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Session budgétaire de la Chambre d’agriculture

«Plus on partage la détresse, moins on nous écoute !» 

Les membres de la Chambre d’agriculture de la Nièvre étaient réunis en session, mardi 25 novembre au Marault. Si le budget initial 2015 a été adopté sans trop de vague, les regards se sont tournés vers le nouveau préfet, ainsi que vers Charolais de Bourgogne et la Fédération des chasseurs.
Par Emmanuel Coulombeix
«Plus on partage la détresse, moins on nous écoute !» 
Devant le préfet, les cadres de l’administration et les élus de la Chambre d’agriculture, Régis Taupin, président de l’association Charolais de Bourgogne, a expliqué l’état d’avancement du projet d’obtention de l’IGP.
La première décision de l’assemblée a été, après débat, de voter sur la proposition de budget initial 2015 de l’institution consulaire. Ce qui a été fait, sur la base d’une diminution de 18 000 euros par rapport au budget 2014. La Chambre doit continuer à serrer les boulons, d’autant qu’entre le gel de l’imposition voulue par le gouvernement et le projet de fiscalisation du fond de roulement des chambres, les incertitudes financières planent à moyen terme.
Un peu plus tard, en présence de Jean-Pierre Condemine, le nouveau préfet, le président de la Chambre a fait état d’un courrier envoyé récemment par le second, qui demande à la Chambre de réduire encore cette imposition de 5,35%, ce dont Éric Bertrand s’est offusqué «puisque cette demande est faite avant même que toute décision politique soit prise»... Le représentant professionnel agricole n’a d’ailleurs pas mâché ses mots, à la tribune et à côté du représentant de l’État, pour dresser un tableau sombre de la conjoncture agricole qu’il estime «inédite». Et dont il reproche aux Pouvoirs publics de ne pas prendre tout la mesure...

«Une cassure entre les territoires ruraux et la société urbaine»
«Plus on fait de points de conjoncture, plus on partage la détresse, moins on nous écoute» a lancé Éric Bertrand, en justifiant de ne pas faire un point détaillé de la situation de chaque grande production de la ferme Nièvre cette fois-ci. Devant Jean-Pierre Condemine, il a fait allusion à la réunion, la veille au soir, du CER France Alliance Centre (lire par ailleurs), «où les responsables présents qui m’en ont parlé ensuite, n’ont pas réussi à trouver une seule production en positif cette année. Jamais je n’ai connu en tant que président autant de détresse du monde agricole, une forme de désespérance et une impression de n’être pas entendu, dans une indifférence générale. C’est difficile à vivre!»
Extension des zones vulnérables «sans concertation», groupes de travail avec les services de l’État «qui doivent s’attarder sur le fond et pas sur la forme»  : Eric Bertrand a redit «le sentiment d’abandon et d’incompréhension» dans lequel vivent actuellement les agriculteurs nivernais. Pour lui répondre, dans son intervention, le préfet a admis «qu’au-delà de la difficulté ressentie par rapport à telle ou telle mesure ou tel ou tel élément de conjoncture, je constate comme une cassure entre les territoires ruraux et nos concitoyens des grandes villes qui se sont coupés des rythmes de la nature et des saisons. Est-ce une méfiance de la société urbaine  ? Je n’en suis pas sûr, mais une méconnaissance, oui» ! Jean-Pierre Condemine a alors expliqué qu’il s’inscrirait dans les pas de celle qui l’a précédé, Michèle Kirry, en installant et présidant régulièrement les prochains groupes de travail, décidés après la manifestation du 15 octobre, sur les contrôles, l’export -  «plutôt les débouchés»-, le stockage et l’extension des zones vulnérables. «Ce ne seront pas des groupes magiciens mais nous essaieront de présenter des propositions concrètes, faisables à l’échelle du territoire et de nos responsabilités respectives, au-delà de ma mission qui est de faire remonter les échos du terrain au gouvernement» a précisé le préfet, appuyant sur les «nouveaux concepts» de la Loi d’Avenir dans «une alliance entre l’économique et l’environnemental».

IGP Charolais de Bourgogne et indemnisation des dégâts de gibier
Avant les questions diverses et l’échange avec le haut fonctionnaire, les débats s’étaient portés un peu plus tôt sur deux dossiers clés du moment. Le premier était une présentation, par Etienne Berger et Florent Ortu, le président et le directeur de la Fédération départementale des chasseurs (FDC), de la récente réforme des modalités d’indemnisation des dégâts de gibier. Dans son introduction, le second a qualifié de «véritable usine à gaz» ces nouveaux critères, qui visent originellement à «mieux indemniser les «vrais dégâts» et simplifier et clarifier la procédure. En réalité, la définition du concept de parcelle culturale, d’un seuil minimum de dégâts, l’application d’abattements supplémentaire et le mode de calcul semblent complexifier le mode d’indemnisation... (Terres de Bourgogne reviendra sur le sujet dans une prochaine édition).
Autre sujet brûlant  : Régis Taupin, président de l’Association «Charolais de Bourgogne» a fait le point sur la énième copie rendue à l’Inao en vue de l’obtention d’une Indication géographique protégée (IGP) portant le même nom. Après de multiples modifications, la réussite semble à portée de main. «Nous n’avons jamais été aussi loin. Nous en sommes à la Procédure nationale d’opposition (PNO), qui s’étend du 13 novembre au 13 janvier 2015, durant laquelle les contestations peuvent être envoyées à l’Inao à Dijon» a-t-il expliqué. Et, alors que l’élu travaille sur ce projet depuis plus de dix ans, s’il ne pourrait que laisser faire la procédure avant d’obtenir enfin gain de cause, il a tout de même proposé à la Chambre d’agriculture de se saisir d’un point de détail qui le chagrine. Alors que près de 40 communes de Saône-et-Loire sont finalement admises en triple superposition de l’IGP Charolais de Bourgogne, de l’IGP «Charolais du Bourbonnais» et de l’AOP «Bœuf de Charolles», ce n’est pas le cas de 24 communes sud-nivernaises, dont 27 adhérents de Charolais de Bourgogne, selon l’Inao, ne peuvent pas cumuler avec la zone du Charolais du Bourbonnais, établie sur la zone en premier.
Ils risquent d’être exclus de la prochaine IGP, alors même qu’ils ne sont pas sollicités par les responsables de la voisine du Bourbonnais.
Devront-ils déclarer leur rejet du projet actuel dans le cadre de la PNO, au risque de repousser encore un peu plus l’obtention de l’IGP Charolais de Bourgogne? En tout état de cause, la Chambre d’agriculture a décidé de leur apporter ses lumières et de les accompagner, au cours d’une réunion d’information qui aura lieu le 5 décembre prochain à 10h, à Cercy-la-Tour (salle Jeanne d’Arc). Régis Taupin, lui, est partagé entre le risque d’un nouveau contretemps et celui de «devoir laisser des copains sur le bord de la route»...