1er forum des groupes de développement agricole
«Le groupe est plus fort que le plus fort du groupe !»
GDA et Ceta, Actrices nivernaises et CapriNièvre, Agricompta et Asavpa... Chacun dans leur domaine, ces groupes proposent une approche collective des problématiques particulières liées à l’agriculture. Une dizaine d’entre eux étaient représentés, mercredi 10 décembre à la mairie de Saint-Saulge, pour le 1er «Forum des groupes» de ce genre dans le département.
Réflexion collective et paritaire sur l’agronomie, accompagnement à la comptabilité et à la gestion, formation des salariés de l’agriculture, développement d’une filière caprine ou ovine, mise en commun des vignerons d’une appellation : l’objet social de chaque groupe de développement est aussi différent que leurs adhérents ont besoin d’un suivi spécifique.
Dans la Nièvre, ils sont dix, constitués et identifiés comme tels, à partager les «valeurs» d’un groupe telles que les définit la Fédération nationale des groupes de développement agricole (FNGEDA) : GDA Bourgogne nivernaise et Centre Nivernais, Ceta Entre Loire et Allier, Agricompta 58, Association des moutonniers de la Nièvre, Capri-Nièvre, Asavpa 58, GDA Morvan et Coteaux du Giennois. Seuls deux d’entre eux adhèrent réellement au réseau Trame de la FNGEDA (Actrices nivernaises et ASAVPA58) mais tous ont répondu présents, mercredi dernier, à ce 1er «forum des groupes» dans la Nièvre, à l’initiative de la Chambre d’agriculture et de l’association des Actrices nivernaises, mis en partition par Loan Jérôme (Trame).
Cette philosophie de groupe peut se résumer ainsi, selon Marie-Solange Durand, ingénieure formation de la Chambre d’agriculture: «le groupe est plus fort que le plus fort du groupe. Il s’agit de trouver les ressources pour progresser ensemble».
«Réponses partielles» et «visions globales»
Si la Chambre d’agriculture de la Nièvre est à l’origine de cette journée d’échanges entre groupes du département, c’est que, selon Eric Bertrand, son président qui était présent mercredi, «nous ne savons pas donner un conseil individuel. Le développement ne peut passer que par des groupes. Le meilleur moyen de faire émerger les besoins des agriculteurs du département et d’essayer d’y répondre, c’est qu’ils se réunissent et réfléchissent ensemble sur des cas particuliers donnés. L’exemple du projet Copernic, porté par le Ceta Entre Loire et Allier, est particulièrement parlant. Ses adhérents posent une même problématique agronomique sur la table, ils réfléchissent entre pairs pour imaginer des solutions techniques et le conseiller de la Chambre n’a qu’un rôle d’animateur et de personne-ressource mais l’émulation ne vient que de cette approche qui fait participer et bouillir les idées des agriculteurs!»
Idem pour le réseau de fermes Dephy même si la démarche est plus descendante... Etre «acteurs dans un système», telle est bien la proposition des groupes, quels que soient leurs raisons d’être originelles.
Et Eric Bertrand d’insister: «je suis persuadé que l’évolution de nos productions dans la Nièvre repose de moins en moins sur des réponses partielles mais sur des visions globales. Une attitude de consommateur de services ne pourra plus répondre à ces enjeux. Par exemple, il y a toujours une solution technique pour soigner un veau malade, ce que peut apporter un conseiller mais c’est plus compliqué de savoir pourquoi le veau est malade, ce qui peut interroger un groupe! Ou encore, apprendre à faire sa compta soi-même, c’est possible, mais apprendre à remettre en cause la gestion financière de son exploitation, c’est autre chose. Un groupe peut élargir les horizons de chacun»... Pour Jeannine Thibault, agricultrice à Suilly-la-Tour et présidente d’Actrices Nivernaises, «les groupes apportent une force et une ouverture. En cas de crise, la MSA s’occupe des gens qui ne vont pas bien mais le groupe peut apporter une partie de la réponse morale et psychologique, du moins permettre l’invention de réponses à des cas particuliers sur le territoire».
C’est de la crise de la Vache folle (2001) et de l’isolement qu’elle a suscité chez les femmes d’agriculteurs et les agricultrices qu’est née l’association co-organisatrice de ce forum. Depuis 2002, elle a évolué vers les femmes du monde rural... Au risque de changer la nature et l’identité-même de la structure.
«Consommateurs» et «leaders»
Car c’est tout-là le paradoxe de ces structures bien établies. Elles naissent, meurent et entre les deux évoluent et s’adaptent à leur environnement agricole... ou pas. Mercredi, tous leurs représentants étaient convaincus du bien-fondé de leur existence, mais au cours de jeux de rôles pédagogiques, tous ont fait remonter les carences, les manques, les difficultés qu’ils ont à se renouveler. Faire éclore des marges de progrès, collectivement, mettre en commun ces besoins, échafauder un début de réseau entre responsables de groupes, tel a été l’objectif de la journée.
Parmi les remarques entendues, celle des agriculteurs «qui se considèrent de plus en plus comme consommateurs de services» est revenue souvent. Benoît Mathé, membre du GDA Centre Nivernais, témoignait que «lorsqu’on va les chercher un par un, les agriculteurs s’intéressent à la démarche de groupe et participent aux réunions mais que, dès qu’on ne leur envoie plus que des courriers d’invitation, ils ne se déplacent plus!»
Car dans une démarche collective, le collectif en question doit s’appuyer sur l’implication de chacun. Et qu’en agriculture comme ailleurs, dans la société, l’individualisme vit des jours florissants. «Travailler sur des valeurs entre associés! Réfléchir régulièrement aux buts et à l’identité du groupe permet de s’adapter à la demande et à l’environnement ! Des leaders doivent anticiper le renouvellement des membres du Conseil d’administration !» a par exemple expliqué Loan Jérôme, l’animatrice de Trame.
Toutes sortes d’affirmations auxquelles sont confrontés un jour ou l’autre les groupes de développement. Montrant l’exemple, le forum a donc fait phosphorer ses participants, chacun partageant ses impressions avec l’autre. Si «l’association est le milieu naturel où se révèlent des gens», «il y a des leaders politiques, des leaders psychologiques et des leaders techniques, parfois des leaders qui réunissent tout çà» a-t-elle constaté. La question était de savoir comment engager un renouvellement non seulement des adhérents mais aussi de celles et ceux qui, à un moment donné, les encadrent, «ceux sur qui ont peut compter». «Quand un membre adhère, il faut engager une démarche pour connaître à fond la personne et voir quelle compétence elle peut apporter au fonctionnement du groupe».
Car des leaders sont avant tout capables de mieux rassembler autour d’une vision qu’ils savent mieux faire partager. Et sont donc nécessaires au développement du groupe dans son environnement. Au-delà de l’intérêt que chacun retire du groupe, il y a donc aussi ce qu’il peut contribuer à apporter à chacun des autres membres du groupe.
C’est une question de convictions et d’engagements. Du coup, mercredi, ce 1er forum des groupes, qui vise à établir un réseau d’intérêts partagés, a aussi pris des engagements. Le premier d’entre eux est de réitérer l’organisation de ce forum dans un an.
Dans la Nièvre, ils sont dix, constitués et identifiés comme tels, à partager les «valeurs» d’un groupe telles que les définit la Fédération nationale des groupes de développement agricole (FNGEDA) : GDA Bourgogne nivernaise et Centre Nivernais, Ceta Entre Loire et Allier, Agricompta 58, Association des moutonniers de la Nièvre, Capri-Nièvre, Asavpa 58, GDA Morvan et Coteaux du Giennois. Seuls deux d’entre eux adhèrent réellement au réseau Trame de la FNGEDA (Actrices nivernaises et ASAVPA58) mais tous ont répondu présents, mercredi dernier, à ce 1er «forum des groupes» dans la Nièvre, à l’initiative de la Chambre d’agriculture et de l’association des Actrices nivernaises, mis en partition par Loan Jérôme (Trame).
Cette philosophie de groupe peut se résumer ainsi, selon Marie-Solange Durand, ingénieure formation de la Chambre d’agriculture: «le groupe est plus fort que le plus fort du groupe. Il s’agit de trouver les ressources pour progresser ensemble».
«Réponses partielles» et «visions globales»
Si la Chambre d’agriculture de la Nièvre est à l’origine de cette journée d’échanges entre groupes du département, c’est que, selon Eric Bertrand, son président qui était présent mercredi, «nous ne savons pas donner un conseil individuel. Le développement ne peut passer que par des groupes. Le meilleur moyen de faire émerger les besoins des agriculteurs du département et d’essayer d’y répondre, c’est qu’ils se réunissent et réfléchissent ensemble sur des cas particuliers donnés. L’exemple du projet Copernic, porté par le Ceta Entre Loire et Allier, est particulièrement parlant. Ses adhérents posent une même problématique agronomique sur la table, ils réfléchissent entre pairs pour imaginer des solutions techniques et le conseiller de la Chambre n’a qu’un rôle d’animateur et de personne-ressource mais l’émulation ne vient que de cette approche qui fait participer et bouillir les idées des agriculteurs!»
Idem pour le réseau de fermes Dephy même si la démarche est plus descendante... Etre «acteurs dans un système», telle est bien la proposition des groupes, quels que soient leurs raisons d’être originelles.
Et Eric Bertrand d’insister: «je suis persuadé que l’évolution de nos productions dans la Nièvre repose de moins en moins sur des réponses partielles mais sur des visions globales. Une attitude de consommateur de services ne pourra plus répondre à ces enjeux. Par exemple, il y a toujours une solution technique pour soigner un veau malade, ce que peut apporter un conseiller mais c’est plus compliqué de savoir pourquoi le veau est malade, ce qui peut interroger un groupe! Ou encore, apprendre à faire sa compta soi-même, c’est possible, mais apprendre à remettre en cause la gestion financière de son exploitation, c’est autre chose. Un groupe peut élargir les horizons de chacun»... Pour Jeannine Thibault, agricultrice à Suilly-la-Tour et présidente d’Actrices Nivernaises, «les groupes apportent une force et une ouverture. En cas de crise, la MSA s’occupe des gens qui ne vont pas bien mais le groupe peut apporter une partie de la réponse morale et psychologique, du moins permettre l’invention de réponses à des cas particuliers sur le territoire».
C’est de la crise de la Vache folle (2001) et de l’isolement qu’elle a suscité chez les femmes d’agriculteurs et les agricultrices qu’est née l’association co-organisatrice de ce forum. Depuis 2002, elle a évolué vers les femmes du monde rural... Au risque de changer la nature et l’identité-même de la structure.
«Consommateurs» et «leaders»
Car c’est tout-là le paradoxe de ces structures bien établies. Elles naissent, meurent et entre les deux évoluent et s’adaptent à leur environnement agricole... ou pas. Mercredi, tous leurs représentants étaient convaincus du bien-fondé de leur existence, mais au cours de jeux de rôles pédagogiques, tous ont fait remonter les carences, les manques, les difficultés qu’ils ont à se renouveler. Faire éclore des marges de progrès, collectivement, mettre en commun ces besoins, échafauder un début de réseau entre responsables de groupes, tel a été l’objectif de la journée.
Parmi les remarques entendues, celle des agriculteurs «qui se considèrent de plus en plus comme consommateurs de services» est revenue souvent. Benoît Mathé, membre du GDA Centre Nivernais, témoignait que «lorsqu’on va les chercher un par un, les agriculteurs s’intéressent à la démarche de groupe et participent aux réunions mais que, dès qu’on ne leur envoie plus que des courriers d’invitation, ils ne se déplacent plus!»
Car dans une démarche collective, le collectif en question doit s’appuyer sur l’implication de chacun. Et qu’en agriculture comme ailleurs, dans la société, l’individualisme vit des jours florissants. «Travailler sur des valeurs entre associés! Réfléchir régulièrement aux buts et à l’identité du groupe permet de s’adapter à la demande et à l’environnement ! Des leaders doivent anticiper le renouvellement des membres du Conseil d’administration !» a par exemple expliqué Loan Jérôme, l’animatrice de Trame.
Toutes sortes d’affirmations auxquelles sont confrontés un jour ou l’autre les groupes de développement. Montrant l’exemple, le forum a donc fait phosphorer ses participants, chacun partageant ses impressions avec l’autre. Si «l’association est le milieu naturel où se révèlent des gens», «il y a des leaders politiques, des leaders psychologiques et des leaders techniques, parfois des leaders qui réunissent tout çà» a-t-elle constaté. La question était de savoir comment engager un renouvellement non seulement des adhérents mais aussi de celles et ceux qui, à un moment donné, les encadrent, «ceux sur qui ont peut compter». «Quand un membre adhère, il faut engager une démarche pour connaître à fond la personne et voir quelle compétence elle peut apporter au fonctionnement du groupe».
Car des leaders sont avant tout capables de mieux rassembler autour d’une vision qu’ils savent mieux faire partager. Et sont donc nécessaires au développement du groupe dans son environnement. Au-delà de l’intérêt que chacun retire du groupe, il y a donc aussi ce qu’il peut contribuer à apporter à chacun des autres membres du groupe.
C’est une question de convictions et d’engagements. Du coup, mercredi, ce 1er forum des groupes, qui vise à établir un réseau d’intérêts partagés, a aussi pris des engagements. Le premier d’entre eux est de réitérer l’organisation de ce forum dans un an.