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Marché au cadran de Corbigny

«Le petit miracle d’un excédent»

Les chiffres dévoilés par l’expert-comptable de la Sicagemac sont formels : le marché au cadran a dégagé un bénéfice de près de 11000 euros en 2014 ! De bon augure pour l’avenir.
Par Emmanuel Coulombeix
«Le petit miracle d’un excédent»
Le président du marché au cadran de Corbigny, Philippe Guillien, sur les tendances du commerce a déclaré  : « çà m’étonnerait que cela puisse durer longtemps comme çà  !»
10 982 euros ! C’est le résultat excédentaire de la Sicagemac en 2014. Un bon chiffre voire excellent si l’on compare au bénéfice de 5 000 euros de 2013 mais un chiffre un peu artificiel au regard de l’activité réelle du marché l’an dernier. Ne gâtons pas le plaisir   ! Côté bonnes nouvelles, ce résultat s’explique par une diminution de 18 000 euros des salaires et charges, avec l’incidence du Crédit impôt compétitivité emploi (CICE), remboursé par l’Etat, ainsi qu’une exonération de taxe foncière depuis deux ans, mais aussi une subvention de FranceAgrimer (3 400 euros) et une régularisation exceptionnelle de la MSA (6 800 euros).

Mieux encore, selon M. Garnier, l’expert-comptable : le seuil de rentabilité, c’est-à-dire le nombre de bovins vendus à partir duquel le résultat s’équilibre, atteint 12 902 animaux, les ventes réelles s’étalonnant sur 13 412 animaux en 2014. Ce sont donc 7 880 euros de résultat positif d’exploitation, même si ce nombre d’animaux commercialisés a diminué de 761 têtes en un an... Le tableau de bord du marché est donc au vert : «depuis 2012, il n’y a plus de pertes d’exploitation mais des reports à nouveau, la Sica est excédentaire en situation nette et l’amputation du capital s’améliore !»
Selon le député Christian Paul, qui concluait les travaux statutaires, avant un panorama des marchés de la viande par Emmanuel Bernard, «vous avez réalisé une sorte de petit miracle en faisant un excédent malgré une contraction de l’activité». Voilà qui a résumé la satisfaction, voire «la joie» exprimée par Mme le maire de Corbigny, de disposer «d’outils agricoles performants et essentiels à la bonne santé du tissu socio-économique du Corbigeois»... Pour autant, tout n’est pas rose dans le monde de l’élevage autour de Corbigny. En dépit de ces bons chiffres financiers, Philippe Guillien, le président de la Sicagemac, a dû faire une mise au point : «Nous sommes tous ravis de ces résultats financiers positifs mais nous ne pouvons pas en tirer gloire. Réaliser des bénéfices en diminuant les charges, c’est peut-être sain mais ce n’est pas la meilleure façon d’investir pour l’avenir» a-t-il lancé aux nombreux adhérents venus assister à l’AG, le 25 juin, dans la salle de l’abbaye de Corbigny. «Nous préférerions avoir un prix par animal plus élevé et un nombre de bovins plus garni. Nous n’avons pas la dimension du marché de Moulins-Engilbert mais il serait raisonnable de nous fixer un objectif de 17, 18, 19 voire 20 000 bovins par an. Cela doit être notre positionnement et cela va venir car tous les ans nous augmentons» a-t-il voulu positiver. Le président a cependant souhaité se réjouir que «notre bâtiment qui a plus de 25 ans soit solide et ne nous cause pas beaucoup de frais aujourd’hui».

La tendance anxiogène du commerce
Pour autant -et nombre d’éleveurs présents ont réagi- les tendances lourdes du commerce, pas meilleures qu’ailleurs, ne sont pas au beau fixe. Philippe Guillien a affirmé que «nous sommes heureux qu’il y ait de l’export de broutards vers la Turquie, ce qui tend un peu les cours mais la tendance baissière de ces derniers mois explique les manifestations agricoles de ces derniers jours et nous nous y associons. Tous les facteurs sont au vert pour une hausse du prix du maigre et de la viande à l’export mais la puissance des centrales d’achat et la faiblesse des abattoirs, malgré la hausse à 4,60 euros du kilo l’an dernier, ont servi de rouleau compresseur et ramené le prix moyen à 3,20 euros» a-t-il déploré non sans dévoiler un élément «pour redonner du moral : la moyenne des cinq premiers mois de 2012 (ndlr : qui avait été une des meilleures dernières années) est plus faible que la moyenne des cinq premiers mois de cette année. Il ne faudrait pas grand chose pour que la situation se retourne» a voulu retenir Philippe Guillien, même si «ma position est celle d’un président de marché mais aussi celle d’un éleveur qui souffre comme les copains et qu’il m’étonnerait que cela puisse durer longtemps comme çà !»

Pour la Chambre d’agriculture, Didier Ramet a emboîté le pas du président Guillien : «nous sommes persuadés que faire pression sur ces gens-là (ndlr: l’aval de la filière), çà nous a permis d’obtenir l’accord de hausse de 5 centimes par semaine même si nous n’en voyons pas encore les effets. Si rien ne bouge, on vous proposera encore d’aller les secouer mardi prochain (ndlr : après les cotations du 30 juin)» a-t-il lancé, avant qu’Alexandre Lorré, le président des JA de la Nièvre, n’interpelle les élus   : «M. Paul, nous sommes encore plus remontés qu’en 2014. On vous avait dit que derrière un ha d’herbe il y a plus d’emploi que derrière un ha de cultures. La PMTVA permettait de soutenir la production tandis que là on se retrouve avec des MAE dont l’enveloppe financière ne sera pas suffisante! C’est du gaspillage d’argent public sur des aides environnementales qui n’ont aucun sens ni fondement!» Interpellé, le député a répondu que «l’argent de la Pac est là, qu’il y aura peut-être des perdants mais aussi des gagnants et que si l’argent n’arrive pas, il faudra s’interroger et examiner chaque cas particulier. Ma porte est ouverte!»