Le Kamasutra version animale se dévoile en bande dessinée
Alain Sirvent a publié, le 1er avril, la bande dessinée La véritable sexualité débridée des animaux aux éditions Bamboo. Mêlant humour et réalisme, cette œuvre créée avec le scénariste Erroc propose un autre regard sur la reproduction des animaux.
Avec sa couverture rose bonbon et son « X » qui saute aux yeux, La véritable sexualité débridée des animaux ne manque pas d’attirer l’attention. Après la série comics Les Toubibs et tout un tas d’œuvres diverses, Alain Sirvent, dessinateur installé depuis 2019 dans la Drôme, s’est allié au scénariste Erroc, connu notamment pour la création des bandes dessinées Les Profs, pour concevoir ce nouvel ouvrage déjanté. Un livre qui se revendique « zéro tabou », « zéro filtre » et « 100 % véridique ».
Quand l’humour rencontre le réel
Si Alain Sirvent a illustré des projets aux univers totalement différents, cette nouvelle œuvre s’ajoute à d’autres productions proches de la nature telles que Les oiseaux en bande dessinée ou encore Les végétaux. Mais, avec ce nouveau livre, le dessinateur a posé sur papier un sujet qui l’a longtemps taraudé. « C'est une idée que j'avais depuis huit ans au moins, confie Alain Sirvent. J’avais lu un article sur la punaise de lit. Une femelle insecte qui n’a pas d'orifice et que le mâle perce de partout pour se reproduire… Ils font ça 200 fois par jour. J’ai trouvé ça vraiment surprenant. J'ai lu d'autres articles, par exemple sur le perroquet kakapo ou sur le canard colvert, et je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire ». Au-delà du thème de la sexualité, c’est le choix des animaux qui peut interpeller le lecteur. « Il y a une répétition dans les façons de se reproduire ou dans les rapports entre les animaux qu’on connaît tous. On pourrait en faire quarante albums si on voulait, mais ça parlerait souvent de la même chose, ça n’était pas l’objectif, précise le dessinateur. Dès que je voyais quelque chose, je l’envoyais à Erroc. On a listé énormément de systèmes de reproduction différents avant de faire une sélection d’une quarantaine d’espèces sur 200 animaux qui nous semblaient les plus efficaces, les plus originaux. Il a fallu équilibrer le contenu entre les insectes, les mammifères, les oiseaux et les animaux marins ». Une année entière aura été nécessaire pour la création de cette bande dessinée. « Des tas de recherches ont dû être faites avant de dessiner les animaux et bien connaître leurs caractéristiques. Même si c'est dessiné humoristiquement, chaque animal est différent, il a ses particularités », explique Alain Sirvent. Si les créateurs ont joué sur les termes choc « X » et « Kamasutra », le contenu du livre se veut documenté. « En réalité, le seul animal qui arrive à faire des positions complètement différentes, c'est le bonobo. D'ailleurs, j'ai essayé de le dessiner à travers différentes positions, pour montrer que c’est un des seuls capables de faire ça », dévoile l’artiste.
La sexualité vue autrement
Pour Alain Sirvent, l’accessibilité de ses œuvres s’avère cruciale. « Il fallait indiquer un âge, donc cette bande dessinée s’adresse aux plus de douze ans. Mais, pour moi, il faut que ce soit lisible par tout le monde. Quand j'ai créé Pimpon, c'était pour les petits de trois ou quatre ans. Pirates des vents, c'était plus pour les douze ans. Ce qui est marrant, c'est qu'à chaque fois que je fais quelque chose, ça devient ludique, confie le dessinateur. Par exemple, il m’est arrivé de créer une exposition interactive où les enfants pouvaient, sur chaque histoire, souffler, bouger un élément ou appuyer sur une pédale pour pouvoir lire l'histoire. Pas uniquement des images comme ça, passives, quelque chose d’interactif. Une œuvre pour apprendre et jouer en même temps ». Un style qui correspond bien à Bamboo, la maison d’édition qui a publié La véritable sexualité débridée des animaux, puisqu’à la fin des ouvrages les lecteurs tombent sur un petit cahier pédagogique. Ainsi, après avoir passé en revue les scènes de reproduction délirantes d’une quarantaine d’animaux, les lecteurs en apprennent plus sur la reproduction sexuée ou asexuée ou encore la sélection naturelle. « Il y a quelque chose d'assez léger finalement dans cette BD. Mais à la fin, on arrive quand même sur quelque chose de plus sérieux. C'est pour montrer que ce qu'on a mis dedans, ce n'est pas uniquement de l'amusement, c’est réel, explique Alain Sirvent. On met aussi le doigt dessus pour expliquer aux gens que le bien et le mal chez l'animal n'ont pas la même dimension que chez l'homme. Par exemple, s’il n'a pas de femelle, le manchot mâle peut chercher à se reproduire avec une femelle morte ou même un poussin manchot. Toutefois, il faut qu'on explique aussi que cela ne correspond pas à la morale humaine. Les autres animaux se reproduisent pour la survie de l'espèce. Si la femelle mante religieuse mange la tête du mâle, ce n'est pas parce qu'elle a envie de se débarrasser de son congénère, c'est qu'elle a besoin de protéines pour pouvoir survivre et élever ses petits. Cette BD cherche à montrer et faire comprendre le monde qui nous entoure ». À travers l’éthologie, la science du comportement animal, illustrée dans cet ouvrage, « on apprend aussi le consentement. En faisant un parallèle avec ce que l'homme et la femme vivent. Il fait aussi ressortir le fait que les animaux ont une homosexualité. Ça ouvre à la tolérance ». Selon l’artiste drômois, cette BD s’adresse à un public large. « À partir du moment où les enfants se demandent comment se reproduire, je pense que le livre peut être bien reçu. Pour moi, Erroc a réussi à faire passer des messages sans vulgarité, tout en ayant un ton très vulgarisé. Si vous regardez, on ne voit pas de sexe, de choses comme ça. On voit des animaux qui se grimpent dessus, mais tout le monde a déjà vu un pigeon grimper sur un autre pigeon, ou un chat monter sur un autre chat ».