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Haro sur les contrôles de l’administration

Le «ras-le-bol» de Jérôme Gauthier

Contrôlé pour la deuxième fois en cinq mois, Jérôme Gauthier, éleveur à Châtillon-en-Bazois, a reçu le soutien d’une quinzaine de ses collègues adhérents du réseau FDSEA/JA, jeudi 20 novembre, qui sont venus exprimer leur «ras-le-bol» des contraintes administratives auprès de l’agent de l’ASP de Dijon.
Par Emmanuel Coulombeix
Le «ras-le-bol» de Jérôme Gauthier
Après que l’éleveur de Châtillon-en-Bazois ait signé et annoté le procès-verbal «sans anomalie» de la contrôleuse, le comité d’accueil syndical a voulu passer le message du «ras-le-bol» à l’ASP et via les journalistes invités.
Cette fois-ci, Jérôme Gauthier devait se soumettre à un contrôle de l’Agence de services et de paiements (ASP) de Dijon, en matière d’ICHN   : présenter les passeports des animaux, faire visiter le stockage des céréales auto-consommées à la personne en charge du contrôle, arrivée vers 10h sur l’exploitation, comme l’éleveur en avait été averti par courrier deux jours plus tôt. Sauf que «j’ai déjà été contrôlé pour la Pac en avril dernier, sur les mêmes critères, et que je n’ai même pas encore reçu le compte-rendu de l’administration» enrageait jeudi dernier Jérôme Gauthier, sur son exploitation de «Blanzy». Là, vers 10h30, une quinzaine de ses collègues, réunis à l’appel de Sylvain Bonnodot, le président cantonal de la FDSEA 58, sont venus soutenir l’exploitant et faire savoir, en présence de la presse régionale, leur exaspération devant des contrôles répétés, moralement insupportables, et concrètement stressants. «Alors que nous demandons, depuis les manifestations de Nevers et Dijon, un allègement des contrôles, là, on en colle deux coup sur coup au même exploitant la même année» justifiait le responsable syndical entouré des voisins et amis de Jérôme. Certains, plus impatients que d’autres, demandaient même à leurs collègues de mettre la voiture de l’ASP sur cale, comme leurs collègues de Lormes l’avaient fait, le 14 octobre, chez un éleveur morvandiau.

Le contrôle a bien eu lieu
Après un moment de flottement, notamment du fait de la présence de la caméra de France 3 Bourgogne, l’agent de l’ASP a appelé sa hiérarchie à Dijon, pour prendre ses instructions. Et, comme l’éleveur visité avait manifesté son souhait que le contrôle ait bien lieu, malgré le mouvement de réprobation collectif, celle-ci a donc procédé durant trois quarts d’heure (au lieu de l’heure et demie prévue) à la visite des bâtiments et du cheptel ainsi qu’au contrôle des numéros des passeports pour les 80 vaches charolaises, 190 brebis et 3 équidés de la ferme de Jérôme Gauthier. Auprès des journalistes, l’agriculteur a expliqué que «je ne veux pas bloquer aujourd’hui car c’est de mon revenu dont il s’agit». Un refus de contrôle entraîne systématiquement les pénalités prévues par l’administration et cela, Jérôme ne peut pas se le permettre, bien au contraire: «J’en ai besoin. Je touche 4 500 euros d’aides au titre de l’aide ovine, de l’ICHN, de la PMTVA, des surfaces... Et je ne peux pas m’en passer, c’est une question de survie! D’ailleurs, quel patron, quel salarié accepterait qu’on vienne l’agacer avec des contrôles alors qu’il perdrait la majeure partie de son salaire? Cette année, mon revenu a baissé de 14 000 euros, sans parler des charges qui augmentent» dévoilait, amer, l’éleveur dépité... Après que l’agent de l’ASP ait rédigé son procès-verbal et qu’aucune anomalie n’ait été détectée, Jérôme Gauthier a été invité à signer le formulaire. «Ras-le-bol des contrôles» a-t-il écrit en gros, à côté de sa signature, en bas de page. Les syndicalistes ont alors demandé à la contrôleuse, qui ne pouvait bien sûr pas s’exprimer dans le cadre de sa mission, de remonter leurs revendications à ses chefs de service   : «Est-ce-qu’il faut que nous allions tous à l’ASP à Dijon pour qu’il ait ses aides ?» a demandé l’un d’entre eux. «Tant qu’il n’y aura pas un coup de fusil, personne ne nous entendra» se plaignait un autre. Vers 11h, la voiture de l’ASP a pu librement repartir vers une autre exploitation, pour une nouvelle besogne. Une voiture de la gendarmerie est passée devant l’exploitation, sans doute alertée par l’administration dijonnaise, et est repartie, suscitant l’ironie des agriculteurs : «A quoi cela sert-il de dépenser deux fois 300 km pour venir vérifier la même chose  ? Personne ne s’en inquiète ! 1 contrôle, c’est une épreuve ! Nous, on est pacifistes, mais que se passera-t-il chez un autre exploitant pris à la gorge   ? C’est toute la profession qui en a ras-le-bol !»