Interview de Jean-Pierre Fleury secrétaire général de la FNB
«Nous avons obtenu des avancées importantes !»
Le blocage des d'abattoirs du groupe Bigard, et en particulier celui de Cuiseaux pour la Bourgogne, a été levé jeudi 11 novembre. Même si, apparemment les éleveurs n'ont pas obtenu gain de cause concernant une revalorisation de 60 centimes d'euro le kilo de viande bovine. Explications de Jean-Pierre Fleury.
[G]Le siège de la douzaine d'abattoirs du groupe Bigard, et en particulier celui de Cuiseaux pour la Bourgogne, a été levé jeudi 11 novembre par les éleveurs, sans qu'apparemment vous ayez obtenu gain de cause concernant une revalorisation de 60 centimes d'euro le kilo de viande bovine. Qu'en est-il ?
Jean-Pierre Fleury:[g] [I]«Tout d'abord, permettez-moi de remercier chaleureusement tous les éleveurs des départements de l'Ain, du Jura, de la Saône-et-Loire, de la Nièvre et de l'Yonne qui se sont mobilisés pour la cause commune et qui ont contribué aux résultats que nous avons obtenus. En ce qui concerne nos revendications, la revalorisation de 60 centimes d'euro reste notre objectif à atteindre mais ce que nous avons obtenu va bien au delà des 5 et 2 centimes d'euro qui ont été mis en avant par les médias. Je voudrai tout d'abord rappeler que la viande n'est pas le lait et que l'on ne peut traiter les questions liées à la viande de la même manière que pour le lait. Le secteur du lait possède déjà ses propres paramètres qui lui permet d'aborder la question des prix au niveau national. Pour le secteur de la viande, les paramètres viennent seulement d'être validés par l'accord qui a été signé entre Dominique Langlois, président de l'interprofession bovine et LoÏc Gouëllo, médiateur nommé par Bruno Lemaire, ministre de l'Agriculture et chargé de suivre ce dossier. Nous sortons d'un conflit majeur et notre première victoire est d'avoir obtenu un engagement de l'ensemble des acteurs de la filière à travailler ensemble. N'oublions pas que depuis plusieurs mois Jean-Paul Bigard, Pdg du groupe Bigard, le numéro 1 de la viande en France menait la politique de la chaise vide et, dans notre interprofession la règle étant celle de l'unanimité, nous ne pouvions plus avancer. Les solutions ne peuvent être trouvées qu'ensemble et désormais le travail peut commencer, sans sous-estimer les difficultés car nous sommes dans un monde de concurrence et de compétitivité avec notre spécificité française qui est notre élevage allaitant»[i].
[G]Dans le cadre de cet accord, des engagements ont été pris de part et d'autres. Quels sont-ils'?
JPF :[g] [I]«Jean Paul Bigard en sa qualité de numéro 1 a pris conscience que, s'il avait des droits, il avait aussi des devoirs. L'accord a validé son engagement à travailler sur la gestion des marchés, engagement repris par tous les acteurs de la filière en tant que priorité n°1. Les moyens retenus passent par une meilleure valorisation des races à viande et en particulier les femelles ayant un poids carcasse de 400 kg, avec un engagement à conquérir de nouveaux marchés en tirant les prix vers le haut»[i].
[G]Si le revenu des éleveurs passe par les prix, l'accord concerne t-il les coûts de productions ?
JPF :[g] [I]«Depuis deux ou trois ans, nous avons assisté à une dérive concernant les segments de prix du troupeau allaitant qui se calaient de plus en plus sur ceux du troupeau laitier. Si l'atout du troupeau allaitant est la qualité, il éprouve des difficultés à être compétitif en raison de ses coûts de production. Nous avons obtenu que soit inscrit dans la loi de modernisation agricole la mise en place d'indicateurs de coûts de production dans le cadre de la contractualisation. C'est la première fois que l'élevage fait valider ses coûts de production et cela représente une avancée très importante. Par ailleurs, l'état au travers du médiateur s'est engagé à travailler aux mesures d'allégement liées à la crise de la vache folle qui plombent la filière et alourdissent les charges des éleveurs»[i].
[G]Quelles autres mesures ont été envisagées pour redresser les cours du marché ?
JPF :[g] [I]«Mis à part l'engagement de rechercher de nouveaux marchés, deux points importants font partie de l'accord qui a été signé : Le premier, c'est le retour du logo VBF. La grande distribution s'est engagée à remettre en avant la marque «Viande Bovine Française» dans les rayons avec l'objectif à termes de ne mettre que de la viande française. Le deuxième concerne la restauration collective qui représente, publique et privée confondue, 30% de la consommation de viande en France soit 1,5 millions de tonnes par an. La FNB a fait introduire dans la loi de modernisation agricole un volet «circuit court» afin de modifier le code des marchés publics et permettre un approvisionnement local pour les collectivités territoriales. Le médiateur s'est engagé à participer à la rédaction de ce texte en accord avec l'interprofession. L'objectif est de conquérir un quart du marché de la restauration collective publique soit 100000 tonnes par an»[i].
[G]Un calendrier ou des échéances ont-ils été fixés ?
JPF :[g] [I]«Un calendrier de travail a été fixé avec la volonté d'obtenir des résultats très rapides en matière de prix. En ce qui concerne le classement des animaux, l'ensemble des industriels de + 3000 tonnes ont jusqu'à la fin décembre pour mettre leur installation en conformité. Si ce n'est pas le cas, des commandes fermes devront être passées avant le 31 janvier 2011, faute de quoi le ministre de l'Agriculture s'est engagé à l'imposer par décret. Sur l'observatoire des prix et des marges, nous avons obtenus l'engagement ferme que les premiers repères soient délivrés dès le début 2011. Mercredi 17 novembre, nous nous réunissons avec les services des ministères du Commerce extérieur, des Affaires étrangères, de l'Agriculture afin d'envisager les moyens de capter des marchés dans les pays tiers hors Europe où nous ne sommes pas présents. Enfin, l'àtat va engager 4 millions d'euros, en communication pour dynamiser la consommation, sur les radios en décembre et à la télévision début 2011. De son coté l'interprofession dégage 1 million d'euros pour une campagne de communication sur les races à viande, qui sera lancée dans le cadre du Salon de l'agriculture»[i].
[G]En conclusion, qu'avez-vous à dire aux éleveurs qui ont pu être déçus par l'annonce des médias ?
JPF :[g] [I]«Je veux leur dire que je comprends que l'annonce des 5 et 2 centimes ait pu en décevoir certains, mais je tiens à leur dire que l'urgence était d'apaiser les relations interprofessionnelles, car c'était le seul moyen d'aller vers une meilleure prise en compte des prix payés aux éleveurs. Nous ne crions pas victoire, mais nous sommes convaincus que nous avons obtenu des avancées trés importantes qui vont au delà des 5 et 2 centimes d'euro. Nous allons continuer à nous battre afin d'obtenir des résultats tangibles dans les jours à venir, seuls moyens de redonner du revenu aux exploitations d'élevage et nous veillerons à ce que les engagements pris soient tenus».[i]
Jean-Pierre Fleury:[g] [I]«Tout d'abord, permettez-moi de remercier chaleureusement tous les éleveurs des départements de l'Ain, du Jura, de la Saône-et-Loire, de la Nièvre et de l'Yonne qui se sont mobilisés pour la cause commune et qui ont contribué aux résultats que nous avons obtenus. En ce qui concerne nos revendications, la revalorisation de 60 centimes d'euro reste notre objectif à atteindre mais ce que nous avons obtenu va bien au delà des 5 et 2 centimes d'euro qui ont été mis en avant par les médias. Je voudrai tout d'abord rappeler que la viande n'est pas le lait et que l'on ne peut traiter les questions liées à la viande de la même manière que pour le lait. Le secteur du lait possède déjà ses propres paramètres qui lui permet d'aborder la question des prix au niveau national. Pour le secteur de la viande, les paramètres viennent seulement d'être validés par l'accord qui a été signé entre Dominique Langlois, président de l'interprofession bovine et LoÏc Gouëllo, médiateur nommé par Bruno Lemaire, ministre de l'Agriculture et chargé de suivre ce dossier. Nous sortons d'un conflit majeur et notre première victoire est d'avoir obtenu un engagement de l'ensemble des acteurs de la filière à travailler ensemble. N'oublions pas que depuis plusieurs mois Jean-Paul Bigard, Pdg du groupe Bigard, le numéro 1 de la viande en France menait la politique de la chaise vide et, dans notre interprofession la règle étant celle de l'unanimité, nous ne pouvions plus avancer. Les solutions ne peuvent être trouvées qu'ensemble et désormais le travail peut commencer, sans sous-estimer les difficultés car nous sommes dans un monde de concurrence et de compétitivité avec notre spécificité française qui est notre élevage allaitant»[i].
[G]Dans le cadre de cet accord, des engagements ont été pris de part et d'autres. Quels sont-ils'?
JPF :[g] [I]«Jean Paul Bigard en sa qualité de numéro 1 a pris conscience que, s'il avait des droits, il avait aussi des devoirs. L'accord a validé son engagement à travailler sur la gestion des marchés, engagement repris par tous les acteurs de la filière en tant que priorité n°1. Les moyens retenus passent par une meilleure valorisation des races à viande et en particulier les femelles ayant un poids carcasse de 400 kg, avec un engagement à conquérir de nouveaux marchés en tirant les prix vers le haut»[i].
[G]Si le revenu des éleveurs passe par les prix, l'accord concerne t-il les coûts de productions ?
JPF :[g] [I]«Depuis deux ou trois ans, nous avons assisté à une dérive concernant les segments de prix du troupeau allaitant qui se calaient de plus en plus sur ceux du troupeau laitier. Si l'atout du troupeau allaitant est la qualité, il éprouve des difficultés à être compétitif en raison de ses coûts de production. Nous avons obtenu que soit inscrit dans la loi de modernisation agricole la mise en place d'indicateurs de coûts de production dans le cadre de la contractualisation. C'est la première fois que l'élevage fait valider ses coûts de production et cela représente une avancée très importante. Par ailleurs, l'état au travers du médiateur s'est engagé à travailler aux mesures d'allégement liées à la crise de la vache folle qui plombent la filière et alourdissent les charges des éleveurs»[i].
[G]Quelles autres mesures ont été envisagées pour redresser les cours du marché ?
JPF :[g] [I]«Mis à part l'engagement de rechercher de nouveaux marchés, deux points importants font partie de l'accord qui a été signé : Le premier, c'est le retour du logo VBF. La grande distribution s'est engagée à remettre en avant la marque «Viande Bovine Française» dans les rayons avec l'objectif à termes de ne mettre que de la viande française. Le deuxième concerne la restauration collective qui représente, publique et privée confondue, 30% de la consommation de viande en France soit 1,5 millions de tonnes par an. La FNB a fait introduire dans la loi de modernisation agricole un volet «circuit court» afin de modifier le code des marchés publics et permettre un approvisionnement local pour les collectivités territoriales. Le médiateur s'est engagé à participer à la rédaction de ce texte en accord avec l'interprofession. L'objectif est de conquérir un quart du marché de la restauration collective publique soit 100000 tonnes par an»[i].
[G]Un calendrier ou des échéances ont-ils été fixés ?
JPF :[g] [I]«Un calendrier de travail a été fixé avec la volonté d'obtenir des résultats très rapides en matière de prix. En ce qui concerne le classement des animaux, l'ensemble des industriels de + 3000 tonnes ont jusqu'à la fin décembre pour mettre leur installation en conformité. Si ce n'est pas le cas, des commandes fermes devront être passées avant le 31 janvier 2011, faute de quoi le ministre de l'Agriculture s'est engagé à l'imposer par décret. Sur l'observatoire des prix et des marges, nous avons obtenus l'engagement ferme que les premiers repères soient délivrés dès le début 2011. Mercredi 17 novembre, nous nous réunissons avec les services des ministères du Commerce extérieur, des Affaires étrangères, de l'Agriculture afin d'envisager les moyens de capter des marchés dans les pays tiers hors Europe où nous ne sommes pas présents. Enfin, l'àtat va engager 4 millions d'euros, en communication pour dynamiser la consommation, sur les radios en décembre et à la télévision début 2011. De son coté l'interprofession dégage 1 million d'euros pour une campagne de communication sur les races à viande, qui sera lancée dans le cadre du Salon de l'agriculture»[i].
[G]En conclusion, qu'avez-vous à dire aux éleveurs qui ont pu être déçus par l'annonce des médias ?
JPF :[g] [I]«Je veux leur dire que je comprends que l'annonce des 5 et 2 centimes ait pu en décevoir certains, mais je tiens à leur dire que l'urgence était d'apaiser les relations interprofessionnelles, car c'était le seul moyen d'aller vers une meilleure prise en compte des prix payés aux éleveurs. Nous ne crions pas victoire, mais nous sommes convaincus que nous avons obtenu des avancées trés importantes qui vont au delà des 5 et 2 centimes d'euro. Nous allons continuer à nous battre afin d'obtenir des résultats tangibles dans les jours à venir, seuls moyens de redonner du revenu aux exploitations d'élevage et nous veillerons à ce que les engagements pris soient tenus».[i]