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Journée “méthanisation agricole” du 18 février

Matière (s) à réflexion

L’Ademe a organisé le 18 février dernier une réunion d’information destinée à faire le point sur les différentes techniques intéressant le monde agricole. Nourrie d’exemples concrets, la réunion a donné lieu à de nombreux échanges.
Par Anne-Marie Klein
Matière (s) à réflexion
L’installation de la Grande Panse, à Domecy-sur-Cure est munie d’un broyeur situé avant le méthaniseur.
Le moins que l’on puisse dire c’est que la méthanisation ne laisse pas indifférent le public agricole, ils étaient 130, dont une majorité d’agriculteurs, à s’être inscrits à la journée organisée par l’Ademe et la Chambre régionale d’agriculture, pour faire le point sur les différentes techniques de méthanisation.

[INTER]Des solutions «à façon»[inter]
Pour répondre à la question posée [I]«Comment adapter la méthanisation à la diversité de l’agriculture bourguignonne ?»[i], l’Ademe a choisi la démonstration par l’exemple, avec de nombreux témoignages d’agriculteurs ayant sauté le pas et autant de solutions techniques. Car en matière de projet de méthanisation, rien n’est exactement reproductible, tout est question de moyens, de disponibilité et de nature des matières méthanisables, d’objectifs de production... Les projets ne se ressemblent pas et varient en fonction des contextes et surtout de la nature et de la quantité de matières destinées à finir dans le digesteur.
En Bourgogne, les fumiers représentent ainsi 90% des effluents, mais cette production reste saisonnière en élevage allaitant en particulier et limitée quelques fois en élevage laitier, il faut donc trouver des co-substrats agricoles, qui permettent de sécuriser la production de gaz, en qualité comme en quantité. L’objectif étant de rester aussi autonome que possible, sauf à contractualiser des apports extérieurs quand l’environnement économique le permet et que la configuration des installations rend le projet économiquement viable.
Souvent, l’exploitation va devoir trouver et cultiver ses propres ressources méthanisables : outre le fumier, ce peut être les menues pailles, les Cive, etc. Les fumiers frais, de bovins et dans une moindre mesure de poulaillers s’avèrent avoir un meilleur rendement que les fumiers stockés. Les menues paille ont un pouvoir méthanogène supérieur à la paille seule et les cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) permettent de valoriser et de transformer en atout l’obligation des couverts en intercultures.
Pour optimiser la réaction chimique, la nature et l’équilibre de la biomasse qu’on mettra dans le méthaniseur sont essentiels. Type de matière incorporée, modalités d’incorporation, mélanges et proportions, stades de récolte... Tout doit être pris en compte, les aspects pratiques, techniques et économiques, comme les aspects environnementaux. Les conseillers de l’Ademe et ceux des Chambres d’agricultures ont mis en place un conseil commun qui facilite l’information et les démarches des porteurs de projets.

[INTER]Voie liquide ou voie sèche ?[inter]
Deux grandes techniques de méthanisation se partagent aujourd’hui le marché, la plus ancienne, la voie liquide et la plus récente, la voie sèche, qui offre de nouvelles perspectives pour des unités de taille plus modestes, individuelles et autonomes. La voie sèche permet d’optimiser l’utilisation des fumiers et de la compléter avec les menues pailles, les issues de céréales, les Cive, les eaux blanches et vertes des exploitations laitières ou les [I]«jus»[i] récupérés dans les élevages allaitants assurant l’humidification des matières.

En voie sèche, deux types d’installations ont été présentées : celle de Simon Beck, une petite unité avec quatre caissons à demi-enterrés et bâchés (voir Terres de Bourgogne N°1256 du 7 février) et le projet du Gaec Schneider, dit [I]«en garages»[i] avec quatre caissons couverts en béton. Projet plus coûteux mais de plus grande envergure. Projet 100% agricole qui intègre le fumier des bovins à l’engraissement, les menues pailles, les issues de céréales et quelques apports plus ligneux sous forme de déchets verts.
A techniques différentes, résultats et pratiques différentes également. La voie sèche produit un digestat plus solide, riche en azote organique, dont l’utilisation et les techniques d’épandage se rapprochent de celles du fumier. La voie liquide produit un substrat plus riche en azote, plus minéral, qui nécessitera un matériel d’épandage différent. Cette technique est aussi plus coûteuse du fait du dimensionnement des installations et des consommations d’électricité.

La porte est maintenant ouverte à des projets de plus petite envergure, à la dimension d’une exploitation et de ses besoins. La contrainte économique principale restant la valorisation de la chaleur produite, pierre angulaire de tous les dossiers et condition ultime de faisabilité et de rentabilité de tous les projets.
Avec huit installations en fonctionnement, deux en cours, six dossiers en étude réglementaire et dix-neuf en étude de projet... la Bourgogne reste encore en retrait en termes d’unités de méthanisation agricole, mais le mouvement s’accélère et le Conseil régional a profité de cette journée pour rappeler l’objectif de faire passer de 8% actuellement à 23% en 2020, la part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie. Avec ses nouvelles compétences en tant qu’autorité de gestion des crédits européens, la Région entend donner une nouvelle impulsions aux dossiers de méthanisation. De quoi booster les porteurs de projets actuels et futurs.

Menues pailles : un bon potentiel méthanogène

Le choix de la biomasse qui va être introduite dans le méthaniseur est important car il s’agit de maximiser la production de méthane et donc, d’utiliser des produits riches en hydrates de carbone, en graisses et en protéines. Outre les autres matières méthanisables que l’on utilise de façon traditionnelle, les menues pailles présentent un intérêt du fait de leur potentiel méthanogène, puisqu’il dépasse les 200 Nm3 par tonne. La menue paille provient des cultures moissonnées tels que le blé, l’orge, le colza, l’avoine. Elle se compose de débris de pailles, des enveloppes entourant les grains de céréales, des adventices... Avec la mise en place des projets de méthanisation et la nécessité de sécuriser les approvisionnements en intrants, de plus en plus d’agriculteurs s’interrogent sur les possibilités de récolter ces menues pailles qui représentent la fraction la plus énergétique de la paille. La quantité espérée à l’hectare dépend du potentiel de récolte en grains. En fonction des matériels de récolte et des investissements consentis, on distingue deux voies de récupération des menues pailles : sur l’andain ou séparée.