Accès au contenu
Forum Vitagora

Le e.commerce peut profiter à tous

Le e.commerce peut profiter à tous, producteurs, industriels, distributeurs, consommateurs... à condition de ne pas rater le train de la révolution numérique en marche. Experts internationaux et acteurs de l’agro-alimentaire et de la nutrition-santé se sont retrouvés pour en parler le 14 avril dernier à l’occasion de la 10ème édition du Forum Vitagora à Dijon.
Par Anne-Marie Klein
Le e.commerce peut profiter à tous
«34 millions de cyber-acheteurs... Et moi, et moi et moi...», ce pourrait être la nouvelle version du tube des années 70 de Jacques Dutronc. En quarante ans et plus, le paysage français de la consommation et les consommateurs eux-mêmes ont vu émerger une troisième révolution industrielle : celle du tout numérique.

Les objets connectés et le commerce en ligne ont fortement impacté les modes de consommation et interpellent tout aussi fortement les acteurs de l’agro-alimentaire et de la nutrition-santé. Et à l’échelon international c’est encore plus flagrant, avec la prédominance de géants tels Amazon, Google, Alibaba... qui tissent leur toile et investissent tous les champs de la consommation, y compris le pré-carré de la grande distribution.

La 3ème révolution industrielle
C’est bien à une révolution des modes de consommation et de la consommation en général, à laquelle on assiste. Le forum organisé par Vitagora a planté le décor, questionné le futur, posé les enjeux pour les fournisseurs et les producteurs de l’agro-alimentaire. Dans ce paysage en mutation, la France se distingue une fois encore par son goût du paradoxe.
Une étude Ipsos pour Vitagora révèle que 90% des Français se disent attachés au repas familial traditionnel à table, tout en en mangeant sur le pouce au moins une à trois fois par semaine pour 20 à 40% d’entre eux. Adeptes du «snacking», les Français sont cependant en recherche de qualité, regrettant souvent les propositions trop grasses, trop salées et trop sucrées de ce type de restauration rapide. Pour Vitagora, c’est l’occasion de creuser la piste d’une nouvelle génération de produits industriels, plus exigeants en termes de qualité et de goût : un vrai snacking à la française.

Proximité, praticité, mobilité... et sens !
Le e.commerce et les circuits alternatifs de production-distribution, amènent les consommateurs à se détourner des canaux traditionnels. Pour les industriels, comme pour les distributeurs, c’est une lame de fond qui secoue l’univers traditionnel de la consommation de masse. Les besoins de proximité, de praticité, de mobilité, s’expriment aussi dans la recherche de produits et de services plus qualitatifs, personnalisés et porteurs de sens. La tendance concerne aussi bien l’offre alimentaire que l’offre santé, l’une et l’autre se confondant souvent dans les attentes exprimées.
C’est ainsi que Philippe Moati, économiste, annonce la fin de l’ère du caddie, symbole d’une consommation de masse qui a fait son temps, car insoutenable sur le long terme. Ce modèle condamné à terme doit être impérativement réformé. Les consommateurs ne  sont pas étrangers à cette évolution : ils ont pris de l’avance et s’orientent vers le «consommer mieux» plutôt que le consommer toujours plus.
Repu, quelques fois blasé et souvent déçu, le consommateur entend donner du sens à une consommation plus réfléchie, plus qualitative, plus ciblée aussi. Il se méfie des «grands» (pêle-mêle : les industriels, les distributeurs, les politiques, l’entreprise, le marketing...) et fait plus facilement confiance aux «petits», plus proches et pas seulement en terme de kilomètres. C’est souvent la proximité choisie d’un réseau ou d’un collectif qui fait que l’on passe du consommateur lambda à la qualité de membre. Les «grands» du e.commerce l’ont bien compris, qui surfent allègrement sur cet effet de communauté. Ils ambitionnent aussi de concurrencer les grands distributeurs sur leur terrain et s’en donnent déjà les moyens.
Face à cette re-configuration du commerce amorcée grâce à la percée des technologies mobiles et des objets connectés, se pose la question du stockage, de l’analyse et de l’utilisation des données. Si le consommateur devient un consomm’acteur grâce à l’internet, il perd aussi toute maîtrise de ses données et s’avère de plus en plus transparent dans ses comportements comme dans ses motivations d’achat. Ce «big brother» là, est encore plus fort que celui qui nous était annoncé dans le livre culte de Georges Orwell «1989» et en plus, il tisse sa toile très vite, en avançant masqué.

De la fourche à l’assiette... en passant par le caddie !
Nouveau venu dans ce paysage mouvant hautement concurrentiel, In Vivo a entamé également sa grande révolution consumériste en choisissant d’intervenir au plus près de l’assiette du consommateur. De la fourche à l’assiette du consommateur, le pas de la distribution a été franchi récemment avec l’implantation de la première grande surface de distribution alimentaire sous l’enseigne «Frais d’ici» à Toulouse. Prochaine implantation, en septembre à Chenôve. Cette formule de base «locavore» répond aux nouvelles attentes sociétales de consommateurs pour lesquels le prix ne fait pas tout et qui veulent donner du sens à leur consommation. Le consomm’acteur «un peu plus exigeants que la moyenne» peut ainsi remplir son caddie sans passer par la case grande distribution.
Derrière les visions stimulantes des nombreux experts qui sont intervenus lors du forum Vitagora, se profilent des enjeux colossaux, tant les bouleversements pourraient faire «émerger de nouvelles concurrences inattendues et déstabiliser les positions acquises de certains» comme le prophétise Philippe Moati. E.commerce, proximité, modèle coopératif, mais aussi big data... la métamorphose du système économique est en marche et les acteurs de l’alimentaire et de la nutrition-santé semblent décidés à ne pas rater le train d’un futur qui demande encore à être configuré.