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Fenaison

Moins 60% d’herbe autour de Thaix

Malgré les quelques précipitations du week-end dernier, la situation de sécheresse qui pénalise les foins dans la Nièvre est préoccupante. «Rien n’est encore joué» dit Hervé Deschamps, éleveur à Thaix, près de Cercy-la-Tour, encore faut-il que la pluie soit de la partie rapidement. En attendant, les éleveurs enregistrent des pertes de fourrages de - 60% par rapport à la même époque en 2013...
Par Emmanuel Coulombeix
Moins 60% d’herbe autour de Thaix
Hervé Deschamps montre le grand vide, sous son bâtiment de stockage, qui témoigne des pertes de rendements de foin de cette année.
Hervé Deschamps est anxieux. Il suffit de jeter un coup d’œil sur ses stocks de foin pour comprendre. Un grand vide sous son bâtiment l’inquiète au plus haut point. Il témoigne de la perte de pousse du printemps. L’éleveur de taurillons d’herbe n’y a rentré que 330 bottes contre 1093 en 2013 et 1290 en 2012, années qui, il est vrai, s’étaient montrées exceptionnelles. Le spectre de la sécheresse de 2011 n’est pas loin puisqu’il avait alors rentré 276 bottes [I]«mais nous avions eu de la pluie à partir du 14 juillet, ce qui avait un peu arrangé les choses»[i] se rappelle-t-il. Là, la météo incertaine de ce début d’été le laisse, lui et ses collègues voisins, dans l’incertitude. Les quelques millimètres d’eau qui sont tombés le week-end dernier ne suffisent pas à dissiper l’angoisse, dans le sud-Nivernais. [I]«C’est encore plus catastrophique autour de Luzy, explique-t-il, puisque contrairement à nous, ils n’ont pas eu les 50 mm que nous avons reçus il y a un mois»[i]. Et les prairies laissent apparaître ce que dans le jargon de l’élevage on identifie bien par le terme [I]«paillasson»[i]. A Thaix, chez lui, Hervé Deschamps constate le manque de densité de ses parcelles et aussi la couleur jaune, symptomatique, qui perce au milieu de ses champs.

[INTER]Chargement plus faible[inter]
[I]«On entend dire que la sensibilité aux aléas climatiques est d’autant plus élevée que le chargement est important. Je peux vous dire que ce n’est pas vrai. Moi qui élève des taurillons d’herbe sur des cycles plus longs que les broutards, je constate que je suis plus impacté que si j’avais une conduite plus intensive... J’ai 198 ha dédiés à l’élevage (sauf 12 ha d’avoine d’hiver) et sur ces prairies, mon chargement est de 0,85. Le temps a eu un effet dépressif et je suis plus confronté aux pertes de rendement que ceux qui utilisent des engrais»[i] explique l’éleveur. Aujourd’hui (ndlr: le 27 juin), il fait ses comptes: [I]«-40% de rendement à l’ha et moins de surface puisque mes taurillons ont besoin d’un maximum de croissance à l’herbe et que je leur ai donné de la surface au détriment du stock»[i]. Cette fois-ci, il n’a rentré le foin que de 48ha, au lieu de 67ha l’an dernier, afin de laisser pâturer ses animaux. Il évalue donc ses pertes globales à - 60% sous le double effet du manque de pluie et de l’importante amplitude thermique de ce dernier mois. Cela fait beaucoup.

[INTER]]Paille et mélasse[inter]
[I]«Le mauvais temps, c’est le temps qui dure»[i] résume Hervé Deschamps, philosophe. En réalité, [I]«nous ne nous attendions pas à çà. Avec mes collègues, on était contents que la météo ne soit pas trop humide, d’autant qu’on a lâché de bonne heure par rapport à 2013, mais çà a persisté. Et maintenant, nous nous demandons si nous n’allons pas être obligés d’affourager très bientôt!»[i] Et puis, sur les céréales, [I]«notre autre crainte, c’est qu’elles soient en cours d’échaudage. L’effet vent favorise l’évapo-transpiration, les grains ne sont pas remplis et la valeur en poids spécifique s’en trouve réduite»[i]. Concernant ses bovins, Hervé Deschamps entrevoit les conséquences: [I]«heureusement, j’ai encore un peu de stock des années précédentes mais si je dois en arriver à affourrager d’ici août, çà risque de ne pas passer»[i]. Dans ce cas, l’éleveur devra acheter de la paille et de la mélasse qui, mélangés, [I]«redonneront la même valeur que le foin»[i]. A l’en croire, les vendeurs se frottent les mains et font monter la pression. [I]«Je ne veux pas me décider trop vite, si la météo venait à changer»[i] explique-t-il. Parce que tout çà a un coût. Entre un prix moyen de 120 euros la tonne de paille et de 300 euros la tonne d’élément liquide... [I]«Cela reviendrait à 1,80 euro par jour et par bovin»[i] à raison de 2 à 3 kg par vache et par jour. [I]«On serre les boulons, on descend les rations: c’est une chance que les charolaises puissent un peu maigrir et récupérer ensuite même s’il peut y avoir des incidences sur la fertilité»[i] envisage Hervé Deschamps. Alors, l’éleveur de Thaix a quelques demandes à remonter au syndicalisme: [I]«On connaît le niveau du fond des caisses calamités... mais dans un premier temps, pour ne pas favoriser la spéculation sur la paille, ne pas laisser faire le seul marché, nous souhaitons que la FDSEA prévoit un éventuel système de solidarité avec les départements producteurs. Cela avait bien fonctionné en 2011. Et puis que les éleveurs communiquent très tôt vers les céréaliers, afin qu’ils évitent de broyer»[i]...