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Dégâts de gibier

«Les populations ne baisseront pas avec un plan de chasse !»

Un responsable de la FNSEA a rencontré le directeur régional de l'agriculture et de la forêt. Il a tenté de le persuader de mettre fin au plan de chasse dans l'Yonne et en Côte d'Or. Peine perdue car le Draf souhaite «connaître le nombre de sangliers prélevés».
Par Aurélien Genest
«Les populations ne baisseront pas avec un plan de chasse !»
Thierry Besançon (FRSEA), Dominique Guyon (FDSEA 21) et Michel Bidault (exploitant), réunis dans le canton d'Arnay-le-Duc.
Cette phrase servant de titre est celle prononcée par Jean-Luc Poulain, président de la commission dégâts de gibier à la FNSEA, en direction de Jean-Roch Gaillet, directeur régional de l'agriculture et de la forêt. Les deux personnes étaient invitées par la FRSEA Bourgogne la semaine dernière, tout comme les quatre FDSEA de la région. Le rendez-vous était donné à Magnien, petit village dans le canton d'Arnay-le-Duc en Côte d'Or, chez un éleveur allaitant Michel Bidault. [I]«Il était important de faire une synthèse sur la problématique des dégâts de gibiers en Bourgogne»[i] annonçait Thierry Besançon, responsable de la commission dégâts de gibier à la FRSEA, [I]«nous avons invité Jean-Luc Poulain pour qu'il appuie nos demandes au niveau régional et national». «La situation en Côte d'Or et dans l'Yonne ne peut pas durer. Dans la Nièvre et en Saône-et-Loire, ce n'est pas encore à ce niveau là, mais ils ont peur que ça devienne la même chose chez eux. Nous sommes partis de leur niveau !».[i]

[INTER]Bourgogne :«un problème national»[inter]
Jean-Luc Poulain possède une expérience de sept années dans le dossier national des dégâts de gibier. Comment se situe la Bourgogne par rapport aux autres régions? [I]«Votre région est un problème au niveau national»[i] relève d'emblée Jean-Luc Poulain, [I]«elle possède deux départements phares que sont la Côte d'Or et l'Yonne. Dans ces deux derniers, on atteint des sommets de populations insupportables. Il n'y a pas de souci, la Côte d'Or est numéro 1. L'Yonne est dans les 4-5 premiers»[i]. Le représentant de la FNSEA propose trois solutions pour abaisser les populations : [I]«Tout d'abord, il faut supprimer le plan de chasse. Partout, où il y en a un, il y a augmentation des populations. On le sait, c'est vérifié dans 100% des cas. Ensuite, il faut éviter le tir sélectif. Si l'on protège le cheptel reproducteur, forcément, la population de sanglier augmente. Enfin, il faut limiter l'agrainage et le limiter à certaines périodes. Oui à l'agrainage intelligent pour protéger une culture. Non à un agrainage toute l'année !»[i] Jean-Luc Poulain se justifie : [I]«ces mesures, c'est l'Office national de la chasse et de la faune sauvage qui le dit, ce n'est pas moi».[i]

[INTER]Rencontre avec le Draf[inter]
La visite de la parcelle prend fin et la journée se poursuit avec un échange avec le directeur régional de l'agriculture et de la forêt.[I]«Celui-ci est très influent auprès du préfet de région et il est dans ses cordes de mettre en place ces mesures qui iraient dans le bon sens»[i] rappelle Jean-Luc Poulain. La discussion se cantonne à la suppression du plan de chasse qui semble la mesure la plus [I]«importante et la urgente à mettre en place»[i] (sur l'agrainage, on attend les retombées du récent arrêté préfectoral en Côte d'Or, sur l'arrêt du tir sélectif, il parait difficile de mettre en place des contrôles). D'emblée, Jean-Roch Gaillet s'oppose à la suppression du plan de chasse, [I]«Je souhaite connaître ce qui se tue dans le département»[i] signale le Draf. Jean-Luc Poulain s'en étonne et répond [I]«qu'aucun département n'a réussi à faire baisser ses populations de gibiers tout en ayant gardé un plan de chasse. Vous seriez bien le premier à y parvenir!»[i] Le Draf ne lâche pas. Les discussions continuent. [I]«Les populations ne baisseront pas avec un plan de chasse» insiste Jean-Luc Poulain. Les agriculteurs proposent alors une suppression partielle du plan de chasse dans certains cantons. Jean-Roch Gaillet est moins catégorique mais ne bronche toujours pas. La rencontre s'achève et les membres de la FRSEA et des FDSEA disent [I]«ne pas comprendre». «On ne comprend pas, que faut-il faire?»[i] se demande l'un d'eux. Une nouvelle rencontre est prévue au printemps pour refaire le point. La venue de certains noms [I]«du national»[i] est alors annoncée par Jean-Luc Poulain pour [I]«appuyer»[i] encore plus fort les demandes des agriculteurs.


Indemnisations "€œprairie"€œ à revoir

Cette visite dans l'Auxois a été l'occasion d'évoquer les indemnisations des dégâts de gibier dans les prairies, considérées comme «dépassées». «C'est complètement aberrant» signalait Thierry Besançon, «on arrive à des indemnisations très en dessous des préjudices subis, avec un nombre important de dégâts indirects non pris en compte». Jean-Luc Poulain se prononce sur le problème : «Quand la loi a été faite, il y a avait peu de dégâts dans les prairies. C'était surtout dans les grandes cultures. Aujourd'hui, il faut revoir la loi. Il y a des dégâts de tous les types : des problèmes sanitaires soupçonnés, des remises en état très difficiles sur des mauvaises terres, des dégâts multiples sur le matériel... Il faut changer le mode d'indemnités sur prairies». Thierry Besançon souhaite que disparaisse l'abattement sur les indemnisations : «Il n'a plus lieu d'être, les populations de gibier ne sont plus dans la normale, cet abattement doit donc disparaître». La solution à tous ces problèmes ? «Une pression auprès des parlementaires» répond Jean-Luc Poulain, «les députés et les sénateurs, ce sont eux qui votent les lois».