Accès au contenu
Congrès de la Fédération nationale bovine

Les éleveurs à la croisée des chemins

Lanterne rouge des revenus agricoles, confrontés à des trésoreries exsangues en raison de prix bas et de charges croissantes, les éleveurs ne voient pas le bout du tunnel. Pourtant des perspectives existent notamment à l’exportation qui pourraient leur redonner de l’espoir. Ces sujets ainsi que les relations avec la grande distribution seront abordés à l’Assemblée générale de la FNB qui s’est tenue à Rodez, les 4 et 5 février.
Par Ma signature
Les éleveurs à la croisée des chemins
Photo: Réussir
L’Assemblée générale de la Fédération nationale bovine qui s’est tenue à Rodez, les 4 et 5 février, se déroule dans un climat difficile. Les revenus des éleveurs spécialisés n’ont jamais été aussi bas et les prix de marché ne décollent pas, selon Jean-Pierre Fleury, le président. En vingt ans rappelle-t-il, les prix à la production n’ont augmenté que de 12 % alors que les prix au détail ont progressé de 62 %. Les charges ont pris l’ascenseur avec une augmentation moyenne des coûts intermédiaires supérieure à 50 %. Aujourd’hui, le secteur subit les effets de l’embargo russe. Pas directement puisque la France exportait peu en Russie, mais par un effet domino : les viandes qui y étaient vendues habituellement par la Pologne et l’Allemagne se retrouvent sur le marché intérieur européen, en Italie notamment. A cela s’ajoute des abattages abondants et inhabituels de vaches laitières qui viennent encombrer le marché, sans que la Commission de Bruxelles se préoccupe de la situation. Bref, «la situation de trésorerie est très tendue et les éleveurs sont au bout du rouleau», estime Pierre Vaugarny, le secrétaire général. D’ailleurs, les premiers résultats de l’audit sur la situation financière des éleveurs auquel procèdent les pouvoirs publics à la demande de la FNB sont pires que ceux qui étaient attendus. «Nous allons de mauvaises surprises en mauvaises surprises», observe le secrétaire général qui annonce d’ores et déjà des actions syndicales musclées dans les semaines qui viennent.

Normes et contraintes
Principalement visée, la grande distribution qui  a entre les mains l’avenir des éleveurs mais qui ne joue pas le jeu ni de la qualité, ni de la segmentation du marché. «La FNB ne lâchera pas sur ce dossier, c’est la seule façon de sortir de la guerre des prix, car nous savons que la guerre des prix à laquelle se livrent les grandes surfaces n’a jamais fait consommer un kilo de viande de plus», déclare Jean-Pierre Fleury.
Les éleveurs sont d’autant plus dépités que les efforts qu’on leur demande de faire en matière de respect de cahier des charges ne sont pas relayés par l’aval «qui ne respecte pas le produit». «Les entreprises font de la gestion de flux et non de produit», déplore-t-il.
Les éleveurs attendent beaucoup également de la restauration collective qui s’approvisionne à plus de 80 % à l’étranger. En ligne de mire les élus «les plus gros importateurs de France». Heureusement les actions de sensibilisation engagées par la FNB commencent à porter leurs fruits.
Le ministère de l’Agriculture a élaboré un nouveau guide d’achat qui permet d’introduire des critères de fraîcheur, de proximité dans les appels d’offre.
Autre lueur d’espoir l’exportation vers les Pays tiers. Toutes les expertises confirment l’accroissement de la demande de viande bovine dans les années à venir notamment en Afrique du Nord, au Proche et Moyen-Orient et dans le sud-est asiatique.
La France qui jouit d’une excellente image de marque a une carte à jouer que des entreprises commencent d’ailleurs à explorer.
En toute logique notre pays devrait retrouver une place à l’exportation qu’il avait perdue depuis la crise de la vache folle et qui contribuerait à soutenir les prix sur le marché intérieur.
Encore faut-il que les éleveurs ne soient pas bridés par une accumulation des normes sur les installations classées, que la France est la seule à imposer à ses éleveurs en Europe, de contraintes diverses et variées liées à la directive nitrates.
Ce qui fait dire à Jean-Pierre Fleury que «nous sommes en France comme en Europe davantage dans un principe de précaution politique que de soutien à l’acte de production». En espérant être démenti par le ministre de l’Agriculture.

La filière veau de boucherie en péril

La production de veaux de boucherie est aujourd’hui menacée, estime la Fédération nationale bovine (FNB) dans un communiqué. La filière veaux de boucherie paie le prix fort de la réforme de la PAC. Selon la FNB, les éleveurs vont perdre entre 37 % et 52 % sur le montant de leurs aides en 2019, ce qui correspond à une perte cumulée estimée à 48 €/place en moyenne. «Si rien n’est fait, la rémunération d’un éleveur spécialisé en veaux de boucherie avec 400 places sera en dessous du seuil de pauvreté en 2019 !». Aussi, la FNB demande-t-elle aux intégrateurs de compenser cette perte de revenu par une revalorisation de 8 €/place/an de 2014 à 2019. Elle leur demande aussi plus de transparence au niveau des contrats réalisés avec les éleveurs et propose de moderniser le contrat type en une rémunération calculée en fonction des coûts de production et de l’évolution des charges.  Cette situation est aggravée par la guerre des prix à laquelle se livrent les opérateurs qui a conduit à la chute du prix du veau gras en 2014. «N’oublions pas que c’est l’éleveur qui est pénalisé le premier et les entreprises n’en sortiront pas gagnantes si les éleveurs arrêtent de produire !» conclut la FNB. Les éleveurs de boucherie sont au nombre 3 000 en France actuellement, alors qu’ils étaient encore 3 500 en 2010.