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En assemblée générale à Châtillon-en-Bazois

Les JA de la Nièvre s’interrogent sur l’avenir de l’élevage... et sur le leur

L’AG du syndicat agricole jeune a eu lieu vendredi 25 avril à Châtillon-en-Bazois. Entre les interrogations économiques, politiques et réglementaires, et les considérations plus affectives et philosophiques sur leur métier, les jeunes ont tendu l’oreille et fait part de leurs légitimes questionnements.
Par Emmanuel Coulombeix
Les JA de la Nièvre s’interrogent sur l’avenir de l’élevage... et sur le leur
Le bureau départemental de JA58 était à la tribune pour présenter les rapports d’activités et d’orientation, autour du président Alexandre Lorré (en blanc au centre)
Fabien Champion, technicien de l’Institut de l’élevage, et Jean-Louis Bridier, conseiller élevage de la Chambre d’agriculture, ont introduit les débats. Avant de prendre place à la tribune, aux côtés des autres intervenants, l’un et l’autre ont tour-à-tour évoqué les perspectives de l’élevage et son état des lieux dans la Nièvre. En dépit de la végétalisation croissante des terres, des effets de la pyramide des âges sur le nombre d’actifs et des incertitudes quant à la réforme de la PAC, Fabien Champion a estimé que le premier enjeu consistait [I]«à maintenir le potentiel de production»[i]. Partant du constat que [I]«ce n’est pas joyeux»[i] et relevant une baisse de 5% à 15% des différents types de viande (porc, volaille, bovins) depuis quinze ans, le technicien du Service économie et filières de l’Institut a aussi souligné, de façon plus optimiste, une hausse globale du prix de la viande charolaise depuis 3 ans, de l’ordre de 5%, ainsi qu’une tendance à la capitalisation. Il a aussi noté que ce sont les 41% des éleveurs de plus de 50 ans qui détiennent les vaches, dont 13% sans successeur connu. Pour lui, il s’agit d’une perspective intéressante pour les jeunes qui bénéficieront peut-être de la transmission, même si, a-t-il observé: [I]«le capital nécessaire est de plus en plus important, la rentabilité de plus en plus faible et la charge de travail de plus en plus importante»[i]. Quant à la nouvelle PAC, il considère que [I]«les grands perdants de la réforme seront les céréaliers, les grands gagnants, les ovins lait, et les systèmes intermédiaires des ovins et des bovins allaitants compteront leurs lots de gagnants et de perdants»[i]. S’agissant de cette dernière catégorie, il prévoit aussi que [I]«ceux qui perdront le plus sont ceux qui ont le plus de vaches»[i], anticipant sur le fait que [I]«la PAC, ce n’est pas ce qui va donner un nouveau souffle»[i]. Parlant de [I]«grand espoir»[i] concernant l’évolution des prix, dont il trouve la tendance [I]«plus intéressante»[i], Fabien Champion parie que [I]«après 2013, le prix des viandes resteront orientés à la hausse, notamment en volailles et en viande ovine, à l’inverse de celui de l’alimentation animale»[i]. Ce qui l’amène a délivrer une note positive sur un deuxième enjeu: [I]«valoriser la production»[i]. Il nuance toutefois son propos: [I]«coté offre, la viande blanche va être de plus en plus demandée quand la viande rouge ne va pas suivre la demande, du fait de retours sur investissements plus tardifs»[i] et [I]«côté demande, on va assister à un allègement des marchés (ovin notamment) et à une hausse des prix mondiaux, du fait de l’Asie qui bouleverse les équilibres et absorbe la concurrence de la Nouvelle-Zélande. Quant aux débouchés de la viande en France et en Europe, ils continueront à baisser, ce qui implique de trouver pour les producteurs des débouchés plus qualitatifs»[i]. Le technicien cite le bassin méditerrannéen qui offre, selon lui, de [I]«réelles opportunités, par notre qualité sanitaire, notre qualité gustative et notre adaptabilité aux mesures de régulation de marché de ces pays: nous sommes compétitifs sur ces marchés segmentés!»[i] Jean-Louis Bridier, pour sa part, a affiné les tendances de production dans le département. [I]«Entre 2004 et 2013, nous avons perdu 20% des élevages (-500), suivant en cela la tendance nationale mais, en revanche, le nombre de vêlages par exploitation a grimpé, passant en moyenne de 56 à 74 aujourd’hui»[i]. Le conseiller de la Chambre d’agriculture, qui note une stabilisation des vêlages autour de 144000 en 2013, a également soulevé une tendance qui se confirme: [I]«il y a un rajeunissement des vêlages, c’est-à-dire plus précoces, en janvier et février, plutôt qu’en mars quand nous sommes plus proches de l’herbe»[i].

[INTER]Engraissement, diversification, etc[inter]
A la tribune, avaient pris place des intervenants supplémentaires, venus témoigner de l’avenir de l’élevage. François d’Alteroche, rédacteur-en-chef de Réussir Bovins viande, Emilien Piroux, administrateur des JA au plan national, Louis Accary, responsable avicole de la FRSEA Bourgogne, et M. Recoux, éleveur porcin adhérent du groupement CIRHYO, ont fait partager leurs regards sur la valorisation économique de l’élevage, à côté de Fabien Champion et de Jean-Louis Bridier. A la question de l’opportunité de l’engraissement, ce dernier a répondu que [I]«oui, pourquoi pas, mais parce que l’exploitation fonctionne déjà bien»[i]. [I]«Aller chercher quelques euros d’EBE peut s’envisager quand on est polyculteur-éleveur et qu’on dispose d’une source énergétique»[i] a réagi Éric Bertrand, le président de la Chambre, présent dans l’assistance. Quant aux marges de progrès potentiel, [I]«qui doivent être individuelles»[i], par exemple dans la [I]«maîtrise de la reproduction ou des rations»[i], elles laissent entrevoir quelques améliorations, selon Jean-Louis Bridier. Et la diversification, a demandé Raphaël Sotty à Louis Accary, l’éleveur de volailles? Si les viandes blanches ont le vent en poupe, d’un point de vue productif, [I]«il faut se demander comment la filière avicole s’organise, est-ce que la production avicole est compatible avec mon élevage allaitant»[i]. Les effectifs de volailles ont ainsi augmenté de 3,5% en Bourgogne entre 2008 et 2013 car [I]«il y a des grosses entreprises régionales qui ont besoin de production et qu’il y a un appel d’air assez fort... Les circuits courts, on en fait partie. Et nous avons les céréales, les éleveurs, les abattoirs»[i]. De bon augure quand on sait que [I]«un poulet sur deux consommé en France est importé. C’est un peu fort. Nous avons un vrai travail, alors que l’Allemagne vient même maintenant avec des produits frais»[i]. Pas de limite religieuse, viande peu chère, labels nombreux dans la région: tout plaide en faveur de la diversification avicole en Bourgogne. Et, s’agissant de diversification et de transformation puis de distribution, l’exemple est venu de l’éleveur porcin nivernais adhérent de CIRHYO: [I]«il y a un potentiel même si nous ne sommes qu’une dizaine de producteurs dans le département car nous avons adhéré au groupement, l’un des plus gros de France, qui regroupe 35 départements. Depuis 1999, avec mon cousin associé, nous avons doublé notre nombre de porcs, même si nous constatons une baisse générale de la production de 3,5%, du fait de la retraite des générations installées dans les années 70 et de la mise aux normes au 31 décembre 2013»[i]. Aux stratégies individuelles, forcément évidentes, doivent donc aussi s’ajouter des démarches collectives, aux intérêts non moins cruciaux. La table ronde a donné des clés pour l’avenir aux jeunes présents dans la salle. A quoi Emilien Piroux, l’administrateur national de JA, a ajouté qu’il faut [I]«un avantage aux jeunes dans chaque production, c’est une bataille qu’on mène aux JA, tout en communiquant positivement, pour convaincre les gens de l’extérieur que l’agriculture a de l’avenir»[i]. L’acte de production, quelles que soient les considérations réglementaires ou environnementales, doivent demeurer une priorité, surtout lorsque l’on considère les perspectives démographiques mondiales...

[INTER]«Managers» et cas «tragiques»[inter]
Sans surprise, c’est le député de la circonscription Christian Paul, qui s’est montré le plus politique, mais aussi et surtout le plus optimiste. Certes, [I]«la moitié du revenu du métier de l’éleveur provient des aides publiques, ce qui donne aux professionnels, et aux jeunes notamment, un sentiment de dépendance dérangeant et angoissant. La PAC est très complexe, et de plus en plus à chaque fois. C’est un défi incroyable que d’adapter l’exploitation et l’avenir de sa famille à une chaîne de décisions nationales et européennes. Cela ne s’apprend pas dans les lycées agricoles!»[i] Pour autant, [I]«la priorité à l’élevage est-elle perçue comme une fausse promesse? Elle va se traduire concrètement par plus de moyens supplémentaires, quelques millions qui seront plus favorables à des départements comme le nôtre grâce à un travail syndical et politique. Beaucoup vont avoir un peu plus, à l’horizon de 5 ans, quand on additionne toutes les aides. Nous avons besoin d’un soutien massif qui permette à la Nièvre d’enrayer la courbe du déclin du nombre d’exploitations. Que la convergence se fasse dans le temps... pour la Nièvre, au total, ce sera favorable!»[i] La déclaration de l’élu a fait [I]«bouillir»[i] le président de la Chambre d’agriculture, qui a pris la parole dans la foulée: [I]«C’est peut-être bien qu’on ait attendu mais les annonces, maintenant, sont urgentes. En bovins et en céréales, nous ne vivrons pas sans PAC mais pas qu’avec la PAC. Nous sommes des managers et il nous faut un peu de temps pour adapter nos stratégies individuelles! On aura septembre et octobre pour travailler, et les conseillers de la chambre sont déjà sur le pied de guerre, mais on ne peut plus attendre. Nous devons connaître les modalités de la PAC d’ici quatre semaines, sinon on perdra un an»[i] s’est alarmé Éric Bertrand pour conclure: [I]«je pense en effet qu’à terme, nous aurons un peu plus de sous mais si c’est pour voir des centaines d’exploitations disparaître avant, il faudra un peu plus qu’augmenter le nombre d’installations dans le département»[i]. Ce à quoi, Karelle Pautet, jeune éleveuse élue de la Chambre, puis Marcel Cottin, président de la section ovine de la FDSEA58, ont à leur tour réagi, relatant leurs [I]«incertitudes et leurs interrogations»[i] pour l’une, citant [I]«le cas tragique de ce jeune endetté qui s’est pendu récemment»[i] pour l’autre. Pour les jeunes agriculteurs, qui par nature sont plus fragiles que d’autres, il semble en effet temps de connaître les perspectives politiques de l’agriculture. D’autant que tous en sont convaincus: [I]«la part de notre activité et donc la rémunération de celle-ci demeureront au centre du développement de notre secteur économique. Face à la conjoncture, aux contraintes et aux charges, nous devons pouvoir nous adapter»[i] a conclu Alexandre Lorré, terminant à cette occasion son mandat de président des JA58.

Un nouveau Conseil d’administration élu

2014 était une année élective pour les JA58, qui devaient renouveler en entier le Conseil d’administration départemental du syndicat, à partir de listes de candidats issus des cantons et d’une liste départementale. Tous les candidats ont été élus et les quelques tensions qui existaient auparavant entre certains cantons semblent désormais apaisées. Voici donc la composition du nouveau CA des JA58, dont la réunion, lundi soir à Bona, a permis de désigner le nouveau bureau départemental (lire dans notre prochaine édition): - Arrondissement de Château-Chinon: Alexandre Amroune, Pierre Trinquet, Benjamin Sautreau, Thomas Louvrier, Bertrand Larue, Théophile Deboux, Jean-Yves Detronchet, David Andriot, Antoine Berger, Fabien Dumont, Thomas Lemée, Guillaume Augendre, Cédric Boulin; - Arrondissement de Clamecy: Thomas Beaumier, Benoit Dubuis, Emilie Lantier, Sylvain Dameron, Arnaud Collin; - Arrondissement de Cosne-sur-Loire: Florian Melaye, Yann Martinet; - Arrondissement de Nevers: Florent Point, Guillaume Lhugnot, Fréderic Loisy, Guillaume Colmont, Julie Cadiot, Jacques-Antoine Rose, Xavier Clerc; - Liste départementale: Clément Blandin, Benoit Michot, Alexandre Lorré, Jean-Charles Seutin, Vivien Gaume.