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Congrès de la FNSEA

Manuel Valls rassure les agriculteurs

Si le charme n’opère plus pour un Stéphane Le Foll copieusement hué, le Premier ministre Manuel Valls s’est plutôt bien sorti de l’exercice difficile d’une intervention devant un parterre d’agriculteurs plutôt remontés. Entre carotte et bâton, il a réaffirmé l’autorité de l’Etat et la priorité accordée à une agriculture compétitive et innovante.
Par Ma signature
Manuel Valls rassure les agriculteurs
La délégation bourguignonne au Congrès de la FNSEA à Saint-Etienne a fait cause commune avec la délégation franc-comtoise, l’objectif étant maintenant «de travailler à ce qui nous rassemble» comme l’a souligné le président de la FRSEA Bourgogne, Francis L
Près de trois ans après son arrivée au ministère de l’Agriculture, Stéphane Le Foll ne fait plus recette et Xavier Beulin ne l’a pas épargné lors de son discours de clôture. En revanche Manuel Valls est mieux «passé» car il a su prendre en compte les inquiétudes professionnelles et aujourd’hui «des avancées sont au rendez-vous» a reconnu  le président de la Fnsea. Sur certains dossiers comme l’apprentissage, la pénibilité, les relations commerciales avec la grande distribution, la restauration collective... la Fnsea et les JA ont bénéficié d’une écoute du Premier ministre pour aplanir certaines difficultés avec les ministres concernés. Il en est ainsi sur les retenues d’eau et l’entretien des cours d’eau et de l’alignement sur le standard européen pour les seuils d’autorisation volaille, notamment. Sans oublier l’innovation avec l’engagement de relancer la recherche, y compris sur les biotechnologies.

Aller dans le sens des standards européens
Manuel Valls partage de fait de nombreuses analyses de la Fnsea. Ainsi quand elle dénonce les contraintes administratives et environnementales auxquelles sont soumis les agriculteurs français, le Premier ministre annonce que «les normes devront aller dans le sens des standards européens» ajoutant qu’il était hors de question d’être «plus royaliste que le roi», notamment en ce qui concerne les études d’impact. Déplorant «le gap (ndlr : écart, décalage) considérable» dans les déclarations des responsables politiques et les réalités sur le terrain «qui remet en cause la crédibilité de la parole publique». Au passage, il s’est engagé à faciliter l’accès des agriculteurs au pré-financement du CICE en mettant en place «un pré-dispositif de garantie publique», notamment pour les jeunes agriculteurs. Quant aux producteurs de fruits et légumes et aux producteurs de porc, ils bénéficieront de mesures exceptionnelles «pour permettre de passer un cap difficile». Il a d’ailleurs promis la tenue d’une table ronde «pour sauver la filière porcine» le 31 mars. Quant à la grande distribution, elle a fait l’objet d’une charge particulière, Manuel Valls considérant qu’elle devait «accepter les hausses de prix» et «qu’il n’était pas question qu’elle touche deux fois», sur le CICE et sur la hausse des prix «au moment où les éleveurs sont en train de crever».

Des moyens pour lutter contre l’isolement
Le Premier ministre s’est aussi engagé à ce que le décalage de calendrier dans les déclarations PAC «ne remette pas en cause ni l’aide, ni le versement des avances» comme prévu à la fin de l’année. Pour l’application de la Directive nitrates «la décision de la Cour de Justice s’impose», mais il a prévu de lancer une expérimentation sur le terrain en vue de préparer une nouvelle négociation. Sur tous les sujets pour lesquels le torchon brûle entre le gouvernement et la profession agricole, le Premier ministre s’est montré plutôt ouvert. L’application du compte pénibilité, l’assouplissement des procédures de création d’un ensemble de méthanisation, les contrôles, la définition des cours d’eau, le dossier de l’irrigation... sont ainsi sur la sellette et devraient trouver rapidement des solutions ou faire l’objet de propositions.
Enfin Manuel Valls est longuement revenu sur le sentiment d’isolement et d’abandon qui frappe les agriculteurs et sur lequel Xavier Beulin l’avait alerté quelques instants auparavant dans son discours. Le Premier ministre a donc insisté sur le développement des maisons de santé et de services publics, sur le déploiement des réseaux numériques et la disparition des zones blanches à l’horizon 2016 et sur la sécurité, saluant au passage l’efficacité du partenariat entre la Gendarmerie et la Fnsea.

Un contrat d’assurance-socle opérationnel en 2016

Principal chantier auquel s’est attelée la profession agricole, la mise au point d’un contrat d’assurance socle devant répondre aux objectifs suivants : « permettre à l’agriculteur sinistré de recommencer son activité, une mutualisation la plus large possible, et une offre de base avec un système optionnel », a rappelé Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA. Le but est d’intéresser le maximum d’agriculteurs, ceux qui ne sont pas encore assurés avec un contrat de base plus accessible, et ceux qui le sont déjà, en proposant des options complémentaires. La grande difficulté dans la mise en place de ce type de contrat restait la définition des coûts de production, mais « on a les ingrédients pour démarrer le dispositif en 2016 », ajoute Joël Limouzin. Du côté des assureurs, les choses évoluent en effet, d’autant plus que les aléas de plus en plus fréquents mettent en péril le système actuel. François Schmitt, président délégué de Groupama, en témoigne : en 2013 son assurance a indemnisé 290 millions d’euros, davantage que les 240 millions de primes encaissées. Groupama travaille ainsi à un contrat de base, 15 à 20 % moins cher pour intéresser un maximum de personnes, avec deux niveaux de couverture optionnels, plus complet et plus onéreux. Le système sera opérationnel pour les récoltes 2016, soit dès l’automne 2015 pour les grandes cultures, à la fin de l’année pour l’arboriculture et la viticulture, et au printemps pour les prairies. Sur ces dernières, le contrat nécessite la mise au point d’un indice pour l’indemnisation, l’évaluation de chaque prairie au cas par cas étant beaucoup trop coûteuse.