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Anciens exploitants

«Ne pas céder à l’individualisme»

La section des Anciens Exploitants de la FDSEA de la Nièvre a tenu jeudi 18 mai son assemblée générale. Tour d’horizon des principaux sujets d’actualité avec Yves Delfolie, président de la section.
Par Propos recueillis par Céline Clément
«Ne pas céder à l’individualisme»
« Si ça continue, il n’y aura pas de retraite pour les prochaines générations », s’alarme Yves Delfolie, président de la section des anciens exploitants de la FDSEA».
• Quelles sont vos principales revendications au niveau des anciens exploitants ?
Yves Delfolie : «Nous sommes exaspérés depuis 1980. La loi d’orientation agricole prévoyait qu’on ait des cotisations comparables au régime général. Mais 3, 7 ans après on est toujours à 75% du Smic. On voudrait être au même niveau que les autres régimes, qui sont à 85%. En agriculture, quand on regarde la situation actuelle, si ça continue il n’y aura pas de retraite pour les prochaines générations. Aujourd’hui j’ai de l’espoir avec le nouveau président qui nous a annoncé une réforme des retraites. Mais il faut savoir qu’actuellement la retraite des agriculteurs est de 710€, ce qui est largement en dessous de la moyenne générale. Les hommes touchent 850€ et les femmes 570€ alors qu’elles se sont dépensé pendant la guerre pour nous remplacer. Les minimas sociaux normalement sont plus élevés que ça. On a fait notre travail, on a produit après la guerre, on a nourri le pays et maintenant on nous traite d’empoisonneur et on a pas droit à une retraite décente. C’est difficile aujourd’hui d’être ancien exploitant si on veut vivre correctement. On se retrouve vite coincé, pas de restaurants, pas de loisirs, pas de contacts».

• Les anciens exploitants souffrent-ils également d’isolement ?
Y.D. : «Oui cela arrive car beaucoup d’anciens exploitants vivent sur des territoires ruraux. Il faut faire une cinquantaine de kilomètres pour voir un spécialiste. Se déplacer demande des frais. Et dans la Nièvre quand on voit le tarif des maisons de retraite, ça nous inquiète aussi. Certains exploitants rencontrent aussi des problèmes pour accéder à la MSA. Aujourd’hui il faut passer par Internet ou le téléphone. Pour ceux qui ne sont pas branchés là-dessus, c’est compliqué. 80% de nos adhérents n’ont pas Internet, ils doivent donc faire appel à des voisins, leurs enfants».

• Heureusement, une vraie convivialité règne au sein de la section. Quels sont vos projets pour cette année ?
Y.D. : «Nous prévoyons deux voyages dans l’année et des réunions d’information sur la sécurité, les premiers gestes de secours. Nous irons au marché de Rungis et partager un repas sur un bateau-mouche sur la Seine le 8 juin. Nous prévoyons aussi un autre voyage de huit jours en septembre en Bretagne, pour lequel il nous reste encore quelques places. Au mois de novembre, on fera une matinée d’information sur le thème de la protection à domicile suivie d’une après-midi créative théâtre et divertissement. Cela nous permet de nous rencontrer entre anciens agriculteurs qui se sont cotoyés durant leur vie professionnelle et de rompre l’isolement. La plupart de nos adhérents ont été des personnes très actives et n’ont pas envie de s’isoler. Cela dépend de la nature des personnes mais une fois à la retraite, il ne faut pas se renfermer sur soi-même. Nos sociétés sont de plus en plus individualistes alors que nous avons besoin de contact, de discussion».

• Vous-même êtes à la retraite depuis trois ans. Quel conseil aimeriez-vous donner aux jeunes agriculteurs?
Y.D. : «Je leur tire mon chapeau car c’est pas facile pour eux. Nous on avait des certitudes sur 10, 15 ans, on savait que nos investissements pourraient être rentables. Maintenant les marchés sont tellement volatiles qu’on a aucune assurance sur les récoltes et les banques ne font pas de cadeaux. Mais j’ai confiance en eux car l’agriculture s’est toujours adaptée. Nous on rouspète après les jeunes mais il faut qu’ils s’intègrent dans la société. C’est vrai qu’ils vivent à 100 à l’heure et sont hyper connectés. Nous on avait même pas le téléphone portable ! Si j’avais un conseil à leur donner, je leur dirais de ne pas céder à l’individualisme. Ne pas se recroqueviller sur son exploitation. Il faut mettre en commun les frais de mécanisation, se rencontrer et ne pas utiliser seulement le portable et Internet».

• Vous avez toujours milité à la FDSEA. Que retenez-vous de votre carrière et de cet engagement syndical ?
Y.D. : «A l’époque, on travaillait dur mais on était heureux. Aujourd’hui on nous provoque toujours des désirs liés à la consommation et on est tout le temps sollicité mais il ne faut pas perdre notre liberté. Ce que je retiens de plus marquant c’est la mécanisation. Et aussi les pesticides dans les années 1960, 1970. On devait produire plus et on ne se posait pas de questions. L’espérance de vie a quand même augmenté donc on a pas empoisonné la population. Au niveau de mon engagement syndical, le plus gros combat c’était contre la Pac mais on nous l’a imposé alors qu’on ne voulait pas devenir dépendants. On savait très bien qu’à terme l’agriculture ne pourrait pas vivre de subventions».