«Préférer les haies hautes aux haies basses»
L’antenne Nièvre de la Fédération Cuma Bourgogne organisait, mardi 9 septembre, une journée d’information à destination des éleveurs, à Moulins-Engilbert, pour les sensibiliser à la valorisation des haies par la transformation en litière pour les animaux.
Les mauvaises langues diront que le buffet campagnard du midi y aura été pour beaucoup. Ce n’est pas com-plètement faux mais l’intérêt de la journée technique organisée par la Fédération Cuma Bourgogne chez Hervé Moureau, à Moulins-Engilbert, dépassait de loin le seul aspect convivial qui présidait à l’événement.
Les agriculteurs nivernais ainsi que de nombreux étudiants des lycées agricoles de Challuy, Château-Chinon et Cosne sur Loire, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés puisqu’ils ont répondu en nombre à l’appel des ateliers du matin et des démonstrations de matériels de l’après-midi.
Ils étaient en effet près de 200 à avoir fait le déplacement, parmi lesquels des élus et responsables politiques ou administratifs du département ont aussi été remarqués par les organisateurs. C’est que, dans la Nièvre, les haies sont un patrimoine riche et omniprésent et que se mettre au goût du jour des nouvelles techniques devient un impératif, dans un contexte économique tendu pour les exploitations agricoles. Ainsi donc, malgré une panne vite réparée, la déchiqueteuse de la Cuma Terr’eau a-t-elle pu faire son oeuvre, en fin de journée, non sans que son président, Hervé Moureau, qui accueillait la manifestation dans ses prés, n’ait dévoilé tout le bienfondé des plaquettes qu’il utilise en litière sur son exploitation.
Quand le bois vient se substituer à la paille, ce sont 142 m3 que le Gaec de la Mothe peut broyer chaque année, à partir des 270 ha (ou 40 km de linéaire) de haies dont il dispose. «Cela équivaut à 30 tonnes de paille par an» a-t-il expliqué, les panneaux installés par la Fédération des Cuma et la Chambre d’agriculture, con-firmant ces bons résultats.
Le frein culturel des haies basses
L’aspect économique n’a pas été négligé puisqu’il s’agissait de démontrer que la valorisation du bocage, contre une moindre charge de travail et de coûts, permet de valoriser ce qui habituellement, dans nos contrées, passe comme «une perte sèche pour les exploitants». «Le plus difficile est de convaincre les agriculteurs morvandiaux de préférer laisser passer leurs haies basses en haies hautes» justifiait Mathilde Capet, animatrice de la Fédération Cuma Bourgogne.
Il s’agit là d’un frein culturel puisque les haies basses, même coûteuses et sans retour sur investissement, sont le lot commun et traditionnel des agriculteurs du département. Evidemment, cela signifie de rallonger la durée d’exploitation (jusqu’à 25 ou 30 ans pour les chênes) et de laisser les diamètres des arbres croître (de 15 à 30 cm de diamètre). Toutes les essences peuvent être transformées en plaquettes. Hervé Moureau a d’ailleurs fait un calcul. Sur les 12,6 km de haies basses dont le Gaec dispose (sur un total de 40 km), le passage en haies hautes lui ferait gagner 3 jours de gasoil (200 litres) et 1500 euros d’épareuse. «Quand on met un euro dans le bois déchiqueté, on peut espérer en gagner deux. C’est la double performance» a conclu Etienne Bourgy.