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Bienvenue à la ferme

Le pari de la diversification

Élargir et diversifier son activité pourrait-il être une solution à la crise  ? C’est en tout cas le choix fait par les agriculteurs qui adhérent au réseau Bienvenue à la ferme. Ils sont une vingtaine dans la Nièvre, à accueillir régulièrement le public sur leurs exploitations. Rencontre avec Florence Massé, à Châteauneuf-Val-de-Bargis et Julie Maillault, à Montigny-sur-Canne.
Par Céline Clément
Le pari de la diversification
A Chateauneuf Val-de-Bargis, Florence Massé a ouvert sa ferme auberge il y a deux ans. L’agricultrice y propose des plats familiaux à base des produits de sa ferme.
Depuis trois ans, Florence Massé est installée sur la commune du Mont à Chateauneuf-Val-de-Bargis. Elle a réalisé son rêve : après avoir travaillé durant dix ans comme chef de rayon jardins au centre commercial Auchan à La Charité, elle a créé sa propre ferme. «Quand le terrain s’est libéré il y a cinq ans, j’ai sauté sur l’occasion, explique-t-elle, et mon expérience m’a apporté une solide maturité, tout comme l’éducation de mes deux enfants».

La ferme est dans l’assiette
C’est donc une jeune femme sûre d’elle et déterminée qui a ouvert son exploitation de 26 ha, partagés entre Chateauneuf et Varennes. C’est aussi tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers son domaine de prédilection : les brebis. Elle élève ainsi 60 mères mais aussi 20 porcs, destinés à la vente directe mais aussi consommés sur son auberge. Car en effet, Florence Massé a plusieurs cordes à son arc. éleveuse, mais aussi cuisinière. Et ce n’est pas seulement pour sa famille qu’elle mitonne de bons petits plats, mais surtout pour les clients de son auberge qu’elle a ouvert en parallèle de sa ferme il y a deux ans. Ce projet n’est pas né de rien. C’est lors d’un stage qu’elle effectue à la Chambre d’agriculture dans le cadre de ses études que l’idée germe dans son esprit. La jeune femme aime autant le contact que la bonne cuisine. Alors hors de question de rester enfermée seule sur son exploitation, elle ouvrira une ferme auberge afin de valoriser sa production et de rencontrer du monde. En 2015 c’est chose faite. La ferme auberge de Mont accueille les clients sur réservations les vendredi et samedi midi et soir, et les dimanche et jours fériés le midi. Florence Massé y propose un menu unique élaboré presqu’uniquement avec les produits de la ferme. Œufs, volaille, agneau, porc, fruits et légumes proviennent de son exploitation ainsi que le bœuf, qui lui est fourni par son compagnon. Et quels que soient les ingrédients, la recette fonctionne. «Ma cuisine est familiale. Je dépose le plat au centre et chacun se sert. Les gens font connaissance autour de la table et apprécient le côté convivial». Sa clientèle, constituée de touristes, de parisiens mais aussi de locaux, apprécie sans doute ses petits plats et terrines, rillettes, quiches ou mousses de foies faites maison. Mais aussi les promenades proposées ensuite sur l’exploitation. L’occasion pour petits et grands de découvrir la vie à la ferme. «Beaucoup de personnes viennent sur la ferme auberge car ils sont attachés au milieu agricole et souvent trop déçus de trouver du surgelé dans certains restaurants. Les gens recherchent le fait maison et le contact avec les agriculteurs». Chez Florence Massé, ils ont frappé à la bonne porte. Ici on milite pour le produit frais et pour une convivialité toujours de saison.

La chèvre sous toute ses formes
Il y en a de différentes formes, frais ou affinés, nature ou aux aromates... les fromages se déclinent à l’infini avec Julie Maillault, une toute jeune agricultrice de 30 ans, déjà maman d’une petite fille et amoureuse de son métier autant que des animaux. L’amour de nos amis à quatre pattes : c’est d’ailleurs ce qui l’a guidée dans son parcours professionnel. D’abord assistante vétérinaire à Decize durant quatre ans, elle quitte tout pour s’installer en 2014 à Montigny-sur-Canne et renouer ainsi avec ses premières amours: l’élevage de chèvres. Une passion qu’elle pourrait résumer en une phrase: «La chèvre c’est un animal sympa, agréable à travailler et le lait de chèvre c’est le meilleur lait pour la santé». Véritable publicité vivante pour le fromage de chèvre, Julie a élevé ses chevrettes au biberon durant un an avant de pouvoir produire ses premiers fromages. Aujourd’hui la boutique tourne bien. «Je fais environ 300 l de lait par jour et plus de 300 fromages. Tout est transformé et vendu au marché et à la ferme», explique la jeune femme, qui approvisionne restaurants, épiceries, boucheries et affineur et fréquente trois marchés par semaine. «Pour moi la journée commence tôt à 3h30 du matin avec la première traite et finit à 19h mais c’est une passion et je ne pourrais pas vivre sans mes chèvres. Et pour moi c’est aussi un plaisir de fabriquer quelque chose de mes propres mains». Une passion qu’elle partage volontiers avec les clients qui viennent visiter son exploitation et qu’elle accueille le mercredi de 17h30 à 18h30 afin de leur expliquer comment fonctionne une chèvrerie. Elle leur dévoile aussi l’aspect technique de son travail. «Fabriquer des fromages, c’est quelque chose que j’ai appris avec ma maman et au fil des stages. Il n’y a pas un seul fromage qui se ressemble. Il faut connaître les mesures, la bonne température, le déroulement et le rythme à tenir». L’éleveuse déborde de projets : créer un savon au lait de chèvre et plus tard ouvrir une ferme pédagogique afin de transmettre sa passion aux enfants. En attendant, elle a choisi d’adhérer au réseau Bienvenue à la ferme. Un réseau qui va l’aider, espère-t-elle, «en terme d’échanges et de conseil». Et à s’inscrire dans une vraie dynamique locale.