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Lait

Le salut français serait dans l’exportation

La fin des quotas, une opportunité, dit une étude de la Coface. Si le risque est maîtrisé, la filière française ne serait pas si mal placée.
Par B. Aumailley, L’Agriculteur Charentais
Le salut français serait  dans l’exportation
( crédit photo : DR/SOURCE COFACE )
Les quotas laitiers étaient en place depuis 1984. Ils ont disparu en avril dernier. Finie pour autant la régulation  ? Une étude de mai 2015 de la Coface vient préciser l’impact de cette réforme : opportunité ou arrêt de mort ? L’économiste du spécialiste de l’assurance-crédit à l’export, Guillaume Rippe-Lascout, replace les choses : «la France est au huitième rang mondial, second en Europe. Il lui faut s’adapter à cette nouvelle donne». Certes, mais encore.
Il parle de «robustesse» de la filière laitière française de l’après quotas. Si l’Europe est en «position dominante mondiale», son état des lieux fait apparaître des différences marquées entre et à l’intérieur les pays producteurs. Ainsi de la France : 427 000 producteurs en 1983 avant les quotas, six fois moins nombreux en 2014. En revanche, la livraison moyenne de lait de vache par producteur a été multipliée par cinq sur ce même laps de temps. D’autant que le nombre de vaches a augmenté par exploitation, mais baissé globalement au rythme des disparitions d’exploitations laitières. L’Ouest français truste la production (70 %, plus que l’Espagne, l’Irlande ou le Danemark) et 40 % de la production industrielle laitière hexagonale.
Avec 27,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’industrie laitière fait travailler 67 000 exploitations, 260 coops et 100 privés et emploie 150 000 personnes dans les exploitations et 56 000 dans sa propre production. Les ventes directes sont anecdotiques (3 % de la collecte). 10 % de la collecte «finit» en laits liquides. «Cela traduit les enjeux économiques de la transformation de la matière brute et le rôle des transformateurs dans sa valorisation. Les prix constatés à la sortie d’usine sont supérieurs de 57 % aux prix payés à la production entre 2005 et 2014», poursuit-il.

Contexte mondial
Dans un contexte favorable au niveau mondial, la France aurait produit plus : «La perspective de la fin des quotas a incité les éleveurs français à produire davantage en 2014 (+ 5,2 % sur le début de la campagne)» complète-t-il, «même si on constate un recul de la collecte en février et mars». Selon Fabrice Rocchi, responsable du risque agro-distribution à la Coface, les volumes devraient rester stables «car le marché est saturé». Seule planche de salut pour la filière laitière française, l’export. Mais les coopératives manquent d’expériences sur ce terrain. Surtout face à l’Allemagne.
Mais alors la fin des quotas a-t-elle une incidence ? Guillaume Rippe-Lascout est clair : l’OCM lait a artificiellement élevé le prix du pays en Europe (42 % au-dessus des États-Unis). Cela n’a pas empêché la restructuration laitière en France. Plus que le prix payé, il avance surtout la variabilité des coûts de production. «L’Ipampa est très volatile» ajoute-t-il. Les prix à la production en France sont toujours plus élevés qu’en Allemagne. La solution ?
Il n’existe pas à parler de «business models» laitiers. Les  solutions résident dans la conquête de nouveaux marchés, la logique d’intégration verticale, le pari de la qualité. Pour la première, la conjoncture mondiale serait porteuse, mais pas d’égale ampleur partout. «Les producteurs laitiers européens, dont les Français, semblent disposer d’une opportunité de taille : celle de pouvoir exporter davantage vers les marchés en expansion. Fort de son savoir-faire, de son image, de sa rigueur sanitaire, la France a des atouts : premier exportateur de beurre, de lait écrémé, de poudre, second derrière les Pays-Bas pour les fromages.» Selon lui, sans les quotas, il faut partir à l’assaut de l’exportation «en ajustant le niveau de production en fonction des nouveaux débouchés anticipés à l’étranger».