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Évènement

« Les sols vont devoir tamponner les excès et les déficits »

La Chambre d'agriculture de Côte-d'Or, accompagnée de plusieurs partenaires, organise un grand colloque sur la fertilité des sols, le 16 décembre à Is-sur-Tille. L'agroclimatologue Serge Zaka y interviendra. Dans l'interview qu'il nous a accordée, il revient sur la place que les sols vont devoir tenir face au changement climatique.

Par Propos recueillis par Berty Robert
« Les sols vont devoir tamponner les excès et les déficits »
Serge Zaka sera l'invité du colloque Avertisol du 16 décembre à Is-sur-Tille, en Côte-d'Or.

Le 16 décembre, vous allez intervenir sur l'impact du changement climatique, notamment à travers le rapport entre sols et eau. Quels points allez-vous aborder ?

Serge Zaka : « Je vais me baser sur une observation très locale de l'évolution des précipitations sur toute l'année et comparer cela à des moyennes nationales. Les projections réalisées en France montrent que l'on aura des hivers plus humides et des étés plus secs ce qui signifie que le cycle de l'eau dans le département va s'accentuer, dans les deux sens. Quand on pense au changement climatique, on voit tout de suite la sécheresse mais on oublie souvent les excès d'eau, qui auront un impact très important pour les cultures d'hiver (colza, orge, blé). À l’inverse, on aura des déficits d'eau pour les cultures d'été (tournesol, maïs…) il faut préparer notre agriculture à ces nouveaux cycles de l'eau. L'un des principaux éléments de cette préparation, c'est le sol. Il en existe d'autres, évidemment : la génétique, l'irrigation, la gestion des paysages, de l'écoulement de l'eau… mais le sol est vraiment central ».

La Côte-d'Or devrait-elle être particulièrement impactée par ces évolutions climatiques ?

S.Z. : « La France elle-même est plus impactée que la moyenne continentale, en raison d'un déplacement des dépressions et des anticyclones présents sur l'Europe. La Bourgogne se retrouve au milieu de ces évolutions avec, en été, des assèchements, des températures en hausse et plus d'évaporation. En revanche, en hiver, elle sera toujours soumise à une accentuation des pluies car l'air étant plus chaud, il contient plus de vapeur d'eau. En plus de cela, les mers qui nous entourent étant plus chaudes, dès qu'une dépression va passer, elle apportera plus de pluie. Par rapport à d'autres zones en France, la Côte-d'Or sera surtout exposée aux excès d'eau en hiver et, en été, le déficit sera aussi plus marqué. Dans ce contexte le sol va avoir un rôle de tampon, autant face aux excès que face aux déficits ».

Quels leviers les agriculteurs vont-ils devoir actionner, dans l'utilisation qu'ils font de leurs sols, pour tirer le meilleur parti de ces évolutions ?

S.Z. : « Il faudra déjà changer de philosophie. Le sol n'est plus juste un support pour le végétal, il devient une source de fertilité et d'eau. On note des retours vers des pratiques moins invasives (semis sous couverts, non-labour ou réduction de labour) qui permettent de texturer le sol afin qu'il absorbe mieux l'eau. En revanche, ça ne modifiera pas la teneur en carbone. Pour augmenter le taux de carbone et de matière organique, il faut coupler des pratiques simplifiées sur le sol avec du couvert végétal. Ainsi, on augmente la capacité de rétention en eau des sols. Avoir un couvert végétal, c'est aussi garantir une baisse de l'évapotranspiration. En parallèle, il faudra adapter les rotations, en les allongeant et en intégrant notamment des légumineuses. Au-delà du changement de philosophie, cela réclame aussi d'autres matériels, d'autres formations, d'autres organisations, d'autres technicités et avoir conscience que cette agriculture n'est pas généralisable à toutes les parcelles. On ne peut pas fonctionner selon des schémas uniformes. Il faudra des essais, il y aura des échecs. La question de fond est : qui va financer ces incertitudes ? Je considère qu'en l'espèce, les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer parce qu'un agriculteur qui prend le risque économique de changer ses pratiques devra avoir une compensation des éventuelles pertes de rendement qui pourront se produire durant cette transition. Sinon, il y aura un frein à l'acceptabilité de ces nouvelles pratiques. Il faut financer ces approches différentes du travail des sols qui permettront d'avoir un bénéfice à long terme. Le travail que fait la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or est de ce point de vue très intéressant : il permet de chiffrer, de manière concrète et factuelle les effets de ces changements de pratiques ».

Ce colloque va se tenir mardi 16 décembre, de 9 h 30 à 17 heures à Is-sur-Tille. Il est organisé par la Chambre d'agriculture de Côte-d'Or avec ses partenaires Chambre régionale, Arvalis, Terres Inovia, Agro Campus Dijon, l'État, le Département de Côte-d'Or, l'Ademe, le Crédit Agricole Champagne-Bourgogne, le ministère de l'Agriculture.
Pour assister au colloque : https://my.weezevent.com/colloque-avertisol