Calamités, comment faire face ?
Pas de solution universelle face aux aléas du climat
Depuis la nuit des temps, le climat est un paramètre qu’il est quasi impossible de maîtriser. Pourtant aujourd’hui – et alors que le fond calamité est sollicité – se pose la question de la gestion des risques. Une question que tous n’abordent pas de la même façon.
Vignerons, exploitants de grandes cultures, arboriculteurs... Tous connaissent les aléas du climat. Et après l’épisode de gel du printemps dernier, trois dossiers (gel sur jeunes plants et vignes, pépinière forestière et gel arboriculture) ont été validés par le Comité départemental d’expertise en attendant la décision de la CNGRA en décembre. Une réponse qui, d’une manière ou d’une autre sera limitée. La question se pose donc de savoir comment gérer au mieux ces caprices violents du climat qui peuvent avoir des conséquences désastreuses. Mais comme toujours, il n’y a pas une mais plusieurs pistes de travail… Pour Benoît Mathé - président de la commission grandes cultures à la Chambre, trésorier à la FDSEA et polyculteur - «en grandes cultures, on n’est jamais concerné par ces dossiers calamités, ni en gel, ni en sec». Pour lui, l’assurance réelle serait une solution mais «c’est le serpent de mer. Le sujet est là, on y réfléchit. Comme pour l’assurance voiture, il faudrait que tout le monde cotise. Mais une assurance obligatoire est une question clivante, tout le monde n’est pas d’accord. La FNSEA n’a pas tranché». De son côté, Didier Guyon - président de la section grandes cultures à la FDSEA et lui aussi polyculteur - a opté pour l’assurance climat : «Mais on voit les limites du système puisque l’estimation est basée sur la moyenne du chiffre d’affaires des cinq dernières années. Si les années précédentes ont été mauvaises, on n’assure plus rien». Lui aussi garde bon espoir concernant l’assurance au réel. «Il faut trouver un système pour gérer les risques. Mais ils sont différents si on est viticulteur, qu’on fait des grandes cultures ou qu’on est éleveur. Nous, on ne vend pas un produit fini comme avec le raisin où si on gèle on perd à la fois le produit et les clients».
La morosité économique aggrave les conséquences des calamités
Un point de vue que ne peut que partager Julie Nérot, secrétaire générale adjointe à la FDSEA et viticultrice. Qui, elle non plus, n’est pas concernée par les dossiers calamités. Alors «l’assurance c’est bien, ça permet de poursuivre». Comme Didier Guyon, elle estime «qu’il n’y a pas de solution universelle, il y a des solutions». Ainsi, «les tours antigel ne vont pas à l’encontre des assurances. Après on n’a pas connu de gel comme ça durant 25 ans et là, deux années de suite. Et puis, si ce n’est pas le gel, ça peut être la grêle…» De son côté, Nicolas Saillard, vice-président à la FDSEA et polyculteur, a opté depuis des années pour une répartition de son assolement puisque «toutes les cultures n’ont pas la même sensibilité aux aléas climatiques». Cela permettant de ne pas tout perdre. Concernant les assurances, il précise «Je ne me suis jamais posé la question», la moyenne sur cinq ans étant pour lui aussi un système peu efficace. Il souligne que «depuis quelques années les coop développent une assurance sur le chiffre d’affaires qui peut paraître intéressante. En 2016, les collègues qui ont eu une perte de 60 000 euros de chiffre d’affaires ont eu un remboursement de 20 ou 25 000 euros. Mais ça aide quand même à refaire de la trésorerie...» On constate qu’effectivement, il est difficile de trouver une bonne façon de gérer le risque mais tous ont une vision convergente : le contexte économique aggrave les aléas. Car - même si ces accidents sont aujourd’hui plus violents et plus fréquents - ils ont de tout temps fait partie de la vie des agriculteurs. Ce qui amplifie leur impact, c’est la morosité économique qui a fragilisé nombre d’exploitants au fur et à mesure des années.
Aléas climatiques et économiques
Comme le souligne Benoît Mathé: «Le moindre accident prend des proportions puissance 10. On encaisse plus alors qu’on devrait pouvoir supporter ça. On est condamné à faire de bonnes récoltes». Ce qui n’est pas le cas de Julie Nérot : «Perte de 80% de récolte à cause du gel en 2016. Moins 20 ou 25% cette année. En gros, une récolte normale mais sur deux ans». Seule petite consolation : «Je ne vais pas me plaindre, on peut expliquer à la clientèle des hausses de prix, on a un peu de marge de manœuvre sur nos tarifs contrairement aux céréaliers qui ne sont pas maîtres de leurs cours». Mais, elle aussi, s’accorde à dire que ce marché économique peu rémunérateur empire ces épisodes climatiques, empêchant aussi d’épargner. Et Nicolas Saillard de préciser : «Stéphane Le Foll avait dit “vous pouvez épargner une partie des primes”. Il a raison, mais uniquement dans un contexte économique favorable. On peut avoir un flux positif. Mais en ce qui me concerne, depuis 2012, je n’ai pas eu une seule récolte dégageant ce flux». L’épargne de précaution trouve aussi écho pour Benoît Mathé mais fait le même constat : «C’est un outil. Encore faut-il pouvoir mettre de côté, pouvoir mettre des fonds. Certaines régions où il y a une économie viable disent qu’il faut taper dans les aides Pac. Sauf qu’ici, les aides Pac on en a déjà besoin». On le voit, l’optimisme n’est guère de mise en matière d’économie. Alors reste à espérer, comme Nicolas Saillard, qu’en matière de climat «le pire soit derrière nous».
La morosité économique aggrave les conséquences des calamités
Un point de vue que ne peut que partager Julie Nérot, secrétaire générale adjointe à la FDSEA et viticultrice. Qui, elle non plus, n’est pas concernée par les dossiers calamités. Alors «l’assurance c’est bien, ça permet de poursuivre». Comme Didier Guyon, elle estime «qu’il n’y a pas de solution universelle, il y a des solutions». Ainsi, «les tours antigel ne vont pas à l’encontre des assurances. Après on n’a pas connu de gel comme ça durant 25 ans et là, deux années de suite. Et puis, si ce n’est pas le gel, ça peut être la grêle…» De son côté, Nicolas Saillard, vice-président à la FDSEA et polyculteur, a opté depuis des années pour une répartition de son assolement puisque «toutes les cultures n’ont pas la même sensibilité aux aléas climatiques». Cela permettant de ne pas tout perdre. Concernant les assurances, il précise «Je ne me suis jamais posé la question», la moyenne sur cinq ans étant pour lui aussi un système peu efficace. Il souligne que «depuis quelques années les coop développent une assurance sur le chiffre d’affaires qui peut paraître intéressante. En 2016, les collègues qui ont eu une perte de 60 000 euros de chiffre d’affaires ont eu un remboursement de 20 ou 25 000 euros. Mais ça aide quand même à refaire de la trésorerie...» On constate qu’effectivement, il est difficile de trouver une bonne façon de gérer le risque mais tous ont une vision convergente : le contexte économique aggrave les aléas. Car - même si ces accidents sont aujourd’hui plus violents et plus fréquents - ils ont de tout temps fait partie de la vie des agriculteurs. Ce qui amplifie leur impact, c’est la morosité économique qui a fragilisé nombre d’exploitants au fur et à mesure des années.
Aléas climatiques et économiques
Comme le souligne Benoît Mathé: «Le moindre accident prend des proportions puissance 10. On encaisse plus alors qu’on devrait pouvoir supporter ça. On est condamné à faire de bonnes récoltes». Ce qui n’est pas le cas de Julie Nérot : «Perte de 80% de récolte à cause du gel en 2016. Moins 20 ou 25% cette année. En gros, une récolte normale mais sur deux ans». Seule petite consolation : «Je ne vais pas me plaindre, on peut expliquer à la clientèle des hausses de prix, on a un peu de marge de manœuvre sur nos tarifs contrairement aux céréaliers qui ne sont pas maîtres de leurs cours». Mais, elle aussi, s’accorde à dire que ce marché économique peu rémunérateur empire ces épisodes climatiques, empêchant aussi d’épargner. Et Nicolas Saillard de préciser : «Stéphane Le Foll avait dit “vous pouvez épargner une partie des primes”. Il a raison, mais uniquement dans un contexte économique favorable. On peut avoir un flux positif. Mais en ce qui me concerne, depuis 2012, je n’ai pas eu une seule récolte dégageant ce flux». L’épargne de précaution trouve aussi écho pour Benoît Mathé mais fait le même constat : «C’est un outil. Encore faut-il pouvoir mettre de côté, pouvoir mettre des fonds. Certaines régions où il y a une économie viable disent qu’il faut taper dans les aides Pac. Sauf qu’ici, les aides Pac on en a déjà besoin». On le voit, l’optimisme n’est guère de mise en matière d’économie. Alors reste à espérer, comme Nicolas Saillard, qu’en matière de climat «le pire soit derrière nous».