous semblait opportun» confiait le président Vincent Delatte, «les contraintes réglementaires environnementales impactent les agriculteurs au même titre que les contraintes climatiques, économiques, financières et géopolitiques». Le directeur général Jacques Kermarrec rappelait certains points communs avec le métier de banquier : «par définition, nous sommes aussi preneurs de risques. Nous pouvons considérer que prises de risques et innovations sont deux moteurs essentiels de l’économie. Nous faisons beaucoup de choses au nom du principe de précaution, mais il ne faudrait pas oublier d’allumer ces deux moteurs essentiels...».