Matières premières agricoles
Mer Noire: Enjeux et perspectives
«Matières premières agricoles de la Mer Noire : enjeux et perspectives», tel est le thème de la conférence qu'a proposé le Crédit agricole Centre Loire le mois dernier sur le site de St-Jean-de-Braye.
Après les propos d'ouverture de Benoît Lucas, directeur général adjoint, c'est devant une assistance certes limitée mais avertie et très intéressée que Jean-Jacques Hervé, conseiller du président d'Index Bank, banque ukrainienne appartenant au Groupe Crédit agricole, exposa l'intérêt stratégique de la Mer Noire.
Un peu de géographie tout d'abord : la Mer Noire, plus connue pour les stations balnéaires de Bulgarie et Roumanie est aussi bordée par l'Ukraine et la Russie, communique avec la Mer d'Azof ; les plaines russes sont drainées par le fleuve Don, affluant de la Volga qui vient se jeter dans la mer Caspienne offrant ainsi de vastes débouchés sur l'Ouzbekistan, le Turkmenistan, l'Iran la
Turquie...
Des richesses considérables
Du point de vue géologique, à partir de la Serbie, au nord de Novisad, en passant par l'Ukraine, le sud de la Russie, le Kazakhstan, jusqu'à la frontière avec la Chine et la Mongolie, s'étale une vaste plaine, en forme de croissant, composée autrefois de steppes devenues aujourd'hui le tchernozium, les fameuses terres noires, sans doute les meilleures du monde, dont Honoré de Balzac disait, au cour d'un voyage auprès de sa dernière épouse, la Comtesse Polonaise Hanska : «Ici, il suffit de jeter des graines sur le sol pour qu'elles poussent !»
Le sous-sol possède également des richesses considérables : premier gisement mondial de pétrole et de gaz, d'importantes réserves de chrome, d'uranium, de charbon, d'énormes réservoirs d'eau potable, autant de richesses naturelles qui conduisent les USA, l'Europe de l'Ouest, notamment la France à négocier leur exploitation. L'agriculture est le second secteur stratégique de la Région.
L'Ukraine, le Kazakhstan et la Russie constituent les pays exportateurs de matières premières
agricoles de la Mer Noire ; le
premier, l'Ukraine, de taille comparable à la France (600 000 km2), 45 millions d'habitants, possède un potentiel de terres agricoles de
42 millions d'hectares; le Kazakhstan, 2,7 millions de km2, 15 millions d'habitants, composé essentiellement de déserts sauf au nord avec le tchernozium, ces fameuses terres noires sur un potentiel de 33 millions d'hectares et enfin la Russie sur 220 millions d'hectares.
Cette région est appelée à répondre en partie aux besoins croissants de matières premières agricoles du sud-est asiatique et de l'Afrique du nord.
Ces terres, traditionnellement exploitées avec peu d'intrants, possèdent, malgré une faible
pluviométrie mais une grosse réserve hygrométrique, de gros potentiels (aujourd'hui, pour le blé, 3 tonnes/ha en Ukraine,
2,5 tonnes/ha en Russie et 2 tonnes/ha au Kazakhstan) mais sont soumises à de très fortes variabilités (les températures peuvent variées de -30° l'hiver à + 40° l'été !). La faible densité de population, donc une consommation limitée, implique un potentiel exportable considérable que l'on estime de 100 à 200 millions de tonnes.
Un fort potentiel d'exportation
Avec la chute de l'Union Soviétique, les infrastructures, les organismes collecteurs disparurent, les agriculteurs se sont alors consacrés à l'exploitation de leur lopin de terre, avec quelques cultures pour nourrir le bétail, essentiellement des porcs, menant une vie totalement autarcique.
Consacrons-nous quelques instants à l'Ukraine qui doit faire face à un lent déclin démographique ; les terres exploitées dans les kolkhozes, ces grandes fermes de trois ou quatre mille hectares qui employaient quelques centaines de personnes, ont été distribuées à tous les ayants-droits, c'est-à-dire les anciens salariés de l'agriculture et leur famille.
Chacun a reçu ainsi une parcelle de 2 à 5 hectares, parcelle dont la propriété n'est pas cessible, mais dont l'exploitation peut être donnée à bail (verbal bien sûr !).
Le pays est aujourd'hui composé de 5 millions de fermes, dont
75% des productions sont animales, essentiellement vivrières. Parallèlement à cela, de grandes exploitations voient le jour :
50 000 peuvent être qualifiées d'entreprises et 8 000 exploitent plus de 1 000 hectares. Quelques dizaines d'agroholdings constituent l'essentiel des exportations (les 140 plus grandes assurent 28 millions de tonnes de production sur 50, et le «Top 14» 10 millions de tonnes !)
L'Ukraine, au même titre que la Russie, exporte du tournesol, de l'orge et du colza alors que le Kazakhstan est le 1er exportateur de farines.
Le choc des mondes
et des cultures
La logistique connaît une évolution extrêmement rapide et contribue grandement au développement du marché de la Mer Noire ; il est passé de quelques millions de tonnes en 2001 à 35 millions en 2010 et 30 à 70 millions de tonnes convergent d'Ukraine, 10 à 30 de Russie et quelques millions du Kazakhstan.
La Mer Noire constitue aujourd'hui une source de commerce qu'on ne peut pas ignorer, avec une forte capacité à produire de la marge ; de gros investisseurs l'ont compris, soucieux d'y être avant leurs concurrents, tel Lactalis ou Pepsi Cola (qui est sur place le premier fournisseur de boissons!)
Les grandes entreprises de l'agro alimentaire mondial sont présentes.
Pour compléter ce discours panégyrique, des agriculteurs français, installés depuis plusieurs années en Ukraine, nous ont communiqué leurs chiffres (ce sont ceux de 2009) ; ils exploitent 700 ha en France et 2 700 ha en Ukraine.
Bien sûr une telle description peut susciter des vocations, d'autres l'ont déjà fait avec, il est vrai, plus ou moins de bonheur. On considère aujourd'hui que sur 10 installations françaises en Ukraine, une fonctionne vraiment très bien !
Alors pourquoi, compte-tenu d'un tel potentiel, autant de «déchets» ?
Nous sommes dans un autre pays, presque un autre monde, avec une culture, un mode de vie très différents, avec une population agricole qui, depuis des dizaines d'années, lutte pour sa survie. Un certain nombre de préalables sont impérativement à connaître : maîtriser la langue, avoir un associé local (ou une personne de toute confiance) rester sur place, arriver rapidement à la taille d'équilibre (environ 3 000 ha), le coût d'investissement est de l'ordre de 1100€/ha et le recours au crédit doit être, raisonnablement, limité à 50%.
Et bien sûr, comme tout investissement, il doit être réfléchi, analysé. Pour ce faire, le Crédit Agricole peut aider, donner des informations. La présence sur place d'une banque du groupe constitue un atout dont il convient de saisir l'opportunité.
Un peu de géographie tout d'abord : la Mer Noire, plus connue pour les stations balnéaires de Bulgarie et Roumanie est aussi bordée par l'Ukraine et la Russie, communique avec la Mer d'Azof ; les plaines russes sont drainées par le fleuve Don, affluant de la Volga qui vient se jeter dans la mer Caspienne offrant ainsi de vastes débouchés sur l'Ouzbekistan, le Turkmenistan, l'Iran la
Turquie...
Des richesses considérables
Du point de vue géologique, à partir de la Serbie, au nord de Novisad, en passant par l'Ukraine, le sud de la Russie, le Kazakhstan, jusqu'à la frontière avec la Chine et la Mongolie, s'étale une vaste plaine, en forme de croissant, composée autrefois de steppes devenues aujourd'hui le tchernozium, les fameuses terres noires, sans doute les meilleures du monde, dont Honoré de Balzac disait, au cour d'un voyage auprès de sa dernière épouse, la Comtesse Polonaise Hanska : «Ici, il suffit de jeter des graines sur le sol pour qu'elles poussent !»
Le sous-sol possède également des richesses considérables : premier gisement mondial de pétrole et de gaz, d'importantes réserves de chrome, d'uranium, de charbon, d'énormes réservoirs d'eau potable, autant de richesses naturelles qui conduisent les USA, l'Europe de l'Ouest, notamment la France à négocier leur exploitation. L'agriculture est le second secteur stratégique de la Région.
L'Ukraine, le Kazakhstan et la Russie constituent les pays exportateurs de matières premières
agricoles de la Mer Noire ; le
premier, l'Ukraine, de taille comparable à la France (600 000 km2), 45 millions d'habitants, possède un potentiel de terres agricoles de
42 millions d'hectares; le Kazakhstan, 2,7 millions de km2, 15 millions d'habitants, composé essentiellement de déserts sauf au nord avec le tchernozium, ces fameuses terres noires sur un potentiel de 33 millions d'hectares et enfin la Russie sur 220 millions d'hectares.
Cette région est appelée à répondre en partie aux besoins croissants de matières premières agricoles du sud-est asiatique et de l'Afrique du nord.
Ces terres, traditionnellement exploitées avec peu d'intrants, possèdent, malgré une faible
pluviométrie mais une grosse réserve hygrométrique, de gros potentiels (aujourd'hui, pour le blé, 3 tonnes/ha en Ukraine,
2,5 tonnes/ha en Russie et 2 tonnes/ha au Kazakhstan) mais sont soumises à de très fortes variabilités (les températures peuvent variées de -30° l'hiver à + 40° l'été !). La faible densité de population, donc une consommation limitée, implique un potentiel exportable considérable que l'on estime de 100 à 200 millions de tonnes.
Un fort potentiel d'exportation
Avec la chute de l'Union Soviétique, les infrastructures, les organismes collecteurs disparurent, les agriculteurs se sont alors consacrés à l'exploitation de leur lopin de terre, avec quelques cultures pour nourrir le bétail, essentiellement des porcs, menant une vie totalement autarcique.
Consacrons-nous quelques instants à l'Ukraine qui doit faire face à un lent déclin démographique ; les terres exploitées dans les kolkhozes, ces grandes fermes de trois ou quatre mille hectares qui employaient quelques centaines de personnes, ont été distribuées à tous les ayants-droits, c'est-à-dire les anciens salariés de l'agriculture et leur famille.
Chacun a reçu ainsi une parcelle de 2 à 5 hectares, parcelle dont la propriété n'est pas cessible, mais dont l'exploitation peut être donnée à bail (verbal bien sûr !).
Le pays est aujourd'hui composé de 5 millions de fermes, dont
75% des productions sont animales, essentiellement vivrières. Parallèlement à cela, de grandes exploitations voient le jour :
50 000 peuvent être qualifiées d'entreprises et 8 000 exploitent plus de 1 000 hectares. Quelques dizaines d'agroholdings constituent l'essentiel des exportations (les 140 plus grandes assurent 28 millions de tonnes de production sur 50, et le «Top 14» 10 millions de tonnes !)
L'Ukraine, au même titre que la Russie, exporte du tournesol, de l'orge et du colza alors que le Kazakhstan est le 1er exportateur de farines.
Le choc des mondes
et des cultures
La logistique connaît une évolution extrêmement rapide et contribue grandement au développement du marché de la Mer Noire ; il est passé de quelques millions de tonnes en 2001 à 35 millions en 2010 et 30 à 70 millions de tonnes convergent d'Ukraine, 10 à 30 de Russie et quelques millions du Kazakhstan.
La Mer Noire constitue aujourd'hui une source de commerce qu'on ne peut pas ignorer, avec une forte capacité à produire de la marge ; de gros investisseurs l'ont compris, soucieux d'y être avant leurs concurrents, tel Lactalis ou Pepsi Cola (qui est sur place le premier fournisseur de boissons!)
Les grandes entreprises de l'agro alimentaire mondial sont présentes.
Pour compléter ce discours panégyrique, des agriculteurs français, installés depuis plusieurs années en Ukraine, nous ont communiqué leurs chiffres (ce sont ceux de 2009) ; ils exploitent 700 ha en France et 2 700 ha en Ukraine.
Bien sûr une telle description peut susciter des vocations, d'autres l'ont déjà fait avec, il est vrai, plus ou moins de bonheur. On considère aujourd'hui que sur 10 installations françaises en Ukraine, une fonctionne vraiment très bien !
Alors pourquoi, compte-tenu d'un tel potentiel, autant de «déchets» ?
Nous sommes dans un autre pays, presque un autre monde, avec une culture, un mode de vie très différents, avec une population agricole qui, depuis des dizaines d'années, lutte pour sa survie. Un certain nombre de préalables sont impérativement à connaître : maîtriser la langue, avoir un associé local (ou une personne de toute confiance) rester sur place, arriver rapidement à la taille d'équilibre (environ 3 000 ha), le coût d'investissement est de l'ordre de 1100€/ha et le recours au crédit doit être, raisonnablement, limité à 50%.
Et bien sûr, comme tout investissement, il doit être réfléchi, analysé. Pour ce faire, le Crédit Agricole peut aider, donner des informations. La présence sur place d'une banque du groupe constitue un atout dont il convient de saisir l'opportunité.