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Baisse des effectifs dans l’apprentissage bourguignon

Le directeur du CFA de Challuy confie son inquiétude

La tendance est régionale et concerne tous les secteurs d’activité professionnelle. Les effectifs d’apprentis baissent inéxorablement. Et l’apprentissage agricole, malgré des indicateurs satisfaisants, ne fait pas exception. Daniel Barbier, directeur du CFA de Challuy, fait part de son inquiétude.
Par Emmanuel Coulombeix
Le directeur du CFA de Challuy confie son inquiétude
Daniel Barbier, directeur du CFA de Challuy, se fait l’écho de la baisse constatée des effectifs dans l’apprentissage en Bourgogne. Et de l’apprentissage agricole en particulier.
[I]« Aujourd’hui, l’apprentissage souffre d’une image encore un peu passéiste. Il est encore trop souvent considéré come une solution par défaut alors que tous les indicateurs prouvent le contraire. Le taux d’insertion est supérieur à la formation initiale, la réussite aux examens est équivalente par rapport au système classique, le renouvellement des générations en entreprise est au rendez-vous. Tout indique que l’apprentissage devrait progresser»[i]... Daniel Barbier, directeur du Centre de formation des apprentis (CFA) de Challuy, qui pilote au niveau départemental les quatre sites de Challuy, Château-Chinon, Cosne-sur-Loire et Saint-Saulge, tire la sonnette d’alarme. Il a assisté le 20 février dernier à une réunion du Conseil régional de Bourgogne, à Dijon, où il était question du renouvellement de la convention quinquénale 2015-2019, convention qui place l’apprentissage, dans la région, sous la tutelle de l’assemblée régionale. Et le constat est sans appel: [I]«Avec 10 081 apprentis au 1er janvier 2014, la Bourgogne se place au 18è rang métropolitain, soit une baisse de 7,2% des effectifs par rapport à la rentrée 2012»[i]. 32 CFA dans la région préparent 230 diplômes pour 6,1% des jeunes de 16 à 25 ans, que ce soit dans l’industrie, le bâtiment ou l’agriculture. Et l’agriculture-pêche-forêt-espaces verts, à elle seule, regroupe 1311 apprentis, soit 12% de l’effectif global. Contre 1474 en 2012 et même 1542 en 2010. L’érosion est peut-être plus lente en agricole que dans d’autres secteurs mais elle est réelle et nourrit [I]«les inquiétudes quant au recrutement de nouveaux jeunes. Aujourd’hui, tous secteurs confondus, le taux d’occupation se dégrade. Ce sont 77% des places prévues par la convention régionale qui sont occupés. Il y a 1700 places de disponibles en apprentissage non pourvues dans la région»[i] insiste Daniel Barbier.
[INTER]Nièvre: des places à prendre[inter]
De ses [I]«réflexions personnelles»[i], le directeur du CFA tire quelques explications: [I]«l’image passéiste se retrouve dans la difficulté à véhiculer une image dynamique des métiers du monde rural, et notamment auprès de l’Education nationale»[i]. En clair, les collèges, ruraux notamment, ne diffusent aucune information à leurs élèves sur les possibilités d’évolution professionnelle du secteur agricole. Et les jeunes sont plus enclins à suivre d’autres voies. [I]«En agriculture, les jeunes ont l’image de gars qui poussent la brouette jusqu’au tas de fumier, on ne parle pas de l’électronique embarquée dans les tracteurs, de toutes ces spécificités qui ont changé le métier et qui le rendent tellement plus technique et pointu qu’autrefois»[i] se désole Daniel Barbier. Pourtant, [I]«aujourd’hui, il n’y a pas de problème d’employeur. D’ailleurs sur les 196 apprentis nivernais de 2014 (200 en 2013), 177 entreprises n’ont pas d’autre salarié»[i]. Les jeunes intéressés peuvent trouver leurs patrons assez facilement, que ce soit dans la Nièvre (116), le Cher (28), l’Allier (22), l’Yonne (6), la Saône-et-Loire (5) ou même la Côte d’Or (1)... Et puis les collectivités locales recrutent des apprentis aussi, [I]«22 jeunes cette année»[i] selon le directeur. Le responsable avance une autre explication à l’érosion: [I]«depuis le 1er janvier, l’aide à l’embauche d’apprenti par les entreprises de moins de 11 salariés, qui est de 1000 euros par année de formation, a remplacé l’Indemnité compensatrice forfaitaire, qui était de 1400 euros et le Crédit d’impôt a aussi été revu à la baisse»[i]. Si Challuy limite la casse, c’est que [I]«notre offre est large et diversifiée, du CAP au BTS, dans les domaines de l’agro-équipement, de l’élevage, de l’aménagement paysager et des productions horticoles. Il y a de la place et des employeurs»[i] martèle Daniel Barbier qui, toutefois, émet une autre inquiétude: [I]«nous avons actuellement de grosses promotions, qui étaient rentrées avant la réforme de la voie professionnelle, qui vont sortir, et nous craignons que la réduction des durées de formation impacte un peu plus encore les effectifs»[i].