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Réserve naturelle régionale

Le projet qui ne passe pas

Les structures et les adhérents individuels qui composent l’Association des usagers Natura 2000 dans la Nièvre étaient invités à réfléchir au projet de Réserve naturelle régionale de Loire bourguignonne. Le branle-bas de combat est sonné.
Par Emmanuel Coulombeix
Le projet qui ne passe pas
Président de l’Association des usagers des sites Natura 2000 dans la Nièvre et de celle des propriétaires d’étangs, Jean de Gesnais (au centre) a pris la tête de la croisade contre le projet de Réserve naturelle régionale de Loire bourguignonne, à côté de
Dans la Nièvre, trois projets de création de réserves naturelles régionales (RNR) sont bien avancés. Les conseillers départementaux, réunis en session le 29 juin dernier, en ont approuvé la mise en œuvre. Si les deux dossiers qui concernent le sud-Morvan et la protection des chauve-souris ne semblent pas rencontrer d’opposition, celui de la Loire bourguignonne, autour de Decize, en revanche, fait l’objet d’une nouvelle controverse. Ce projet, mené par le Conservatoire des espaces naturels de Bourgogne (CENB), a été étudié dès 2011, avant de faire l’objet d’un avis défavorable au cours d’une consultation organisée en novembre 2014, notamment sous l’impulsion des Fédérations départementales de la Chasse et de la Pêche. A cette occasion, les acteurs locaux avaient posé pour une photo sous une banderole explicite  : «Réserve, non merci !» Mais depuis le début de l’année, le Conservatoire a relancé le projet, censé concerner 800 ha, en cherchant des soutiens politiques, particulièrement auprès du Conseil départemental et du Conseil régional. Ce à quoi les chasseurs, les pêcheurs et l’association des Usagers Natura 2000 ont opposé, le 8 janvier dernier, une lettre au président du Conservatoire, dont la copie a été envoyée au préfet de la Nièvre, aux présidents du Conseil régional et du Conseil départemental et aux parlementaires nivernais. En substance, les signataires rappellent le désaccord exprimé en novembre, indiquent que ce tronçon de Loire est déjà classé en zone Natura 2000 et que les outils de conservation des espèces et des habitats existent déjà, que plusieurs communes concernées sont opposées au projet et que les francs-bords appartenant au Domaine public fluvial ont été ajoutés au projet, alors même que dans leur majorité, ils sont loués pour la chasse du gibier de plaine et du gibier d’eau, par un processus d’adjudication, et qu’en l’occurence les chasseurs n’ont pas été consultés... Un point particulier concernant l’agriculture est aussi évoqué : «Le Conservatoire déclare être motivé par le maintien des surfaces agricoles en herbe, donc du pâturage en lieu et place de la maïsiculture. En considérant que le projet se compose d’une part des propres parcelles du CENB, d’autre part de parcelles privées submergées plusieurs fois par an par la Loire (de l’aveu du propriétaire) et enfin des francs-bords du DPF, on voit mal comment la création d’une RNR pourrait s’avérer d’une quelconque utilité sur ce point. En effet les parcelles privées en question sont déjà impropres à la maïsiculture, les cahiers des charges d’exploitation des francs-bords du DPF interdisent déjà cette pratique et pour ce qui concerne le CENB, nous croyons savoir qu’il n’a pas vocation à produire du maïs. Nous comprenons donc mal en quoi la RNR serait un levier» expliquent-ils.

«Inutile, incohérente, dangeureuse»
Forte de 18 000 adhérents, via les sept structures qui la composent (Fédération départementale des chasseurs, Association des propriétaires d’étangs, association des chasseurs de gibier d’eau, association des propriétaires ruraux et bailleurs, syndicat des sylviculteurs de la Nièvre, Chambre d’agriculture et FDSEA/JA), l’Association des usagers des sites Natura 2000, présidée par Jean de Gesnais, a donc examiné les possibilités de recours contre ce projet, relancé par la position favorable des élus départementaux fin juin. Outre des irrégularités de forme, dénoncées par les représentants des structures, le 9 juillet, qui pourraient conduire à des procédures judiciaires, les responsables de la chasse, de la pêche, de la forêt, des étangs, de la propriété et de l’agriculture ont redit tout le mal qu’ils pensaient de cette Réserve naturelle régionale. Ils soupçonnent le Conservatoire de vouloir obtenir des fonds régionaux pour une certaine inutilité de fait, tout en mettant en avant une promotion des loisirs, pour des visiteurs  ou des touristes hypothétiques, au détriment d’une activité de production qui permet à ses acteurs, certes pour en vivre, de rester les vrais écologistes du terrain. Stéphane Aurousseau, le président de la FDSEA58, Didier Ramet, secrétaire général de la Chambre d’agriculture ont pu plaider pour les agriculteurs, partout où la folie environnementaliste «veut superposer des règles, sanctuariser l’environnement, restreindre la capacité de production de ses vrais défenseurs que sont ses acteurs locaux» et tout cela «au motif de dogmes idéologiques et sectaires». Ils partagent avec Jean de Gesnais (aussi président des propriétaires d’étangs), Etienne Berger, président de la Fédération des chasseurs, Thierry Poitreneau, président de l’Association de chasse fluviale de la Nièvre, le sentiment que, décidément, cette Réserve naturelle régionale est «inutile, incohérente et dangereuse. Inutile parce qu’il nous semble inopportun d’ajouter une couche réglementaire à un territoire déjà bien préservé par les bonnes pratiques des acteurs locaux... Incohérente parce qu’elle fixe certains objectifs sur lesquels nous pourrions nous retrouver mais prévoit parallèlement des réponses et moyens soit contradictoires soit inadaptés... Dangereuse parce qu’elle tend à laisser penser qu’un territoire ne peut être préservé que par des structures et des intervenants hors-sol, par l’intermédiaire d’outils artificiels et non plus par des acteurs de terrain responsables et conscients du patrimoine écologique de l’espace sur lequel ils travaillent ou exercent leur passion»... En fin d’AG, le 9 juillet, les usagers des sites Natura 2000 ont donc évoqué l’envoi d’une lettre au président du Conseil régional de Bourgogne, afin de le sensibiliser avant la période électorale ainsi qu’au président du Conseil départemental. Toutefois, la consultation publique sur le sujet est terminée depuis le 21 juin et c’est le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel qui, l’avis du Conseil départemental en poche, n’a plus qu’à se prononcer sur la validité du projet. Sans doute avant la fin de l’année.