Le point sur les leviers et stratégies
La Chambre d'agriculture de la Nièvre a organisé une visite technique dans le but de faire le point sur les leviers agronomiques et les stratégies de désherbage dans la gestion des graminées.
C'est dans un contexte de forte pression vulpin, mais aussi de retrait de matière active (flufenacet) que s'inscrivent les essais désherbage du service Productions végétales de la Chambre d'agriculture de la Nièvre et du GDA Centre Nivernais. Le 27 mars, près de Rouy, ont été présentés les résultats des différentes modalités herbicides par l’équipe Productions végétales de la Chambre. Au-delà de rechercher à optimiser ses programmes d’automne, des résultats d’essais sur l’impact des leviers agronomiques étaient également présentés. Cette rencontre technique s’inscrivait dans le cadre du projet Agrotech’Innov, visant à fournir des pistes agronomiques aux agriculteurs sur les problématiques du moment. Concernant l’essai désherbage, il s'agissait de comparer des modalités de produits de pré-levée, de post-levée et des programmes en double, voire triple passage. Nouveautés et programmes sans flufenacet étaient intégrés sur cette plateforme. « La pression vulpin est forte depuis trois ans sur la zone de l’essai » précise Cédric Zambotto, conseiller grandes cultures à la Chambre. « Sur une population comprise entre 400 et 800 vulpins/m2 dans les témoins, on constate que le désherbage a plutôt bien fonctionné, en laissant quand même quelques pieds au m². » La pré-levée seule atteint en moyenne 75 % d’efficacité sur l’essai.
Bonnes conditions d'application
Parmi les nouveautés, le Mateno Duo, homologué récemment, contenant Aclonifen + Diflufenicanil (sans flufénacet), est logiquement en retrait par rapport à Mateno en post-levée. Il sera donc à compléter ou à mettre en programme en pression significative. Observation assez similaire à celle de l’essai 2025. La post-levée seule était uniquement constituée d’un produit en développement, le Luxi G2 (matières actives : cinméthylin + Picolinafen). Le produit a offert un bon niveau d’efficacité (87 % seul et jusqu’à 96 % en association avec autre produit). « Cette année, contrairement à l’an passé, nous avons pu l'appliquer dans de bonnes conditions, dans des délais qui correspondent bien aux préconisations de la firme et on a là un produit intéressant » précise Jean-Paul Leroy, expérimentateur à la Chambre. Pour atteindre de bons résultats, dans ce contexte et avec des produits disponibles sur le marché, la double application, pré-levée puis post-levée, semblait nécessaire. Elle apportait ici en moyenne 17 points d’efficacité par rapport à la pré-levée seule. En détail, les programmes pré-levée puis post-levée précoce ont apporté en moyenne 90 % d’efficacité (allant jusqu’à 100 % avec des associations avec Luxi G2) mais plutôt 86 % avec des produits actuellement homologués et sans flufenacet. Avec « anciennement » un Mateno en pré-levée suivi d'un Defi en post-levée, l’efficacité est de 98 %. « Pas de surprise, cette modalité a toujours fourni ce type de performance… Sur les sols permettant une sélectivité suffisante… » précise Cédric Zambotto. L’utilisation d’une post-levée à base de sulfonylurée à 3 feuilles n’a pas apporté de gros complément, l’efficacité étant en retrait sur la parcelle. Le programme à 3 passages, une pré-levée puis 2 post-levées permet d’arriver à 96 % d’efficacité. « Néanmoins, économiquement et d’une manière pratique, avec des créneaux souvent restreints à l’automne, considérons plutôt cela comme une modalité d’essai qu’une préconisation… » précisent les conseillers. Dans les conditions de réalisation de l’essai cette année, peu d’effets de manque de sélectivité ont été observés. L’an dernier, avec la pluviométrie poussant à des passages plus tardifs et en moins bonne condition, certaines modalités avaient bien plus marqué, voir amené de la perte de pieds. Il faut donc rester prudent, surtout sur des sols sensibles, dans la construction de ses programmes.
Leviers agronomiques indispensables ou complémentaires
Une bonne gestion des graminées ne peut se passer de leviers agronomiques. La baisse d’efficacité des solutions et notamment des produits de sortie d’hiver en atteste. Cela se confirme au-delà des observations au champ par des tests laboratoire. L’équipe a ainsi présenté des résultats de la Chambre d’agriculture de l’Yonne qui montraient un impact du décalage de la date de semis (permettant une levée et une destruction supplémentaire des levées) d’environ 36 % de pieds de vulpins/m² en moins. Ceci sur une implantation TCS ou labour. À date de semis identique, le labour apportait lui -49 % de pieds de vulpin. Un levier qui, utilisé occasionnellement, peut permettre de repartir sur une base moins populeuse d’adventices. Enfin différents essais de désherbage mécanique réalisés dans le cadre du projet Gramicible par la Chambre de la Nièvre montrent un impact moyen de 30 % d’outils de type herse étrille. Ce levier est plutôt complémentaire sur cultures de printemps, mais plus difficilement utilisable de manière efficace sur cultures d’hiver. Enfin, des efficacités plus élevées sont obtenues avec des combinaisons d’outils de type bineuse et herse étrille. Néanmoins ce type de pratique correspond davantage à des systèmes en agriculture biologique que conventionnels.