Vincent Chatellier (Inra)
Les raisons d’y croire
Directeur d’un département économique de l’Inra, Vincent Chatellier intervient régulièrement sur l’agriculture. Lors de l’assemblée générale de Feder il a tenu un discours résolument optimiste. L’avenir peut être souriant, prédit l’économiste, à condition d’abandonner la posture actuelle du résistant négatif pour celle de l’entrepreneur constructif et positif.
Ici comme ailleurs «l’heure doit être à l’union pour fédérer les opinions et surtout ne pas opposer les structures entre elles». En introduisant son intervention sur «le secteur bovin/ovin français face à la Pac et à l’internationalisat des marchés», Vincent Chatellier qui connaît parfaitement son sujet a pris la posture du parler vrai. Rêvant «qu’en France on soit enfin capable de transformer des réflexions en actions» il a appelé à trouver «des diagnostics à partager» sans chapelles ni exclusive. La France reste le premier pays agricole d’Europe, mais c’est un colosse aux pieds d’argile. «La production stagne en volume et l’augmentation de la valeur est un trompe-l’oeil». Qui n’avance pas recule c’est bien connu et le précipice n’est jamais loin. Entre stagnation de la production et augmentation des charges, «la France cale» et pour la viande cela va de mal en pis «depuis 1998 : baisse de la production, décroissance en bovins», avec son corollaire «la difficulté à dégager de la valeur ajoutée dans un contexte de décroissance».
La France est désormais le troisième exportateur en Europe derrière l’Allemagne et les Pays-Bas. Ce qui maintient notre balance commerciale agricolo-alimentaire, ce sont les vins et spiritueux, les céréales et le lait. «La viande est déficitaire de 1,3 M€ et cela continue de se dégrader». L’enjeu est de taille, face à une concurrence intra communautaire effrénée où «certains ont compris plus vite que nous la nécessité de développer des stratégies de compétitivité environnementale», comme l’Allemagne par exemple. «Dans les 30 ans à venir, seuls les pays extérieurs à l’Europe vont proposer des marchés en augmentation et la compétitivité sera au coeur de la croissance de ces marché ».
Pac : une logique de désengagement
Et la Pac dans tout cela ? Un débat incessant et un mouvement de réformes en continue (tous les 7 ans) qui révèle pour qui veut bien ouvrir les yeux, que «l’Europe sait exactement où elle va». De réformes en réformes la logique est celle du désengagement des politiques publiques (sauf pour l’élevage), de la baisse des prix et des aides directes, des exigences environnementales croissantes. Vincent Chatellier rappelle aussi «que l’excès d’aide découplée peut nuire à l’efficacité économique alors que l’argent public doit être mis au service de l’efficacité». Il avertit de ne pas trop en attendre d’une Pac qui n’a ni la vocation ni la capacité à tout résoudre.
Export bovins : fi des complexes !
D’ici 10 ans il faudra que la production bovine augmente de 13% pour satisfaire la faim de viande dans le monde. UE est la 3ème zone de production de viande bovine après les USA et le Brésil. Face à aux grands exportateurs historiques et aux outsiders comme l’Inde, l’Europe n’exporte plus rien. «Ce qui signife qu’elle n’a rien à perdre et tout à gagner, sans complexe...» Même si et c’est une évidence, «ce n’est pas l’Europe qui va faire tourner le commerce mondiale de la viande bovine» il ne faut pas se dispenser «de pousser des portes, certaines finiront bien par s’ouvrir. La rentabilité ne sera pas immédiate, mais se vérifiera dans la durée». Actuellement l’essentiel de nos clients à l’export sont des pays à risque, nous en prenons aussi..
Le secteur bovin en France a ses faiblesses : «sa dépendance aux aides directes, la faible rentabilité des capitaux investis, un secteur industriel à faible rentabilité, l’export des bovins vivants qui limite les capacités d’abattage...» Mais les atouts sont là aussi : attachement à la viande bovine des consommateurs, une filière allaitante à part entière, des surfaces fourragères importantes, la maîtrise technique, le savoir-faire, un fort potentiel de développement de l’engraissement... Alors, l’intervenant «rêve d’un vrai plan de relance de l’élevage allaitant».
Des atouts indéniables
Dans ce contexte déstabilisant, Vincent Chatellier énonce les raisons de croire en l’avenir : la demande mondiale de biens alimentaires va croissante, les contributions de l’agriculture se diversifient, les normes, la traçabilité et la segmentation jouent un rôle important en matière de différenciation, la contractualisation se renforce et les entreprises se concentrent, la France a la capacité de dynamiser ses exportations grâce à sa notoriété, la qualité de sa production et se technologie.
Reste à se retrousser les manches car «un producteur est maître chez lui et maître de son destin. Quand cela ne marche pas il ne faut pas baisser les bras, mais au contraire y travailler et y croire. C’est dès maintenant qu’il faut préparer les termes de la Pac 2020 en gardant à l’esprit que la technique est le moteur de la compétitivité. Et quoi qu’on en pense il faut absolument arriver à concilier productivité et performance environnementale». Les modes de financement actuels montrent leurs limites, il faut donc «développer de nouveaux modes de financement pour la reprise des structures». Les jeunes n’auront pas la tâche facile, la profession va devoir trouver et partager une nouvelle feuille de route pour les jeunes générations. Les candidats qui auront les meilleures chances de réussir seront «des gestionnaires, des malins et des courageux».
La France est désormais le troisième exportateur en Europe derrière l’Allemagne et les Pays-Bas. Ce qui maintient notre balance commerciale agricolo-alimentaire, ce sont les vins et spiritueux, les céréales et le lait. «La viande est déficitaire de 1,3 M€ et cela continue de se dégrader». L’enjeu est de taille, face à une concurrence intra communautaire effrénée où «certains ont compris plus vite que nous la nécessité de développer des stratégies de compétitivité environnementale», comme l’Allemagne par exemple. «Dans les 30 ans à venir, seuls les pays extérieurs à l’Europe vont proposer des marchés en augmentation et la compétitivité sera au coeur de la croissance de ces marché ».
Pac : une logique de désengagement
Et la Pac dans tout cela ? Un débat incessant et un mouvement de réformes en continue (tous les 7 ans) qui révèle pour qui veut bien ouvrir les yeux, que «l’Europe sait exactement où elle va». De réformes en réformes la logique est celle du désengagement des politiques publiques (sauf pour l’élevage), de la baisse des prix et des aides directes, des exigences environnementales croissantes. Vincent Chatellier rappelle aussi «que l’excès d’aide découplée peut nuire à l’efficacité économique alors que l’argent public doit être mis au service de l’efficacité». Il avertit de ne pas trop en attendre d’une Pac qui n’a ni la vocation ni la capacité à tout résoudre.
Export bovins : fi des complexes !
D’ici 10 ans il faudra que la production bovine augmente de 13% pour satisfaire la faim de viande dans le monde. UE est la 3ème zone de production de viande bovine après les USA et le Brésil. Face à aux grands exportateurs historiques et aux outsiders comme l’Inde, l’Europe n’exporte plus rien. «Ce qui signife qu’elle n’a rien à perdre et tout à gagner, sans complexe...» Même si et c’est une évidence, «ce n’est pas l’Europe qui va faire tourner le commerce mondiale de la viande bovine» il ne faut pas se dispenser «de pousser des portes, certaines finiront bien par s’ouvrir. La rentabilité ne sera pas immédiate, mais se vérifiera dans la durée». Actuellement l’essentiel de nos clients à l’export sont des pays à risque, nous en prenons aussi..
Le secteur bovin en France a ses faiblesses : «sa dépendance aux aides directes, la faible rentabilité des capitaux investis, un secteur industriel à faible rentabilité, l’export des bovins vivants qui limite les capacités d’abattage...» Mais les atouts sont là aussi : attachement à la viande bovine des consommateurs, une filière allaitante à part entière, des surfaces fourragères importantes, la maîtrise technique, le savoir-faire, un fort potentiel de développement de l’engraissement... Alors, l’intervenant «rêve d’un vrai plan de relance de l’élevage allaitant».
Des atouts indéniables
Dans ce contexte déstabilisant, Vincent Chatellier énonce les raisons de croire en l’avenir : la demande mondiale de biens alimentaires va croissante, les contributions de l’agriculture se diversifient, les normes, la traçabilité et la segmentation jouent un rôle important en matière de différenciation, la contractualisation se renforce et les entreprises se concentrent, la France a la capacité de dynamiser ses exportations grâce à sa notoriété, la qualité de sa production et se technologie.
Reste à se retrousser les manches car «un producteur est maître chez lui et maître de son destin. Quand cela ne marche pas il ne faut pas baisser les bras, mais au contraire y travailler et y croire. C’est dès maintenant qu’il faut préparer les termes de la Pac 2020 en gardant à l’esprit que la technique est le moteur de la compétitivité. Et quoi qu’on en pense il faut absolument arriver à concilier productivité et performance environnementale». Les modes de financement actuels montrent leurs limites, il faut donc «développer de nouveaux modes de financement pour la reprise des structures». Les jeunes n’auront pas la tâche facile, la profession va devoir trouver et partager une nouvelle feuille de route pour les jeunes générations. Les candidats qui auront les meilleures chances de réussir seront «des gestionnaires, des malins et des courageux».