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9è rencontre technique régionale ovine

Pour des exploitations performantes et durables

Pour la 9è fois consécutive, le Corel ovin de la Chambre régionale d'agriculture de Bourgogne tenait, jeudi 18 septembre, une rencontre technique régionale sur une exploitation ovine de la Nièvre. Le double système bovins-ovins, exploité par Patrice Guyard à Crux-la-Ville depuis 20 ans, avait été choisi pour son exemplarité en terme de performances technico-économiques et de durabilité.

Par Emmanuel Coulombeix
Pour des exploitations performantes et durables
Des ateliers permettaient de découvrir les spécificités du système mis en place par Patrice Guyard il y a 20 ans. Ici, la con-tention des agnelles Suffolk et l'organisation de la troupe.

L'exploitation de Patrice Guyard, c'est l'intéressé qui en parle le mieux. Plus de 150 personnes, dont une cen-taine de lycéens agricoles de toute la région, sont allés l'écouter chez lui, le 18 septembre, présenter son système, ses spécificités, ses astuces, et son modèle. Mixité bovins-ovins, réforme de la Pac légèrement favorable à l'horizon 2019, reproduction par insémination artificielle, priorité à la valeur laitière, choix de vendre ses agneaux très vite, conduite des prairies, gestion sanitaire: tout a été passé en revue par les techniciens ovins des différentes chambres d'agriculture de la région, mobilisés pour l'occasion, autour de Thierry Besançon, le président du Corel ovin de la Chambre régionale. L'avantage de la mixité chez Pa-trice Guyard, «dont les résultats sont bien placés dans les réseaux d'élevage», «c'est de limiter économiquement les risques dans une synergie qui ne peut qu'être bénéficiaire pour les deux ateliers» écrivait Thierry Besançon dans l'éditorial de la plaquette pointue distribuée à chacun des participants. L'éleveur nivernais a aussi opté, il y a vingt ans, pour une exploitation moyenne «dont la stratégie n'est pas l'agrandissement systématique mais plutôt la performance technique qui la rend plus facilement reprenable par un jeune». Car, et c'est le président du Corel ovin qui le dit, le but de cette rencontre est bien de «démontrer aux jeunes qu'ils peuvent vivre de la production ovine», soit «en se spécialisant avec un nombre de brebis suffisant, soit en complément du bovin et de la polyculture». L'ambition est tout à fait crédible quand on sait que la France ne couvre que 40% de sa consommation annuelle de mouton et cela même si il passa parfois «pour la vache du pauvre» et que culturellement, le difficile renouvellement des générations se heurte à un a priori un peu négatif. D'où le besoin de mettre un coup de projecteur sur des exploitations performantes et durables, incitatives vis-à-vis des futurs jeunes agriculteurs...

 

Mixité bovins/ovins

«Ne pas mettre mes œufs dans le même panier !» C'est ainsi que résume Patrice Guyard parlant de son élevage. Il est à la tête de 150 brebis Suffolk, 60 vaches charolaises et 9 ha de cultures auto-consommées. «Je vends mes bovins l'hiver, de décembre à mars et les moutons l'été, de mai à septembre» indique-t-il. «Cela me fait des rentrées d'argent toute l'année». Et de dresser le tableau de ses spécificités: «je suis différent de la plupart des exploitations ovines, car je fais tuer les agneaux assez jeunes, à 4 mois et demi en moyenne, parce qu'ils sont complémentés de la naissance à la vente et que je bénéficie d'une herbe jeune et fraîche plus appétante grâce au pâturage tournant». Patrice Guyard sélectionne sur la valeur laitière des mères et garde les agnelles de renouvellement qui ont poussé le plus vite sous les mères. «Les agnelles sont triées à 2 mois et demi-3mois et celles qui ont eu le plus de lait ont conditionné la croissance des agneaux. C'est pour moi le facteur le plus important» dit-il. Brebis et agnelles confondues, il obtient un taux de productivité d'1,5 agneaux en moyenne. Et il vend à la coopérative Ciaylyn, sous contrat label rouge, ce qui valorise davantage le prix du kilo de viande payé. «Pousser plus vite et vendre jeune, c'est ma méthode et les agneaux que je vends en mai bénéficient de cours meilleurs». Ce qui n'empêche que son chiffre d'affaires annuel est composé à trois quarts de l'activité bovine et donc au quart de l'activité ovine. «La mixité m'a permis de valoriser les parties les plus séchantes des parcelles de mon exploitation» explique l'éleveur. Quant à l'utilisation du pâturage tournant, «en faisant tourner vite, j'économise de l'aliment pour les animaux, les mères ont plus de lait et comme l'herbe est bonne, je consomme moins d'aliments». C'est l'exemple-type d'une stratégie gagnante-gagnante. Au cours des trois ateliers, sur lesquels se sont succédé trois groupes de visiteurs, chacun a pu mesurer les performances durables de l'exploitant, à la fois sur la contention des animaux (des lots corrects pour organiser son troupeau), l'aspect sanitaire (dépar-asitage) et la finition des agneaux de boucherie à l'herbe. Les clés de la réussite, selon Patrice Guyard, «c'est la rigueur et la régularité».