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Assises nationales des ruralités à Montmarault (03)

Patrice Joly demande une loi d’orientation sur les territoires ruraux

C’était la grande annonce du gouvernement Valls, des Assises de la ruralité, soit une série de sept réunions thématiques à travers toute la France, ont lieu jusqu’à la fin de l’année. Pour la région, c’est à Montmarault, dans l’Allier, que s’est déroulée, vendredi 7 novembre, l’étape consacrée aux services publics en milieu rural.
Par Emmanuel Coulombeix
Patrice Joly demande une loi d’orientation sur les territoires ruraux
Patrice Joly, le président du Conseil général de la Nièvre, a demandé au gouvernement l’adoption d’une loi d’orientation sur les territoires ruraux, devant Najat Vallaud-Belkacem et Sylvia Pinel, vendredi dernier dans l’Allier.
Comme trois ministres, et pas des moindres, étaient attendus vendredi dernier dans l’Allier, les responsables d’éxecutifs départementaux ont fait entendre leur petite voix face au gouvernement. On se souvient que les présidents de Conseils généraux de la Nièvre, du Cher, de l’Allier et de la Creuse avaient bataillé ferme contre le projet initial de réforme territoriale du gouvernement qui visait à faire disparaître l’échelon électif départemental. La crise passée, du moins pour les conseils généraux de départements ruraux, les édiles ont voulu profiter des Assises pour enfoncer le clou. Ainsi Patrice Joly, le patron de la Nièvre et initiateur du mouvement des Nouvelles ruralités, a-t-il, vendredi dernier, demandé à Bernard Cazeneuve, Najat Vallaud-Belkacem et Sylvia Pinel (ministres de l’Intérieur, de l’Éducation nationale et du Logement, de l’égalité des territoires et de la Ruralité) de relayer au plus haut niveau la demande d’un nouveau texte de loi. Avec ses trois autres collègues, le président du Conseil général de la Nièvre plaide ainsi «pour l’adoption d’une loi d’orientation sur l’aménagement et l’avenir des territoires ruraux».

«Escroquerie sémantique»
Dans le texte qu’il a remis aux ministres, l’élu fait part de plusieurs de ses convictions  : «La tenue de ces Assises de la ruralité souligne enfin la reconnaissance du fait rural, trop longtemps occulté par l’émergence ou la pregnance du fait métropolitain... Il n’est pas question de nier cette place des métropoles à l’échelle mondiale mais je souhaite mettre en garde contre une vision déformée de la réalité» dit-il.
Selon lui, comparer Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse ou même Paris à la taille démographique et économique de mégapoles comme Shanghai, Mexico, New York, Rio ou Tokyo relève «d’un abus de langage, une sorte d’excroquerie sémantique qui renvoie à une erreur de compréhension du monde et de l’espace français dans lequel nous vivons. Ne pas adapter les stratégies de développement à la réalité de notre pays nous fait courir un très grand risque» prévient-il. Patrice Joly y voit «une forme de domination intellectuelle abusive des milieux urbains» à laquelle il veut opposer «un combat pour notre territoire et la population que nous représentons». Comme alternative à la tentation du vote Front national...
Il veut aussi mener «un combat contre une vision réductrice de la réalité française, dont la géographie et l’histoire sont étroitement liés aux espaces ruraux et à la ruralité». Ses armes, il les a déjà fourbies  : «la capacité d’accueil, les équipements et les services, souvent non saturés, qui offrent des réponses alternatives et peu coûteuses aux phénomènes de concentration, saturation et pollution qui touchent les territoires urbains»   ; «les ressources naturelles (eau, air produits agricoles et forestiers de qualité), ingrédients de l’économie verte qui doivent favoriser le développement de nos territoires mais participer... au redressement de la France», «des bénéfices inestimables au travers de toute l’activité de la nature (traitement de l’eau, de l’air...) qu’il est désormais urgent de valoriser financièrement» et enfin «créativité et innovation qui peuvent servir de modèles à la société française».

40 départements dans le mouvement
Désormais ce sont 40 départements, représentant plus du tiers de la population française (ndlr  : 25 millions d’habitants), qui sont investis dans le mouvement des «Nouvelles ruralités», engagé par les trois mousquetaires (Nièvre, Creuse, Allier et Cher) le 10 juillet 2012 et qui a été ponctué le 5 juin dernier par les États généraux des nouvelles ruralités, à Nevers, où était d’ailleurs présente la ministre Sylvia Pinel. Que ce soit en matière économique ou de démocratie locale, les territoires ruraux veulent dorénavant démontrer qu’ils peuvent être un laboratoire «pour construire l’avenir».
Et leurs élus n’attendent plus que la bonne volonté du gouvernement et des parlementaires pour entériner ce qui constitue une alternative à la domination, outrancière, des villes sur les campagnes. C’est du moins le pari qu’ils prennent aujourd’hui, pari qui se veut «un atout pour la France».