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68ème assemblée de la FDSEA 58

Pour un dialogue réfléchi et constructif avec les Pouvoirs publics

L’AG de la FDSEA 58 avait lieu, mardi 13 mai, à la ferme du Marault, en présence de plus de 150 adhérents et invités. Christiane Lambert, 1ère vice-présidente de la FNSEA et agricultrice dans le Maine-et-Loire, en était l’invitée d’honneur. Après un rapport d’orientation très vif de Stéphane Aurousseau, secrétaire général adjoint sortant, sur le thème «Pour des relations de travail pertinentes entre Pouvoirs publics et profession agricole», une table ronde a tenté d’éclairer sur les moyens de renouer un dialogue, souvent mis à mal dans la Nièvre au cours de l’année passée.
Par Emmanuel Coulombeix
Pour un dialogue réfléchi et constructif avec les Pouvoirs publics
Jean-Pierre Condamine présidait sa dernière assemblée générale de la FDSEA58, avec Christiane Lambert, 1ère vice-présidente de la FNSEA en invitée d’honneur, aux côtés de Didier Ramet, Stéphane Aurousseau, Michel Loison et Paul Dourneau.
Figure montante du syndicalisme majoritaire et secrétaire général adjoint sortant de la FDSEA58, réélu au Con-seil d’administration et promis à de nouvelles responsabilités, Stéphane Aurousseau a livré un discours combatif et emprunt de l’agacement ressenti par les élus du syndicat au cours de l’année passée, dans les relations qu’ils ont eues avec les Pouvoirs publics sur certains dossiers particuliers. [I]«Ce rapport porte l’aspiration à une amélioration de la qualité des relations de travail entre la FDSEA, qui porte les préoccupations des agriculteurs, et les administrations, qui portent les attentes des instances politiques... Le service rendu par nos administrations n’est pas au niveau de ce que les agriculteurs sont en droit d’attendre dans un pays aussi moderne que le nôtre, et plusieurs difficultés que nous avons dû gérer en 2013 dans la Nièvre sont là pour le rappeler»[i] a-t-il introduit. Le ton était donné. Dans le viseur, le responsable s’est d’abord attaché à dénoncer [I]«la multiplicité des administrations... Hier les services de la préfecture étaient seuls, aujourd’hui d’autres bureaucrates lui disputent le droit à l’initiative, à l’imagination, à la réglementation: elles sont désormais logées au Conseil général, au Parc naturel du Morvan, au Conseil régional, à Bruxelles bien sûr, dans certaines communautés de communes, dans les agglomérations... Chacune y va de ses propres politiques agricoles, de ses propres règlements d’intervention, sans beaucoup se soucier, parfois, de leur cohérence. Cela a pour conséquence une sur-administration de notre métier, portée à des niveaux jamais atteints, à la limite du supportable»[i] a-t-il lancé. Plaidant pour [I]«un renouveau des cadres de la concertation»[i], Stéphane Aurousseau a aussi souligné que [I]«lorsque l’administration, enfermée dans sa rigidité réglementaire et législative, se trouve confrontée à un blocage sur certains dossiers, le syndicalisme devient tout à coup non plus le problème mais la solution, le recours. Et l’on vient frapper à la porte de la FDSEA pour éviter qu’un drame professionnel n’évolue en drame personnel et familial»[i]. Il a par exemple cité le cas, rencontré l’an dernier, de l’abattage de dizaines de bovins nivernais, ordonné par l’administration [I]«au motif d’une prétendue contamination par la tuberculose, jamais catégoriquement identifiée et sans aucune prise en compte de la détresse dans laquelle on plongeait une famille d’éleveurs»[i]. Ou encore le cas d’une agricultrice ayant rencontré un problème de transfert de DPU l’an passé et [I]«qui a continué à travailler toute l’année, sans salaire et malgré la perte de la majeure partie de ses aides compensatoires 2013»[i] sans jamais [I]«ressentir la moindre compassion ni aucune détermination à trouver une issue»[i] de la part de l’administration, [I]«rien que fuite de ses responsabilités»[i].

[INTER]Rigidité réglementaire et dialogue renouvelé[inter]
Le secrétaire général adjoint de la FDSEA s’est ensuite rappelé [I]«le psychodrame»[i] de Saint-Brisson, à l’automne 2013, lors de l’affaire des clôtures de cours d’eau dans le Parc du Morvan. [I]«N’aurait-on pas pu l’éviter si les penseurs du projet avaient eu le souci de la concertation, une vraie concertation, pas seulement avec le syndicat de son coeur? C’est plus exigeant de discuter avec un syndicat pragmatique, unitaire, dont la règle comportementale est la responsabilité et qui porte les vraies attentes des agriculteurs nivernais... On peut continuer de s’asseoir sur la légitimité syndicale issue des urnes mais dans ce cas, on nous trouvera en travers du chemin, de façon parfois excessive, parfois violente. Nous regrettons le recours à la manière forte dans l’action syndicale mais c’est toujours la conséquence de l’échec des étapes précédentes. En revanche, la cause du département avancera toujours plus vite quand, de concert, les administrations et la FDSEA élaboreront des compromis et les porteront ensemble. Nous appelons de nos voeux une collaboration, fondée sur le travail, le professionnalisme, la recherche du juste équilibre entre nos attentes et les objectifs de modernisation de l’agriculture portés par les instances politiques »[i] a-t-il nuancé, comme une méthode espérée et un dialogue renouvelé.

[INTER]Tour de table enrichissant[inter]
Voulant rompre avec une [I]«image ancienne et romantique de l’agriculture d’hier»[i], Stéphane Aurousseau a ensuite lancé le débat avec les intervenants qui avaient pris place dans la salle Roger Laurisson. L’administra-tion de l’Etat était absente aux travaux pour cause de réserve électorale (ndlr: avant les élections européennes du 25 mai) mais, courageusement, aux côtés de Christiane Lambert et de Didier Ramet, Jean-Philippe Caumont, le directeur du PNR du Morvan, Daniel Barbier, vice-président du Conseil général, et Eric Bertrand, président de la Chambre d’agriculture, ont accepté de témoigner. Souhaitant [I]«montrer que le dialogue doit être permanent, la crise devant nous servir à avancer collectivement»[i], Jean-Philippe Caumont a toutefois voulu [I]«s’inscrire en faux par rapport à certains termes du rapport d’orientation»[i]: il n’a pas apprécié se voir reprocher de ne travailler qu’avec des syndicats aux affinités préférées et a rappelé que [I]«les groupes de travail du Parc sont ouverts à tous. Je me retrouve aussi dans le rapport lorsque à l’échelle locale il dit qu’il faut renforcer les liens pour traiter les problèmes localement. Que l’on travaille entre nous pour mettre à plat les désac-cords... Il n’est pas question de mettre le territoire sous cloche et nous devons concilier préservation de l’environnement et développement»[i] a-t-il affirmé, tout en se payant le luxe de se faire applaudir à deux reprises. Daniel Barbier, quant à lui, s’est interrogé, dans le contexte de la suppression des Conseils généraux: [I]«Il faudra trouver un autre acteur pour lui confier les compétences confiées par la loi. C’est une idée très dangereuse. Pas sûr qu’il sera capable d’apporter les mêmes financements à tout ce pan qui est co-construit et co-animé entre le Conseil général et les organisations professionnelles agricoles, par nos échanges avec la Chambre et la FDSEA!»[i] A la question de savoir comment améliorer les relations, c’est Eric Bertrand, en tant que président de la Chambre, élu sur la liste FDSEA/JA, qui a eu le dernier mot: [I]«ce qui me rendrait service, c’est que la FDSEA ait parfois un avis plus tranché sur un certain nombre de dossiers, de sorte qu’en CDCEA ou en CODERST, nous n’en soyons pas réduits à dire peut-être bien que oui ou peut-être bien que non. Ce n’est pas toujours confortable quand en amont le débat n’est pas tranché»[i] a-t-il lancé en rappelant que la Chambre participait chaque année à plus de 430 réunions diverses et variées. En conclusion, Christiane Lambert a émis plusieurs voeux: [I]«que ce débat, qui est d’une grande richesse, se poursuive dans les cantons et avec l’administration, qu’il essaime dans d’autres départements où l’on ne se pose pas toujours ce type de question, que les 7 propositions de la FDSEA (lire encadré) se mettent en oeuvre, et que les Français, qui aiment l’agriculture, comprennent que les agriculteurs souffrent des mensonges portés par certains médias et structures environnementalistes ou anti-viande sur des sujets aussi délicats que les gaz à effet de serre, le chômage, les lisiers, les phytosanitaires, le bien-être animal»[i]... Preuve que la communication, nécessaire avec les Pouvoirs publics, ne doit pas s’arrêter aux portes des administrations mais aussi séduire et convaincre bien au-delà... Et que le syndicalisme majoritaire y a tout son rôle à jouer.

7 propositions pour améliorer les relations avec les Pouvoirs publics

Salué par Christiane Lambert comme symbole d’un «syndicalisme qui conteste et qui s’indigne mais aussi d’un syndicalisme responsable qui finit par proposer», le rapport d’orientation présenté par Stéphane Aurousseau, secrétaire général adjoint sortant, a défini 7 propositions visant à améliorer les relations de la profession agricole avec les Pouvoirs publics, «pour que notre département progresse... et avance au gré d’ambitions partagées»: Mise en place urgente de rencontres mensuelles entre l’administration préfectorale et la FDSEA. «Cela permettrait régulièrement de traiter les problèmes à la source, d’aborder, dans le bon tempo, les dossiers et de tenter, dans la concertation, d’y apporter les réponses adaptées. Ces réunions devront rester ouvertes afin de pouvoir y associer des partenaires et interlocuteurs dotés de leurs compétences et/ou étant directement concernés par les sujets traités»; Engagement de l’administration à envoyer systématiquement aux exploitants un justificatif de réception des pièces reçues pour tout dossier administratif, «afin d’éviter tout désagrément du type de celui que nous avons connu sur le dossier «transfert de DPU»; Fluidifier et optimiser le transfert d’informations quotidien entre nos organisations pour une vision partagée des différents dossiers impactant l ‘économie agricole et territoriale de la Nièvre: «mieux vaut prévenir que guérir et anticiper les évolutions réglementaires, législatives et politiques nous permettra, ensemble, d’être plus réactifs, plus prompts à travailler au service du territoire et des agriculteurs»; Rencontres régulières avec les élus du Conseil général de la Nièvre, à l’instar des rencontres envisagées avec l’administration préfectorale, «de manière à renforcer l’efficacité du portage des politiques publiques agricoles mises en place dans le département»; Traiter localement des problématiques locales, à chaque fois que c’est possible: «beaucoup de dossiers transitent par notre fédération départementale mais bon nombre d’entre eux pourraient être traités localement si les communes, communautés de communes et autres syndicats mixtes faisaient l’effort d’associer à leurs travaux et réflexions nos militants de terrain»; Réinvestir le domaine de la réflexion avant l’action: «Aussi bien nous sommes exigeants avec l’administration, a dit Stéphane Aurousseau, aussi bien nous devons l’être avec nous-mêmes. L’action musclée doit demeurer au niveau qui doit être la sienne, le dernier recours. Nous devons faire l’effort d’être plus dans l’action construite que dans la réaction. Voir, juger, agir étaient l’une des exigences intellectuelles de la JAC et du CNJA à sa création. Cette exigence demeure... »; Désarmement des agents de l’Onema: «de grâce, Madame la préfète... rien dans ce qui constitue le quotidien de leur travail ne justifie d’avoir le revolver à la ceinture, cela n’a pour effet que d’attiser les tensions. Quelle autre catégorie professionnelle est aujourd’hui l’objet de contrôles, portant sur son activité professionnelle, par des hommes armés? Personne d’autre, et il doit être mis fin à ce traitement particulier imposé aux agriculteurs, dangereux par nature».