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Session de la Chambre régionale d’agriculture

«Maintenir la qualité d’un dialogue exigeant»

La dernière session de la Chambre régionale d’agriculture de Bourgogne a vu pour la première fois la participation du préfet de Région Eric Delzant et la présentation du nouveau DRAAF, Vincent Favrichon. L’occasion pour le préfet de Région de faire le tour des sujets qui fâchent et d’affirmer sa volonté de «maintenir la qualité d’un dialogue exigeant» entre les Pouvoirs publics et la profession agricole.
Par Anne-Marie Klein
«Maintenir la qualité d’un dialogue exigeant»
Vincent Favrichon, nouveau directeur de la Draaf et Éric Delzant, préfet de la Région Bourgogne.
L’un est là depuis juillet et a donc pu prendre la mesure du tissu agricole régional et l’autre vient d’être nommé... Éric Delzant, préfet de la Région Bourgogne et Vincent Favrichon, nouveau patron de la direction régionale de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Forêt (DRAAF), ont assisté à la dernière session de la Chambre régionale d’agriculture de Bourgogne. L’occasion pour l’institution de faire le point de la situation de l’agriculture et de la viticulture régionales, sérieusement malmenées, l’une par une moisson calamiteuse sur fond de réforme de la Pac stressante pour toutes les productions et l’autre, tout aussi sérieusement impactée par trois petites récoltes en quatre campagnes.

Sans perspectives... le moral n’y est pas !
Difficile dans ce contexte hors norme, alors que toutes les filières sont en crise au même moment, de garder le moral et c’est justement sur ce point que le président de la Chambre régionale d’agriculture, Christian Decerle, a insisté : «au-delà des seules questions économiques, c’est bien sa grande détresse que le monde agricole a voulu exprimer par la journée de mobilisation du 5 novembre. Le moral n’y est pas et, sans vouloir assombrir le tableau, les agriculteurs sont en manque de repères, de perspectives, quant à leur fonction, leur rôle... Ce questionnement sans réponse à ce jour nourrit le malaise agricole». Cette crise conjoncturelle s’amplifie d’une évolution structurelle alors que 2014 devait être «une année charnière» entre l’ancienne et la nouvelle PAC. Une année de transition, qui a vu se multiplier les ratages et les maladresses en termes de décisions comme d’arbitrages. «Au 1er janvier 2015» s’ouvre une nouvelle période «extrêmement inconfortable pour les agriculteurs qui désespèrent d’obtenir des réponses à leurs questions». Au terme d’une année de transition, «rien n’est tout-à-fait défini» insiste le président  de la Chambre régionale d’agriculture qui dénonce au passage quelques  «bricolages et une politique de l’à peu près sur certains sujets». Et le sort qui est fait aux finances des Chambres d’agriculture va aussi obliger à revoir certaines actions à la baisse, «c’est une difficulté supplémentaire, alors que nous devons être sur tous les fronts» insiste Christian Decerle.

Une révolution fonctionnelle et culturelle
Sans botter en touche, Jacques Rebillard, représentant François Patriat au nom du Conseil régional, veut conserver «une vision optimiste de la situation», tout en ayant conscience que la nouvelle gestion des fonds européens en général et du Feader en particulier, représente pour la Région comme pour ses partenaires, «une révolution culturelle et fonctionnelle» dans le cadre d’une démarche «très encadrée au plan européen». Pour accompagner ce changement important et améliorer les échanges entre les Pouvoirs publics et l’agriculture, la Région mise sur la participation et la collaboration au sein des comités régionaux. La Région s’oriente aussi vers une gestion plus planifiée sous forme de «grands plans» : plan protéines végétales, plan lait, plan engraissement, plan installation... permettant de concilier développement agricole, attentes sociétales, durabilité des systèmes et performance économique.

Des contrôles limités «à ce qui est nécessaire...»
Pour sa première intervention à la Chambre d’agriculture de Bourgogne, Éric Delzant s’est déclaré «sensible et attentif à la situation». Il s’est voulu rassurant, quant à sa capacité à comprendre certaines détresses, tant «l’inquiétude et parfois la désespérance sont palpables». Mais il a replacé aussi son action et sa responsabilité dans le cadre de celles d’un représentant d’un État dont la situation est elle-même difficile et dont les marges de manœuvre financières sont drastiquement limitées. Toutefois, même dans ce contexte peu favorable, il a rappelé que certaines des revendications émises par la profession agricole avaient soit déjà été satisfaites, soit étaient en passe de l’être, en évoquant au passage les engagements du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll sur la politique de l’installation, l’origine France dans la restauration collective, la gestion des risques et son versant assurantiel...
Et les contrôles ? Point d’actualité particulièrement «chaud» dans la Nièvre, les contrôles («plutôt dans leur version emballage que contenu» comme l’a indiqué Éric Bertrand, président de la Chambre d’agriculture de la Nièvre) ont fait l’objet d’échanges particulièrement nourris. Le préfet de Région a spécifié qu’il avait demandé que «les contrôles soient limités à ce qui est nécessaire» et que serait dressé un état des lieux des pratiques et du suivi des procédures. Un comité sera régulièrement réuni à cette fin en Bourgogne. Ces mesures étant destinées à améliorer le niveau d’acceptabilité des contrôles, Éric Delzant est resté ferme sur le fond : «la position de refus des contrôles est intenable, car ces contrôles sont liés au versement des aides Pac». Ceci étant réaffirmé, il s’agit maintenant de «prendre le temps de la discussion». Concernant l’extension des zones vulnérables, dans le cadre de la directive nitrates, le préfet a reconnu la complexité actuelle de la situation et indiqué que «le travail en cours devrait permettre une réduction sensible du zonage», étant entendu que «tout sera mis en œuvre pour réduire les investissements» sur ce point précis, comme sur d’autres sujets de contestation.
En conclusion, Éric Delzant a insisté sur l’importance «dans cette conjoncture difficile, de maintenir la qualité d’un dialogue exigeant et de poursuivre la discussion sur tous les sujets qui le méritent et qui vont dans le sens du développement de la région».