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Miroir, mon beau miroir...

Comment la grande presse parle de l’agriculture... Second volet réalisé à partir d’entretiens réalisés avec des journalistes, spécialisés ou non en agriculture et qui s’expriment sur leur perception du milieu et leur attentes en matière de communication du monde agricole. Nouveaux éléments de réponse avec Michel Bourdoncle (Actuagri), Anne Chaon, Sandra Laffont et Emmanuelle Michel (pool agriculture de l’AFP).
Par Anne-Marie Klein
Miroir, mon beau miroir...
Photo: Réussir
La profession agricole a compris depuis longtemps l’importance de la communication, mais à l’épreuve du feu des médias il n’est pas toujours facile de se faire entendre et surtout comprendre. Il est donc utile de savoir quelle vision les médias ont de l’agriculture pour améliorer la communication professionnelle et savoir donner la bonne information au bon moment.

Dissiper les malentendus, décrypter les messages
Quand il s’agit d’aborder les questions qui fâchent comme celles liées à l’environnement, les journalistes se trouvent souvent fort dépourvus, pris entre les feux croisés des associations environnementales locales et des représentants agricoles. Jean-Marc Cholet, journaliste à France 3, regrette «cette difficulté à bien cerner les faits, car chaque protagoniste a ses certitudes». Pour éviter ces polémiques qui ne font pas avancer son propos, le journaliste préfère alors s’adresser «à une autorité scientifique comme l’Inra» ou à «un intervenant moins impliqué dans la querelle». Mais, là aussi il semble difficile d’obtenir des informations «désintéressées» permettant de se faire une idée objective sur un sujet complexe et très disputé, comme les OGM par exemple.
Pour le pool agriculture de l’AFP, le lien entre agriculture et environnement s’impose de lui-même. «On ne peut pas regarder les modes de production agricole aujourd’hui sans penser aux répercussions sur l’environnement». L’agence de presse s’adresse directement au grand public, aux consommateurs, «c’est notre rôle de décrypter de montrer les coulisses de notre alimentation» argumente Anne Chaon. Position quelque peu différente pour Michel Bourdoncle, directeur d’Actuagri, agence de presse spécialisée dans l’agriculture qui observe que «la société civile ne fait pas la distinction entre l’usage raisonné et l’excès, aussi préjudiciable à la nature qu’aux agriculteurs». Le journaliste spécialisé relie donc l’agriculture aux préoccupations environnementales, mais «par rapport à leur impact sur les agriculteurs et leur vie de tous les jours».
Spécialisé ou non, les journalistes interrogés s’accordent à considérer que les Français ont une image erronée de l’agriculture telle qu’elle se pratique aujourd’hui. Déroutés par leur vision passéiste de l’agriculture, ils ne perçoivent pas ses progrès, son modernisme, son ancrage dans l’économie nationale et internationale. Pourtant, comme le souligne Jean-Marc Cholet, les Français aiment leur agriculture et les agriculteurs, «il n’y a qu’à voir le succès du Salon de l’agriculture». Le malentendu est donc bien réel, mais pas insurmontable, même si la bonne opinion se réfère le plus souvent à «une agriculture de proximité» et que les critiques s’adressent plutôt à «une agriculture plus intensive, plus rationnelle, plus concentrée, aux produits plus standardisés». Michel Bourdoncle relève aussi que «les actions spectaculaires et violentes des agriculteurs (saccage de bâtiments, épandage de lisier...) ne contribuent pas à redorer leur blason. Bien au contraire».

Communiquer sur la modernité, parler vrai
Alors comment mieux communiquer, parler «juste» et se faire comprendre ? Sur ce sujet les médias s’accordent à trouver que le parler vrai reste la meilleure solution. Jean-Marc Chollet les encourage «à expliquer les enjeux de l’agriculture intensive. Des produits bon marché, des emplois, des exportations. Une agricultrice productrice de biens alimentaires qui répondent à des normes, à des contrôles (...) expliquer aussi les efforts faits depuis des années en matière d’environnement» (...) et les défis à relever «face à la concurrence et aux attentes des consommateurs». Même vision au pool agriculture de l’AFP où l’on considère que les paysans doivent s’exprimer d’abord et «tout simplement sur leur travail, leurs choix de modes de production. Ils sont souvent mis en cause et on a l’impression qu’il perdent la bataille de l’opinion et de la communication par manque de transparence. Il y a notamment une opacité incroyable sur les secteurs des céréales ou dans l’élevage porcin». Pour le journaliste agricole spécialisé Michel Bourdoncle, les agriculteurs ont tout intérêt à communiquer «sur leur modernité. Dire qu’être agriculteur est une profession et non pas un état. Les médias restent trop sur des clichés traditionnels qui entretiennent une vision passéiste de l’agriculture. L’agriculteur et l’agriculture d’aujourd’hui on les rencontre plutôt au Sima qu’au Sia».
Et l’avenir ? L’agriculture on y croit à l’APF, puisque la rédaction renforce ses moyens de couverture de l’actualité agricole, convaincue que «le sujet va devenir de plus en plus crucial dans les années à venir. L’AFP a créé deux postes supplémentaires à Paris et mis en place des correspondances agricoles au Brésil et en Australie». Ce qui montre que pour ce média, comme pour beaucoup d’autres, l’agriculture est bien entrée de plein pied dans la mondialisation, ce qui permet de comprendre les difficultés de la France à maintenir son rang sur la scène agricole mondiale et doit être expliqué au grand public.