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Désertification des campagnes

Les sénateurs veulent sauver les territoires ruraux

La délégation à la prospective du Sénat vient de rendre son rapport sur l'€™avenir des campagnes. Si rien n'€™est fait rapidement, l'€™avenir des campagnes françaises s'€™annonce très sombre pour les vingt prochaines années. Pourtant, des solutions existent, et les sénateurs font plusieurs propositions pour éviter l'€™asphyxie des territoires.
Par Frédéric Duclos
Les sénateurs veulent sauver les territoires ruraux
Emploi, accès aux soins, services publics, déssertes routières, réseaux... selon l'étude du Sénat, si rien n'est fait d'ici 20 ans pour inverser la tendance, l'avenir de nos campagne pourrait être bien sombre. (Photo: Réussir)
Renée Nicoux (PS, Creuse) et Gérard Bailly (UMP, Jura) ont remis leur rapport sur l'€™avenir des campagnes françaises. Un avenir [I]«singulièrement assombri par la crise économique et budgétaire actuelle»[i] annoncent d'€™entrée les deux sénateurs co-auteurs du rapport de la délégation à la prospective du Sénat. Le constat est le suivant : les zones rurales (qui représentent près de 80% du territoire national et plus de 20 % de la population) ne sont pas toutes à égalité en terme de dynamisme démographique et économique. En effet, si certains territoires restent très attractifs, notamment ceux situés à proximité des grandes villes ou du littoral, d'€™autres continuent de perdre des habitants ou accueillent surtout des populations fragiles. [I]«Si l'€™on ne fait rien, ces quelques espaces de relégation gagneront du terrain»[i] souligne le rapport. L'€™enjeu est donc de taille, inverser la tendance dans une perspective d'€™équilibre entre les territoires.

[INTER]Le scénario «noir»…...[inter]
Dans leur étude, Renée Nicoux et Gérard Bailly dénoncent clairement un [I]«scénario inacceptable et injuste»[i] avec un risque de [I]«campagnes sacrifiées»[i] si la tendance actuelle ne s'€™inverse pas. A l'€™exception de quelques campagnes sanctuarisées, le développement à long terme des territoires ruraux est gravement hypothéqué par une baisse continue de leur attractivité résidentielle, touristique, économique et de leurs qualités environnementales.
Les campagnes sont hétérogènes. Celles proches des grandes métropoles et des littoraux sont attractives et recherchées par les urbains. Les autres, au contraire, sont délaissées. Ces campagnes risquent la désertification en continuant à perdre des emplois, des services publics et de santé et même des retraités. La révision générale des politiques publiques (RGPP) n'€™a pas arrangé le sort de ces territoires avec la fermeture de services publics (hôpitaux, tribunaux d'€™instance).
Par ailleurs, les aides européennes s'€™attachent plus à encourager la compétitivité des territoires plutôt que leur rattrapage. Enfin, les campagnes les plus isolées sont contraintes de dépenser davantage que les zones urbaines pour obtenir les mêmes services. Et le rapport parlementaire de citer comme exemple celui de l'€™accès aux technologies de communication. [I]«Alors que dans les métropoles, ce sont les opérateurs privés qui prennent en charge l'€™installation du haut débit, dans les campagnes -déjà appauvries- ce sont les intercommunalités»[i], dénonce Gérard Bailly, sénateur du Jura et agriculteur.

[INTER]...et le scénario souhaitable[inter]
Face à ce sombre tableau, que faire ? Le rapport des sénateurs propose plusieurs solutions... En terme financier [I]«nous ne demandons pas plus de moyens que les villes, mais des moyens identiques»[i], plaide Renée Nicoux, sénatrice de la Creuse. [I]«Néanmoins, des territoires exigent davantage d'€™efforts financiers pour contenir les handicaps géographiques»[i], précise-t-elle. Ainsi, pour la sénatrice de
la Creuse, l'€™une des solutions résiderait dans des dotations plus équilibrées entre les villes et les campagnes.
Par ailleurs, les deux élus soulignent la nécessité d'€™une plus grande mutualisation et coordination entre territoires en créant, par
exemple, des intercommunalités pouvant regrouper des zones rurales et des zones urbaines. Selon l'€™étude, «concentrer les moyens dans les zones, souvent urbaines, où le retour sur investissement est garanti à court terme, serait une erreur».

[INTER]Une priorité nationale[inter]
Pour les deux élus, [I]«Les acteurs des espaces ruraux, qui entretiennent un rapport affectif avec leur territoire, sont innovants et combatifs. En dépit des handicaps, ils affinent leur capacité de projection, se saisissent de nouvelles opportunités et inventent de nouveaux leviers de développement. En proie à une métropolisation triomphante, la France aura bientôt besoin de ces leviers pour sortir de l'€™ornière économique et de la dépression où elle s'€™enferre. Notre croissance future est en gestation dans le creuset de nos campagnes, qu'€™il faut protéger et accompagner»[i]. Le rapport des sénateurs préconise donc que l'€™aménagement du territoire redevienne une priorité nationale [I]«pour sauver des espaces ruraux qui ne sont pas une charge, mais un espoir pour la France»[i]. Une orientation qui ne peut se faire sans une véritable volonté politique. C'€™est d'€™ailleurs en ce sens que les sénateurs ne manqueront pas de faire valoir leurs propositions auprès de Cécile Duflot chargée de l'€™élaboration du projet de loi sur l'€™égalité des territoires.

Le rapport est disponible en ligne sur le site du Sénat (cliquez sur le lien ci-dessous).

Alain Houpert, sénateur de Côte d'€™Or

Pour l'€™élu bourguignon, qui s'€™inscrit comme fervent défenseur du monde rural, «il est temps d'€™arrêter d'€™opposer la ville à la campagne». C'€™est pourquoi il avoue volontiers «monter au créneau à chaque fois que les territoires ruraux peuvent être menacés par une nouvelle loi», comme c'€™est le cas en ce moment avec le projet de réforme de la carte électorale. Le sénateur de Côte d'€™Or constate une augmentation de population dans certaines zones rurales, ce que confirment des statistiques de l'€™Insee qui font état d'€™un recul du nombre d'€™habitants dans certaines grandes villes. Un "€œretour"€ qui se fait soit par défaut ou opportunité financière, notamment à cause des prix immobiliers en zones urbaines, mais aussi par choix. «La campagne est aujourd'€™hui encore le creuset de l'€™identité des citoyens» souligne Alain Houpert. «C'€™est un patrimoine inscrit en chacun de nous. Et ce patrimoine n'€™est pas un boulet, c'€™est un véritable atout pour un territoire». A condition toutefois que le monde rural ne reste pas «soumis à la double peine». En effet, les coûts de l'€™énergie, les problèmes de transport, le manque de services... sont «une remise en cause perpétuelle des choix». Pour le sénateur, il est important de remettre l'€™humain au centre du débat. C'€™est pourquoi il plaide pour une plus grande solidarité villes/campagne. «Le monde rural n'€™est pas seul. Il a besoin des villes pour vivre, et réciproquement». Pour Alain Houpert «Il est temps que les élus urbains et ruraux travaillent ensemble et cesser de mettre des remparts idéologiques autour des villes afin d'€™inscrire les territoires dans la continuité».