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Crédit Agricole Centre-Loire

«Les investissements sont clairement en retrait»

Les responsables du Crédit agricole Centre Loire (CACL) ont participé, la semaine dernière, au groupe de travail «trésorerie» réuni à la préfecture. Ils confirment une situation économique délicate en agriculture et veulent adapter le soutien au cas par cas. Rencontre avec Dominique Thibault, vice-président, et Bertrand Jamet, responsable du marché agricole au CACL.
Par Propos recueillis par Emmanuel Coulombeix
«Les investissements sont clairement en retrait»
Dominique Thibault (à droite) et Bertrand Jamet plaident pour un accompagnement individualisé en fonction des besoins et de la situation de chaque exploitation.
- Terres de Bourgogne  : Quelle est la situation financière de vos clients agriculteurs dans la Nièvre  ?
Dominique Thibault : «Tout dépend si on veut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. D’un côté, les indicateurs financiers indiquent très clairement un retrait des financements. Par exemple, les demandes d’Agilor pour financer du matériel enregistrent une baisse de 25% par rapport à la fin 2013. Et l’immatriculation des tracteurs est en recul de 26%. 2014 est une année où les agriculteurs réduisent leurs investissements, toutes productions confondues. Le côté positif, c’est que suite à une série d’années où les investissements étaient en progression, le parc de matériel a été beaucoup renouvelé et il est de bonne qualité. Il est donc possible de passer quelques années sans investissement majeur...»
Bertrand Jamet  : «En élevage, où il y a eu plus de renouvellement, le montant moyen des AGILOR est de 18000 euros dans la Nièvre, ce qui est largement inférieur au montant moyen dans le Loiret (23000 euros). L’autre chiffre, significatif, c’est celui du financement de la trésorerie. Il est de +17% fin 2014, par rapport à fin 2013. Clairement, il y a des besoins beaucoup plus importants, qui sont parallèles à des situations plus fragiles.»
D.T.  : «Malgré tout, ce n’est pas pour çà qu’on arrête de financer la trésorerie. C’est le poumon de l’exploitation et nous avons un rôle de financement de l’agriculture à maintenir. L’enveloppe globale des prêts de trésorerie est en augmentation. Ce qui est nouveau, c’est qu’avant les agriculteurs avaient une année d’avance de trésorerie. Ils payaient leur année de production avec leur année d’avance. Aujourd’hui, ils ont des besoins qu’ils n’avaient pas avant.»

- TdB  : Quel est l’encours global pour la Nièvre  ?
B.J.  : «Pour les trois départements du CACL, l’encours global est de 200 millions d’euros. La Nièvre représente entre 20 et 25% de ce montant, ce qui est conforme aux cycles habituels.»
D.T.  : «La situation est différente dans chaque département de la caisse. Dans la Nièvre, au jour d’aujourd’hui, on sait que les primes PAC ont été versées, donc on s’attend plutôt à des difficultés maintenant et au début de 2015, parce qu’il y a les fermages de fin d’année et les derniers appels de cotisation MSA à payer... Ce qui nous inquiète, c’est que nous suivons les comptes de nos clients mais on ne sait pas ce que les gens doivent à l’extérieur, s’il y a des ardoises chez les fournisseurs de machines agricoles ou les réparateurs, par exemple.»
B.J.  : «Il faut souligner que de plus en plus, les AGILOR servent à payer des réparations. J’ai eu le cas encore hier, avec une enveloppe de 4000 euros.»
D.T.  : «En élevage, pour finir l’année, çà va jongler avec les ventes et les réformes. Si les besoins en trésoreries sont de +17%, ce n’est pas pour investir mais pour boucher des trous. On s’attendait à plus de défaillances au 15 décembre mais les difficultés vont venir au 1er trimestre. Les échéances ont seulement été mises sous le coude. On paie le banquier et la MSA en premier car, derrière, il y a des pénalités.

TdB  : Est-ce que, cette année, il y a un  secteur qui s’en sort mieux que l’autre  ?»
B.J.  : «C’est la première fois que la conjoncture est défavorable à la fois aux céréaliers et aux éleveurs simultanément. Les premiers ont des résultats catastrophiques à la fois sur la qualité, la quantité et le prix. Beaucoup d’éleveurs ont aussi des ardoises chez leurs fournisseurs d’aliments du bétail ou leurs vétérinaires. On parle d’ardoises avec plusieurs dizaines de milliers d’euros. Pour les caisses locales, l’objectif est de laisser le moins possible de personnes au bord de la route.»
D.T.  : «Ce qu’il faut retenir, c’est que tout le monde est touché à des degrés plus ou moins importants. Les plus costauds vont passer l’année en tapant dans les réserves ou en venant voir le banquier mais cela amplifie le phénomène des gens à la marge. C’est là que c’est plus compliqué. Il y a plus de gens en difficulté que les années dites normales. Selon les remontées des caisses locales, nous avons 190 dossiers en risques moyen ou fort dont 60 dans le dispositif Agridiff (ndlr  : sur 2300 clients dans la Nièvre).»

- TdB  : Comment répondez-vous à l’urgence  ? Que pensez-vous de la demande syndicale d’un prêt à taux 0 sur 5 ans avec bonification des intérêts par l’Etat  ?
D.T.  : «On insiste pour faire du cas par cas, ce qui n’est pas toujours très bien perçu mais il faudrait plutôt dire qu’on va raser gratis... Un prêt à taux zéro, il faut toujours le rembourser. Nous pensons que chaque cas est unique et que nous devons adapter nos réponses individuellement. Par exemple, à endettement égal, entre un jeune de 25 ans et un agriculteur de 59 ans, la problématique n’est pas la même. Nous faisons ce que nous faisons depuis toujours  : répondre individuellement aux attentes de chaque agriculteur.»
B.J.  : «Nous partons du besoin. Pour un besoin de trésorerie instantané, nous avons plusieurs possibilités de réponse  : un financement court terme, un report d’échéance de prêt, une restructuration de l’ensemble des prêts, une modulation des charges d’emprunt par rapport à l’année... Nous adaptons techniquement, en fonction des besoins et de la situation des exploitations.»
D.T.  : «Quant à la proposition du réseau FDSEA/JA, vu la situation économique nationale, je ne vois pas l’Etat abonder dans ce sens. Ne serait-ce que parce que les taux sont bas. Lors de la réunion à la préfecture, nous avons dit que la priorité serait de s’occuper des cas vraiment compliqués où il pourrait y avoir une aide particulière. On a entendu exonération de taxe foncière, report de paiement et prise en charge de cotisation MSA... mais pas pour tout le monde. Il faut une approche individuelle  !»